Malgré sa déroute au Moyen-Orient, Daesh n'arrêtera pas de frapper l'Europe

TERRORISME Des experts, qui se sont exprimés lors d’un colloque organisé par la DGSE et les services renseignement canadiens, estiment que la campagne européenne de Daesh n’est pas prête de s’arrêter…

Thibaut Chevillard

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Des policiers rendent hommage à leur collègue Xavier Jugelé, tué lors de l'attentat des Champs-Elysées

Des policiers rendent hommage à leur collègue Xavier Jugelé, tué lors de l'attentat des Champs-Elysées — JP PARIENTE/SIPA

  • Daesh perd du terrain en Irak et en Syrie.
  • Pourtant, des experts estiment que la vague d’attentat qui touche l’Europe perdurera.

Daesh  perd du terrain en Irak et en Syrie. C’est un fait. Mais que va-t-il se passer après la chute du Califat ? La question préoccupe notamment la DGSE et les services de renseignement canadiens qui ont invité, le 16 février dernier, plusieurs chercheurs du Moyen-Orient et d’Europe à se pencher dessus et à confronter leurs points de vue avec les « professionnels de la sécurité ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas très optimistes.

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Le résumé de leurs échanges a été mis en ligne il y a quelques jours. Selon les experts qui se sont exprimés, « la campagne d’Europe de Daech pourrait perdurer après la chute du califat ». En d’autres termes, de nouveaux attentats sont à craindre. Pour deux raisons : premièrement, il existe, disent-ils, des « cellules dormantes dédiées au soutien logistique » et qui demeurent « inaperçues ». Ces cellules ont tissé des liens avec « le crime organisé », « notamment dans la fourniture d’armes ou d’explosifs ». Et ces cellules « vont survivre » au « projet territorial » de Daesh au Moyen-Orient.

Des terroristes téléguidés

Deuxièment, ils remarquent que des terroristes « qui n’ont pas transité par la Syrie, et qui ne sont donc pas forcément repérés par les services de sécurité », peuvent être téléguidés par l’organisation Etat islamique. « Recrutés sur les réseaux sociaux, ces partisans de Daesh sont ensuite manipulés par un donneur d’ordres par le biais de différentes messageries cryptées », indique le résumé de cette conférence. Ils soulignent notamment le rôle de Rachid Kassim, un djihadiste originaire de Roanne, « dans au moins un attentat et un projet avorté en France ».

Ils rappellent aussi que l’organisation terroriste a lancé sa « campagne d’Europe » avec l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles, commis par Medhi Nemmouche, qui a tué quatre personnes en mai 2014. « Cette "campagne" est donc bien antérieure aux bombardements contre Daesh de la coalition menée par les États-Unis », soulignent les participants à cet atelier. « Les attentats qui ont depuis ensanglanté Paris, Bruxelles, Nice ou Berlin ne constituent dès lors pas des "représailles" djihadistes à des opérations occidentales, mais bel et bien le fruit d’une campagne préméditée que la coalition n’a pas été en mesure d’entraver complètement. » Et si « la capacité d’initiative de Daesh a été sensiblement dégradée », elle reste « extrêmement périlleuse ».

Un objectif « politique, médiatique et symbolique »

L’objectif principal de Daesh en Europe « n’est pas d’ordre militaire, mais ressort du politique, du médiatique et du symbolique ». « Le mythe du loup solitaire, en ce qu’il accrédite une menace omniprésente et justifie toutes les escalades répressives, sert parfaitement une telle dynamique », ajoutent-ils, soulignant que « la combinaison du téléguidage et des cellules dormantes, outre la compartimentation des activités terroristes qu’elle permet, accrédite l’illusion corrosive du "ils sont partout" ».

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Le rapport souligne enfin que « les stéréotypes de haine assénés ad nauseam contre l’Islam et les musulmans font le lit de Daesh, sans parler de la complicité internationale, active ou passive, dans l’abandon à leurs bourreaux des habitants arabes et sunnites d’Alep ». Ils notent néanmoins que les sociétés française et allemande « ont tenu bon face au chantage terroriste, de même qu’à la haine et aux surenchères démagogiques, voire racistes ». Ainsi, aucun de ces deux pays n’a été endeuillé « par une attaque comme celle qui a fait six morts en janvier 2017 à Québec ».

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