Pourquoi la colère gronde au sein des associations de victimes de terrorisme?

INFO «20 MINUTES» Le ministre de la Justice, François Bayrou, recevait cette semaine plusieurs associations de victimes de terrorisme...

Helene Sergent

— 

Trois semaines après les attentats, la fausse victime a sollicité le Fonds de garantie des victimes de terrorisme, qu'elle a relancé ensuite à sept reprises

Trois semaines après les attentats, la fausse victime a sollicité le Fonds de garantie des victimes de terrorisme, qu'elle a relancé ensuite à sept reprises — MATTHIEU ALEXANDRE AFP

  • Le secrétariat d'État chargé de l'aide aux victimes de terrorisme a été supprimé du gouvernement 
  • Ce jeudi, les associations ont appris la fusion du secrétariat général d'aide aux victimes avec un service du ministère de la Justice
  • Les représentants des victimes des attentats du 13 novembre demandent à être reçus par le Président de la République

Les « mauvais signaux » s’accumulent. Après la disparition pure et simple du secrétariat d’État d’aide aux victimes de terrorisme du gouvernement d’Édouard Philippe, les associations attendaient un geste de la part de l’exécutif. Ce jeudi pourtant, elles ont appris la disparition d’un autre échelon qui leur était dédié.

Le secrétariat général à l’aide aux victimes (SG-AV), structure interministérielle chargée de coordonner l’action des ministères et pilotée par Christian Gravel devrait désormais être rapatrié au ministère de la Justice. Si le décret n’est pas encore paru au Journal officiel, l’annonce a provoqué colère et émoi au sein des associations de victimes de terrorisme. Plusieurs d’entre elles étaient reçues cette semaine par le garde des Sceaux François Bayrou.

>> A lire aussi : Attentats de novembre: «Nous n'étions pas totalement prêts», concède la secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes

Une « zone d’incertitude »

Stéphane Gicquel, Secrétaire général de la FENVAC (Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs), n’a pas été convaincu par son entrevue ce jeudi avec le ministre de la Justice : « On veut nous rassurer en nous disant que l’interministériel sera assuré par le garde des Sceaux mais pourquoi changer ce qui a prouvé son efficacité. On a l’impression que toute la coconstruction est rayée d’un trait ».

>> A lire aussi : Attentats: Le «préjudice d'angoisse» sera pris en compte dans l'indemnisation des victimes

Un sentiment de gâchis et une inquiétude partagés par Caroline Langlade, présidente de l’association Life for Paris : « C’était un premier contact et il n’y a eu aucune mesure concrète ». Une colère montante et une incompréhension profonde : « Sommes-nous prêts à faire face à des attentats de masse et à accompagner d’éventuelles victimes ? Aujourd’hui on est dans une zone d’incertitude. Ce n’est pas acceptable vu le niveau de risque », s’alarme Stéphane Gicquel. Si l'entourage du ministre a décrit à l'AFP la «fusion» des services comme un «cumul des forces au lieu de les diviser», la mesure peine à convaincre. 

Emmanuel Macron sollicité 

Reléguées sous l’autorité de François Bayrou, au détriment du Premier ministre comme c’était le cas sous le précédent gouvernement, les victimes en appellent désormais au Président de la République. Dans une lettre ouverte publiée jeudi soir et adressée au chef de l’Etat, l’association Life for Paris déplore les « signaux envoyés par le Ministre de la Justice » lors de leur récent rendez-vous et demande la mise en place d’un « Haut-Commissaire à l’Aide aux victimes pour permettre la coordination des différents ministères ».

Contacté par 20 Minutes, le président de l’association Fraternité et Vérité, Georges Salines indique vouloir rencontrer Emmanuel Macron : « On assiste au détricotage de ce qui a été patiemment construit. Le signal est très mauvais et on demande très clairement à être reçus par l’Élysée ».

>> A lire aussi : Pourquoi le fonds d’indemnisation des victimes d’attentats est-il tant critiqué en France?

« Je suis affligé par cette décision », ajoute Sébastien Pietrasanta, député socialiste des Hauts-de-Seine et rapporteur de la Commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015. « La suppression du secrétariat d’État était un premier coup de semonce (…) l’annonce du rapatriement du secrétariat général d’aide aux victimes à la Justice est un 2e coup de semonce. On marche sur la tête », conclut l’élu.

D’autant que la pérennisation du secrétariat d’État figurait dans les recommandations de la Commission d’enquête précise-t-il : « L’aspect interministériel est un b.a.-ba et c’était une forte demande. J’appelle solennellement Emmanuel Macron à revenir sur cette décision, il faut tirer la sonnette d’alarme ». Contacté, le ministère de la Justice n’a pas répondu à nos sollicitations.