Ovnis: Soixante-dix ans après le premier témoignage, «nous ne pouvons pas écarter cette hypothèse»

INTERVIEW Depuis 70 ans, les témoignages d’ovnis pleuvent partout dans le monde. L’occasion pour « 20 Minutes » de faire un point sur ce phénomène avec Jean-Paul Aguttes, responsable du Geipan…

Propos recueillis par Océane Marache

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70 ans après le premier témoignage d'ovnis, le sujet fascine autant qu'il reste inexpliqué.

70 ans après le premier témoignage d'ovnis, le sujet fascine autant qu'il reste inexpliqué. — MARY EVANS/SIPA

Soixante-dix ans de flou. Le mardi 24 juin 1947, Kenneth Arnold, un aviateur américain, rapporte avoir vu neuf objets volants inhabituels, se déplaçant à plus de deux fois la vitesse du son. Il devient le témoin de la première grande observation d’ovnis. Le mot « soucoupes volantes » apparaît alors dans les médias, renommé par la suite « ovnis » (Objets volants non identifiés). Soixante-dix ans après, 20 Minutes s’est entretenu avec Jean-Paul Aguttes, le responsable du Geipan (Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), pour en savoir plus sur ces phénomènes inexpliqués.

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Qu’est-ce qui a changé dans la recherche sur les ovnis en 70 ans ?

En ce qui concerne la France, le Geipan a été créé en 1977 ce qui a permis d’avancer dans les explications des phénomènes qu’on pensait jusqu’alors pour la plupart surnaturels. Les témoignages ont été importants pendant une vingtaine d’années, puis moins importants et enfin en forte hausse ces dix dernières années. On note cependant une baisse des « cas D », dits inexpliqués ou « phénomènes aérospatiaux non identifiés ».

Avant, c’était la gendarmerie qui était en charge de recueillir les témoignages et d’enquêter. Aujourd’hui, ils ne sont plus en charge de l’enquête mais reçoivent souvent les témoins pour collecter les données. Nous travaillons également avec une vingtaine d’enquêteurs bénévoles, des experts et la défense militaire pour connaître la position des radars. Tout ce dispositif national, qui n’existait pas avant est possible car nous sommes un organisme officiel.

Certains témoignages peuvent-ils être davantage expliqués aujourd’hui ?

Alors oui, en termes de connaissance, nous en savons plus aujourd’hui sur les phénomènes naturels. C’est le cas notamment des lanternes thaïlandaises (lampions qui s’envolent) ou des foudres en boule (phénomènes météorologiques) que nous ne connaissions pas avant et les témoins non plus qui étaient donc très surpris. C’est l’intérêt d’avoir un organisme comme le Geipan, qui diffuse des informations sur les « méprises du ciel » comme celles-ci.

Le matériel numérique dont on dispose aujourd’hui nous permet de trouver plus d’explications sans même se déplacer. On accède ainsi à un grand nombre de bases de données météorologiques, aux positions des avions et des satellites. Et des témoins également qui nous permettent de trouver une concordance entre un témoignage et un phénomène finalement explicable.

Comment faites-vous la différence entre un canular ou une hallucination et une observation réelle ?

Le Geipan est constitué d’un réseau d’experts comme des psychologues professionnels qui sont sollicités au cas par cas en fonction de la discipline en jeu dans une observation. Quand une observation est étrange, que nous ne la comprenons pas, notre travail est de lever l’étrangeté. Pour mieux comprendre nous menons un travail multidisciplinaire qui nous permet de démêler le vrai du faux.

Nous recevons très peu de canulars et nous n’avons aucun problème avec car on a de très bonnes méthodes pour les détecter. L’hallucination est quant à elle plus compliquée à déceler car les personnes peuvent aller très bien au quotidien et avoir eu une absence, c’est donc le travail des psychologues de comprendre. Ils nous aident au quotidien dans le traitement des témoignages pour faire progresser nos pratiques.

Les « cas D », dits inexpliqués, permettent-ils de confirmer l’existence d’ovnis ?

Au Geipan nous n’avons aucun élément de preuve permettant d’étayer l’hypothèse des ovnis. Nous ne l’écartons pas pour autant, on ne peut pas. On dit communément que l’absence de preuve, ne peut être une preuve d’absence. L’hypothèse extraterrestre fait partie, parmi bien d’autres, des éléments qui peuvent se glisser dans l’inexpliqué. Il existe tellement d’autres raisons qu’on ne peut pas citer uniquement celle-ci, même si c’est ce qui intéresse le plus.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant votre carrière ?

Ma carrière est courte car ça ne fait qu’un an et demi que je suis au Geipan… Je m’en doutais un peu en prenant le job mais le plus marquant c’est l’émotion et le vécu des témoins. Certains viennent nous voir car ils ont vu quelque chose de très intense pour eux. Quand bien même on arrive à expliquer ce qu’ils ont vu, le fait est que ça a été un moment extraordinaire pour eux et cela peut le rester

L’émotion est donc très présente et peut se retrouver même dix, quinze ans après. Il m’arrive de rappeler des témoins pour comprendre comment ils le vivent aujourd’hui. Pour beaucoup d’entre eux il y a un avant et un après.

Il vous arrive de revenir sur des témoignages quelques années après ?

On le fait oui car, comme dans une enquête de police, les outils se sont améliorés : en 40 ans nos méthodes ont évolué. Nous avons en moyenne 500 témoignages par an dont près de la moitié débouche sur une enquête. L’essentiel de nos ressources est consacré au traitement de ce flux de témoignages courants, néanmoins nous veillons à préserver un peu de ressources pour revisiter les anciens cas non expliqués.

Je vais bientôt éditer sur notre site une vingtaine de cas anciens pour lesquels nous avons finalement trouvé une explication. Mais il y en a certains qu’on a beau revisiter et qui résistent toujours à l’explication.

Pouvez-vous nous parler d’un cas particulièrement étrange auquel vous avez eu affaire ?

Nous allons publier prochainement un cas que nous n’avons pas su expliquer. Il a un caractère d’étrangeté notable dans la mesure où il relève de deux témoins complètement indépendants, ce qui est très intéressant. Dans la Moselle, ils ont vu un cercle rouge ou vert, sans matérialité, qui les a intrigués. Aucune hypothèse usuelle ne fonctionne pour ce cas.