Affaire Grégory: «Le corbeau n’a pas le courage d’affronter sa proie à visage découvert»

INTERVIEW Michèle Agrapart-Delmas, experte en criminologie, explique ce que sont le profil et les motivations des corbeaux dans les affaires judiciaires…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Une personne qui va poster une lettre. — Pixabay/jackmac34

  • Le corbeau veut assouvir un désir de vengeance ou soulager sa jalousie.
  • Il s’agit de personnalités manipulatrices, incapables de compassion et de culpabilité.
  • Ils se sentent invulnérables et pensent que les policiers ne les attraperont pas.

Le voile sur le ou plutôt les corbeaux de l’affaire Gregory se lève peu à peu. Jean-Jacques Bosc, le procureur général de la cour d’appel de Dijon (Côte-d’Or) a révélé ce jeudi qu’au moins deux « corbeaux » avaient été « confondus », grâce au progrès de la recherche en écriture. « L’expertise d’une lettre manuscrite de 1983 a permis de confondre Jacqueline Jacob », la tante de Jean-Marie-Villemin, a indiqué le procureur. Des expertises ont aussi impliqué la mère de Jean-Marie Villemin, Monique, qui serait l’auteure d’une des lettres de menace envoyées au juge Simon, qui était sur le point d’innocenter Christine Villemin.

L’occasion pour 20 Minutes, d’interroger Michèle Agrapart-Delmas*, experte en criminologie, pour mieux connaître le profil et les motivations des corbeaux dans les affaires judiciaires.

 

Outre l’affaire Gregory, y a-t-il eu d’autres affaires connues où des corbeaux ont sévi ?

Oui, notamment l’affaire dite de « l’Œil du tigre » qui s’est déroulée à Tulle entre 1917 et 1922. Un corbeau baptisé « Œil du Tigre » a inondé Tulle de 110 lettres anonymes qui ont pourri la vie des habitants. Le corbeau sera finalement confondu par une expertise graphologique. Il s’agissait d’une femme qui était amoureuse de son supérieur hiérarchique sans que cela soit réciproque. D’où sa haine obsessionnelle.

Quels sont les mobiles des corbeaux ?

Le désir de nuire est toujours le moteur de l’acte. Il peut s’agir d’assouvir un désir de vengeance ou de soulager sa jalousie, en faisant chanter quelqu’un, en le menaçant ou en disant pis que pendre de lui. Mais le corbeau n’a pas le courage d’affronter sa proie à visage découvert et préfère passer par cette forme subtile d’agressivité.

Quel est le profil le plus récurrent des corbeaux ?

Ce sont majoritairement des femmes. Mais il n’y a pas de profil type : les corbeaux peuvent être un voisin, un ami, un membre de la famille, un collègue… Seuls points communs entre tous ces profils : il s’agit de personnalités manipulatrices, insensibles au stress, incapables de compassion, d’une grande pauvreté affective et dépourvues de culpabilité.

Dans les affaires criminelles, le corbeau est-il systématiquement l’auteur des faits ?

Non, et c’est même rarement le cas. Car entre envoyer une lettre anonyme ou passer un appel anonyme et tuer quelqu’un, il y a un fossé. Par ailleurs, le corbeau souhaite reste inconnu de sa victime et surtout pas l’affronter.

Les corbeaux croient-ils que l’on ne les identifiera pas ?

Oui car ils se sentent invulnérables. Ils se répètent «pas vu, pas pris» et croient être plus intelligents que les policiers.

Mais pourtant, les progrès techniques permettent de les identifier très facilement de nos jours…

Oui car aujourd’hui, on peut tracer l’origine d’une encre, trouver des traces ADN sur un papier, expertiser un message vocal. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a de moins en moins de corbeaux dans les affaires judiciaires.

*Femmes fatales – Les Criminelles approchées par un expert, Max Milo, 2009.