VIDEO. Affaire Grégory: Tous les éléments troublants du dossier sur Marcel et Jacqueline Jacob

JUSTICE Après 48 heures de garde à vue, le grand-oncle et la grand-tante du petit Grégory pourraient être mis en examen, ce vendredi, pour « complicité d’assassinat »…

Vincent Vantighem

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Aumontzey (Vosges), le 15 juin 2017. Marcel et Jacqueline Jacob ont été interpellés, mercredi, dans leur maison. Lancer le diaporama

Aumontzey (Vosges), le 15 juin 2017. Marcel et Jacqueline Jacob ont été interpellés, mercredi, dans leur maison. — Patrick HERTZOG / AFP

  • Le petit Grégory a été assassiné en octobre 1984
  • Son grand-oncle et sa grand-tante ont été interpellés mercredi
  • Ils pourraient être mis en examen, 32 ans après les faits

« Honnêtement, je ne me souviens plus des Jacob, confie un ancien enquêteur à 20 Minutes. Au moment des faits, on ne s’était pas trop intéressés à eux… » Trente-deux ans après la mort du petit Grégory, Marcel et Jacqueline Jacob, 72 ans, sont pourtant, aujourd’hui, dans le viseur des gendarmes chargés de résoudre cette énigme criminelle.

 

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Grand-oncle et grand-tante du garçonnet de 4 ans découvert mort dans la Vologne en 1984, les Jacob ont été déférés, ce vendredi matin, au parquet général de Dijon (Côte-d’Or). Ils doivent être présentés dans la journée à un juge d’instruction. Selon les informations de l’Agence France Presse, le parquet a requis une mise en examen pour « séquestration » à l’encontre de Marcel Jacob ainsi que son placement en détention provisoire pour une durée de quatre jours.

Infographie sur la famille Villemin.
Infographie sur la famille Villemin. - LAURENCE SAUBADU, VINCENT LEFAI / AFP

Jacqueline confondue comme étant l’un des « corbeaux »

Jacqueline Jacob est restée « mutique » lors des 48 heures de garde à vue qu’elle vient de subir. Mais les progrès de la recherche en écriture ont permis de la confondre comme étant l’un des « corbeaux », auteur d’une lettre de menaces datée de 1983. Des « similitudes » avec le fameux courrier revendiquant l’assassinat de l’enfant, en 1984, ont également été relevées dans cette lettre.

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« L’expression “chef” revient à plusieurs reprises dans les deux lettres », a indiqué, jeudi, Jean-Jacques Bosc, le procureur général de Dijon. Le lendemain de la découverte du cadavre de l’enfant, Jean-Marie Villemin, son père, avait reçu un courrier dans lequel était écrit : « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef… » Faisant référence à son emploi de contremaître, ce mot revenait régulièrement dans les centaines de courriers et d’appels anonymes que les Villemin recevaient à l’époque.

Copie de la lettre reçue par les Villemin le lendemain de la mort de Grégory.
Copie de la lettre reçue par les Villemin le lendemain de la mort de Grégory. - DR

Leur emploi du temps le jour du crime reste incertain

« Singulièrement en mauvais termes avec Jean-Marie Villemin », Jacqueline Jacob n’avait été convoquée par les enquêteurs que le 12 décembre 1989, soit cinq ans après les faits. Ce jour-là, « elle s’est abstenue de comparaître sans fournir d’explications », indique le dossier judiciaire. Deux ans plus tard, le 24 septembre 1991, elle est, cette fois, bien entendue par les gendarmes mais elle se montre « réticente à répondre à leurs questions ».

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Pourtant, à cette époque, il existe déjà des éléments troublants la concernant, elle et son mari Marcel. A commencer par leur emploi du temps le jour de l’assassinat qui n’a jamais pu être établi avec certitude. « A priori, ils n’étaient pas disponibles à l’heure du crime mais l’éventualité d’une absence momentanée de leur lieu de travail ne saurait être exclue », indique encore le dossier judiciaire.

Marcel Jacob « ne serre pas la main d’un chef »

Très proche de Bernard Laroche un temps suspecté du meurtre, Marcel Jacob voue, en revanche, une véritable haine à l’endroit de son neveu, Jean-Marie Villemin, le père de Grégory. Quand ce dernier passe « contremaître » à l’usine automobile voisine, Marcel en prend ainsi ombrage. « Je ne serre pas la main d’un chef », lui assène-t-il ainsi.

Cette haine était-elle suffisante pour le conduire à être l’auteur des nombreux appels anonymes reçus par les parents de Grégory ? Impossible à dire. Mais le dossier judiciaire note, tout de même, que la facture téléphonique de Marcel Jacob a quadruplé, sans explication, au cours de l’année 1982. D’autant que son téléphone était placé en haut d’un escalier sonore dont le bruit semble avoir été reconnu lors d’un coup de fil litigieux…

« L’enquête a été entreprise trop tardivement… »

En résumé, beaucoup d’éléments troublants. Mais aucune preuve en tant que telle. En 1993, les magistrats notent ainsi que « l’enquête concernant [les Jacob] a été entreprise trop tardivement pour avoir des chances sérieuses d’aboutir à un résultat incontestable. »

Les Jacob le savent bien. Interrogés depuis mercredi sur toute cette affaire, ils n’ont pas cillé. Jacqueline a invoqué son droit au silence. Quant à Marcel, il s’est contenté « d’affirmer son innocence », selon son avocat. Les enquêteurs ont aussi saisi, chez lui, son testament dans lequel il affirme ne pas être l’assassin du petit Grégory.