Double meurtre de Montigny-lès-Metz: Francis Heaulme, joueur d’échecs insoupçonné et insoupçonnable

PROCES L’un des anciens codétenus de Francis Heaulme est venu, ce jeudi, raconter les aveux qu’il lui aurait fait, en 2002, dans l’affaire de Montigny-lès-Metz...

Vincent Vantighem

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Francis Heaulme est jugé depuis mardi 24 varil 2017 pour le meurtre de deux petits garçons en 1986 à Montigny-lès-Metz.

Francis Heaulme est jugé depuis mardi 24 varil 2017 pour le meurtre de deux petits garçons en 1986 à Montigny-lès-Metz. — AFP

  • Francis Heaulme est jugé pour le double meurtre de Montigny.
  • Pour ces faits qu’il a toujours nié, il encourt une peine de perpétuité.
  • L’un de ses anciens codétenus a témoigné, ce jeudi, à la barre.

A la cour d’assises de la Moselle,

Le cavalier prend le fou. Il est 16 h 15, ce jeudi, quand Francis Grégoire manœuvre son fauteuil roulant derrière la barre de la cour d’assises de la Moselle. Incarcéré en même temps que Francis Heaulme, il attaque en racontant les parties d’échecs auxquelles les deux hommes se livraient derrière les barreaux. Les jurés froncent les sourcils. Avant le déjeuner, un psychiatre est bien venu leur décrire le « niveau intellectuel très faible » du « routard du crime ».

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« Mais il était vraiment très très fort aux échecs, insiste le témoin. Il calculait dix coups d’avance. Il me mettait volée sur volée… » La cour d’assises a bien prévu quatre semaines d’audience. Mais elle n’a pas vraiment le temps de débattre d’ouverture sicilienne. Pas plus que du rami et du jeu de dames qui permettent à l’accusé de tuer le temps en prison.

Du riz, de la semoule et du Patrick Dils sur les bons de cantine

C’est d’avoir tué deux enfants de 8 ans à coups de pierres sur un talus de Montigny-lès-Metz, en 1986, que Francis Heaulme est aujourd’hui accusé. Et c’est aussi ce qui vaut à son ancien codétenu de témoigner, ce jeudi. Le voilà donc invité à déballer ce jour de 2002 où « Francis a toqué à travers le mur » de sa cellule.

« Il m’a dit qu’il avait besoin de mon aide, qu’il avait besoin d’un alibi », explique le témoin d’une voix blanche. Les fenêtres par lesquelles ils se parlent manquent de discrétion. Les bons de cantine qu’ils se passent à travers la mince ouverture de leurs cellules sont plus sûrs.

Versés au dossier, ces coupons jaunes circulent donc, ce jeudi, dans les rangs de la cour d’assises. A côté des lignes permettant de commander « du riz, des pâtes ou de la semoule », on y trouve une drôle de liste de courses : « Montigny », « Metz », « Patrick Dils »…

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« Il a fait le coup avec les pierres parce qu’il avait perdu son couteau »

« Il m’a dit qu’il avait tué les enfants (…) Qu’il avait baissé le froc du plus grand (…) Qu’il a fait le coup avec des pierres parce qu’il avait perdu son couteau… » A ce moment-là, les larmes montent aux yeux du témoin qui vient d’expliquer avoir purgé douze ans de prison pour des faits de délinquance. « Je raconte ça parce que j’ai des enfants. Je fais ça pour les gosses. »

Pour une remise de peine aussi ? « A l’époque, j’avais fait dix ans et neuf mois. Je suis sorti sans remise de peine, s’insurge-t-il. D’ailleurs, à la fin, j’avais tellement peur à cause de tout ça que je planquais une fourchette quand je me retrouvais avec lui. Il s’en fout, lui ! Il est condamné à cent ans de prison. » A la perpétuité, pour être plus précis.

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« Il sourit. Je le connais. Il ment ! »

Francis Heaulme est alors invité à se lever du banc sur lequel il est voûté. « J’ai jamais joué aux échecs, attaque-t-il. Au jeu de dames, si… » S’appuyant sur le dossier, le président a, à peine, le temps de le contredire que le témoin repart à l’attaque. « Je le vois dans ses yeux. Il sourit. Je le connais. Il ment ! »

Pas de quoi mettre les avocats du « routard du crime » en échec. Ils se contentent de rappeler qu’il y a également eu de nombreux témoignages de codétenus de Patrick Dils ayant recueilli ses « aveux » avant que celui-ci ne soit définitivement innocenté. Leur client, lui, sera fixé sur son sort le 18 mai. Il encourt une nouvelle peine de réclusion à perpétuité.