VIDEO. Affaire Grégory: Anacrim, le logiciel qui a permis de relancer l’enquête

FAITS DIVERS Pour exploiter les milliers de pièces contenues dans le dossier, les gendarmes ont utilisé Anacrim, un logiciel d’analyse de données, développé il y a une dizaine d’années…

Thibaut Chevillard

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Selon IBM, Anacrim permet de mettre « en évidence les informations pertinentes » d'un dossier Lancer le diaporama

Selon IBM, Anacrim permet de mettre « en évidence les informations pertinentes » d'un dossier — IBM

12 000 pièces, une centaine de témoins interrogés, 400 prélèvements d’ADN réalisés, 2 000 courriers anonymes analysés. C’est dans ce dossier tentaculaire que les gendarmes de la section de recherche de Dijon, chargés depuis 2008 d’enquêter sur la mort de Grégory Villemin, se sont replongés. Pour les aider à mener leurs investigations, qui ont abouti sur le placement en

 

garde à vue de trois membres de la famille du garçon de quatre ans tué il y a 32 ans, ils se sont appuyés sur Anacrim-ANB, un logiciel d’analyse et de représentation visuelle de données.

 

 

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Il a permis d’avoir « un regard neuf sur la procédure », confie à l’AFP une source proche du dossier. Avec cet outil, les gendarmes ont reconstitué la chronologie des jours ayant précédé et suivi le crime, de façon à positionner dans l’espace et dans le temps l’ensemble des protagonistes et des éléments considérés comme intéressants. Le logiciel a ainsi mis au jour certaines incohérences, que les enquêteurs cherchent à comprendre en interrogeant les trois gardés à vue.

 

Il s'appuie sur une suite de logiciels développés il y a une dizaine d’années par la société I2, rachetée depuis par la société IBM. Amélioré et adapté aux besoins de la gendarmerie, Anacrim permet aux enquêteurs, « submergés parfois par de grandes masses d’informations, de ne rien oublier sur un dossier regroupant plusieurs milliers de données, notamment lorsqu’il y a une multitude de témoins et de mis en cause », explique au Parisien le colonel Didier Berger, chef du bureau des affaires criminelles de la gendarmerie. Mis en place au sein du Service central du renseignement criminel et des sections de recherches, il aide les enquêteurs à avoir « une vision globale de la procédure » et à « distinguer la logique qui se dessine au travers de la commission d’un fait criminel ou délictuel ».

Concrètement, les analystes entrent dans une base de données « les éléments les plus utiles pour les enquêteurs ». « Cela peut être la précision d’une conversation, le lieu et l’heure où un témoin déclare avoir été », détaille le colonel Berger. Anacrim va alors représenter ces données « sous forme de graphes relationnels ou événementiels » et relever « des réseaux de relations entre individus ou des enchaînements chronologiques d’événements », expliquait la Cnil en 2012, au moment de la publication du décret autorisant son utilisation.

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Anacrim permet «une analyse efficace du renseignement», selon IBM, son concepteur
Anacrim permet «une analyse efficace du renseignement», selon IBM, son concepteur - IBM

IBM assure de son côté que la suite de logiciel développée par ses soins est capable d’« identifier les personnes, les événements, les connexions et les tendances qui peuvent autrement passer inaperçues ». L’objectif d’Anacrim, détaille le colonel Berger, est « de mettre en évidence des incohérences d’emploi du temps d’un témoin ou d’un mis en cause, des contradictions entre certains témoignages et des constatations effectués par les enquêteurs ». « Si un témoin dit être à tel endroit à telle heure, cette analyse permettra de recouper cette information et de vérifier son authenticité », ajoute le gendarme. Anacrim permet donc aux enquêteurs d’exploiter « toutes les pistes » et de « les prioriser ».

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Le logiciel a notamment été utilisé par les forces l’ordre pour retrouver des criminels comme Michel Fourniret – « l’ogre des Ardennes » –, chercher des enfants disparus comme Marion Wagon ou des assassins comme celui Jonathan Coulom, enlevé le 7 avril 2004 à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique) et retrouvé lesté d’un parpaing dans un étang à Guérande, souligne Le Figaro.

« Ce n’est pas un logiciel miracle », explique à 20 Minutes la lieutenant-colonel Karine Lejeune, porte-parole de la gendarmerie. « Ce n’est pas parce qu’on entre des données dans le logiciel que l’on trouve forcément la solution, mais c’est une aide à l’enquête », ajoute-t-elle. Elle souligne en outre que ce logiciel ne remplace pas le travail des enquêteurs.