VIDEO. Affaire Grégory: Le sordide puzzle du règlement de compte familial commence à se former

JUSTICE Jean-Jacques Bosc, le procureur général de Dijon (Côte d’or) a indiqué que « plusieurs personnes avaient concouru à la réalisation du crime »…

Vincent Vantighem

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Portrait du petit Grégory Villemin, 4 ans, dont le corps est découvert dans la Vologne le 16 octobre 1984

Portrait du petit Grégory Villemin, 4 ans, dont le corps est découvert dans la Vologne le 16 octobre 1984 — Marcel Mochet AFP

  • Le petit Grégory, 4 ans, a été découvert mort, le 16 octobre 1984.
  • Cinq membres de la famille Villemin ont été arrêtés mercredi dans les Vosges.
  • La grand-mère et la grand-tante du garçonnet ont été confondues comme étant des « corbeaux ».

Les enquêteurs n’en cherchaient qu’un seul. Mais c’est finalement une nuée de « corbeaux » qui pourrait venir lever le mystère sur l’assassinat du petit Grégory, 4 ans, commis en 1984 dans les Vosges. « Il apparaît que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime », a indiqué, ce jeudi, Jean-Jacques Bosc, le procureur général de la cour d’appel de Dijon (Côte d’or).

 

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Au lendemain de l’interpellation de cinq personnes, membres de la famille du garçonnet assassiné, le procureur a révélé qu’au moins deux « corbeaux » avaient été « confondus », grâce au progrès de la recherche en écriture. Avant que leur fils ne soit retrouvé poignets et pieds liés dans la rivière Vologne, les parents de Grégory avaient reçu des centaines de lettres de menaces de mort et d’appels anonymes.

« J’espère que tu mourras de chagrin, chef… »

« L’expertise d’une lettre manuscrite de 1983 a permis de confondre Jacqueline Jacob », a ainsi expliqué Jean-Jacques Bosc. Grand-tante du petit Grégory, cette femme aujourd’hui âgée de 72 ans a invoqué, durant sa garde à vue, le droit au silence, selon le procureur. Mais les enquêteurs sont persuadés qu’elle est l’une des pièces du sordide puzzle familial qui pourrait bien enfin se former, 32 ans après.

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S’il est impossible de savoir si Jacqueline Jacob est également l’auteure de la lettre de revendication du meurtre reçue, en 1984, le lendemain de la découverte du corps, les enquêteurs ont noté de troublantes similitudes avec celle qu’elle aurait donc rédigée en 1983. « L’expression ‘’chef’’ revient souvent » dans les deux courriers, poursuit ainsi le procureur. « J’espère que tu mourras de chagrin, chef… », contenait la fameuse lettre reçue par les parents de Grégory, en 1984.

Infographie sur la famille Villemin.
Infographie sur la famille Villemin. - LAURENCE SAUBADU, VINCENT LEFAI / AFP

La grand-mère de Grégory, cet autre « corbeau »

Mais Jacqueline Jacob ne serait pas la seule « corbeau » de l'affaire. Dans ce tentaculaire dossier, les lettres anonymes ont inondé les boîtes aux lettres. Et pas que celle des parents Villemin. Aujourd’hui décédé, le juge Simon avait, lui aussi, reçu des courriers menaçants en 1989. Des courriers qui visaient à orienter clairement les soupçons sur les parents du garçonnet. Les nouvelles expertises ont révélé que Monique Villemin, la grand-mère de Grégory également entendue par les enquêteurs, était l’auteure d’une de ces lettres datée de 1989.

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La plus grande énigme criminelle du XXe siècle n’est pourtant pas qu’une affaire de femmes. Le procureur a également révélé que « des repérages et des surveillances [avaient] été opérés, les jours précédents les faits, par un homme portant une moustache. Un homme parfois accompagné d’une femme. » Si le nom de Bernard Laroche n’a pas été prononcé, il semble correspondre à ce signalement. Accusé avant d’être blanchi, Bernard Laroche avait été abattu d’un coup de fusil par Jean-Marie Villemin, persuadé de sa culpabilité.

Aumontzey (Vosges), le 10 juin 1985. Jean-Marie Villemin tient un fusil lors de la reconstitution du crime de Bernard Laroche.
Aumontzey (Vosges), le 10 juin 1985. Jean-Marie Villemin tient un fusil lors de la reconstitution du crime de Bernard Laroche. - STR / AFP

La piste d’un règlement de comptes familial

Après un peu plus de 24 heures de garde à vue, les membres du cercle Villemin interrogés se montrent peu coopératifs avec les enquêteurs. Mais, en creux, c’est bien la piste d’un règlement de compte familial qui se dessine aujourd’hui. Une famille qui voulait faire payer à Jean-Marie et Christine Villemin leur réussite sociale. Ceux-là mêmes qui s’étaient acheté « une maison confortable », « une belle voiture » et « un canapé en cuir ». Ceux-là mêmes qui avaient « un enfant rayonnant et plein de vie », selon les termes du dossier judiciaire.

« Je ne sais pas qui est l’auteur, a conclu Jean-Jacques Bosc. Mais nous savons que plusieurs personnes ont participé à la réalisation du crime. » Il reste aux enquêteurs jusqu’à vendredi matin pour tenter de faire parler les trois membres de la famille encore en garde à vue. Avec pour but ultime : « Que le ou les assassins de ce petit enfant soient, un jour, traduits devant la justice. »