Quand les toupies «hand spinner» donnent le tournis aux profs

EDUCATION Dans certains établissements, les jouets «hand spinner» sont confisqués et dans d’autres carrément interdits…

Delphine Bancaud

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Illustration d'un hand spinner.

Illustration d'un hand spinner. — Myriams-Fotos/Pixabay

  • Ces toupies à la mode déconcentrent les élèves, selon leurs enseignants
  • Elles causent parfois des accidents dans la cour
  • Les chefs d’établissement commencent à sévir

Un, puis dix, puis cent… Depuis deux mois les toupies « hand spinner » ont déferlé dans les écoles et les collèges. Ces petites toupies à deux ou trois branches, qui tournent très rapidement autour de l’axe central, ont été largement médiatisées via la vidéo du YouTubeur Dr Nozman. Et la mayonnaise a pris dans les cours de récréation. C’est à qui aura le « hand spinner » de la couleur la plus originale, celui en métal, ou celui à effets lumineux. Et les élèves rivalisent de créativité pour créer de nouvelles figures avec leurs joujoux, qu’ils possèdent souvent en plusieurs exemplaires.

Une nouvelle passion qui laisse circonspects certains chefs d’établissement, à l’instar de Nicole Taquet-Leroy, directrice du groupe scolaire Cabanis-Bara à Lille (Nord). « On accepte les jouets « hand spinner »… tant que cela ne génère pas de conflit. Et pour le moment, c’est tranquille chez nous », explique-t-elle à 20 Minutes. En revanche, les parents sont prévenus que la direction n’écoutera aucune plainte sur d’éventuels conflits entre enfants liés à un prêt, à un vol ou à une perte de cette toupie « magique ».

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« C’est devenu insupportable »

Mais dans de nombreux établissements, ces jouets ont déjà semé la pagaille. C’est le cas dans le collège Jean-Baptiste Clément de Colombes (Hauts-de-Seine). « Avec la démocratisation de ce jouet depuis deux ou trois semaines, c’est devenu insupportable. Les élèves le sortent de leur poche en plein cours pour le faire tourner, ce qui fait un petit bruit de ventilateur. Et avec les modèles qui clignotent, on se croirait en boîte de nuit », s’exclame Salomé, enseignante d’histoire-géographie. Et du coup l’humeur n’est pas vraiment au travail chez les élèves : « sachant que la moindre mouche les déconcentre, lorsqu’ils agitent leur "hand spinner", ils n’écoutent plus du tout ce que je dis », déplore-t-elle.

Sandrine, professeur de maths dans un collège du Tarn-et-Garonne fait le même constat : « J’ai vu les toupies "hand spinner" apparaître en classe il y a trois semaines. Et ça pose problème. Mes élèves font tourner leur toupie machinalement sous la table. Cet objet est devenu hypnotisant pour eux », observe-t-elle. Lorsqu’elle en prend un en flagrant délit, Sandrine hausse le ton : « certains élèves me disent que ça les aide à se concentrer, sans pour autant me convaincre », s’amuse-t-elle.

Si les toupies « hand spinner » ne sont pas encore interdites dans les couloirs et dans la cour du collège de Salomé comme dans celui de Sandrine, les profs font quand même la loi dans leur classe. « J’ai décidé de les confisquer et j’ai expliqué à mes élèves que je ne leur rendrai ces trésors de guerre qu’en fin d’année. Ça a dissuadé les autres de sortir leur "hand spinner" en classe », se félicite Salomé. Même punition pour les élèves de Sandrine : « Il m’est arrivé d’en confisquer cinq en une heure. Mais comme ils viennent pleurer à la fin du cours, je leur rends le lendemain », confie-t-elle.

« En une semaine, j’ai confisqué dix toupies "hand spinner" »

Mais dans d’autres écoles et collèges, on a tapé encore plus fort, puisque le « hand spinner » y est désormais proscrit. C’est le cas du collège où Julie, enseignante d’anglais, exerce dans l’Oise. Et ce, d’abord pour une raison de sécurité : « Il y a déjà eu des accidents. Car avec la force centrifuge, les toupies qui tournent vite peuvent atterrir dans la tête d’un élève et pire, arriver dans un de ses yeux. Et les modèles pointus sont potentiellement plus dangereux encore », souligne-t-elle.

Les profs du collège se sont interrogés pour savoir s’il fallait tolérer le « hand spinner » pour les enfants ayant des troubles de l’attention, car ce jeu aurait des vertus anti stress et les aiderait à se concentrer. « Mais on s’est rendu compte que c’était l’inverse, l’utilisation d’un "hand spinner" rend leur concentration plus fuyante », souligne Julie. Exit donc la toupie en classe pour tout le monde. Mais l’interdiction est loin d’être respectée par tous les élèves. « En une semaine, j’ai confisqué dix toupies. J’en ai plein mon casier », raconte Julie.

Les élèves qui n’en ont pas se sentent exclus

Objet de convoitise, le « hand spinner » est aussi devenu un sujet de conflit entre les élèves. « Comme à chaque fois qu’un jouet est à la mode, il y a forcément du troc entre les élèves. Et les plus grands peuvent forcer la main des plus petits », souligne Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp, principal syndicat des enseignants du premier degré.

« Sans compter que le "hand spinner" peut procurer une sorte de sentiment d’exclusion chez l’enfant qui n’en a pas », ajoute Julie. Une raison de plus dans certaines écoles, de mettre au ban ces fameuses toupies.