Double meurtre de Montigny-lès-Metz: Quand Francis Heaulme « se moque du monde »

PROCÈS Le « Routard du crime » a dit à peu près tout et son contraire sur le double meurtre de Montigny pour lequel il est jugé, à Metz, depuis le 25 avril…

Vincent Vantighem

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Metz (Moselle), le 25 avril 2017. Francis Heaulme dans le box de la cour d'assises de la Moselle où il est jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz.

Metz (Moselle), le 25 avril 2017. Francis Heaulme dans le box de la cour d'assises de la Moselle où il est jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz. — Benoit PEYRUCQ / AFP

  • Francis Heaulme est jugé pour le double meurtre de Montigny.
  • Il n’a jamais reconnu les faits pour lesquels il encourt la perpétuité.
  • Les témoignages sont sujets à caution, 30 ans après les faits.

A la cour d’assises de la Moselle,

Francis Heaulme ment ! Il est un peu plus de 20h, mercredi soir, quand l’évidence saute aux yeux de la cour d’assises de la Moselle, chargée de le juger pour le double meurtre des enfants de Montigny-lès-Metz. Tout tremblotant, le témoin Henri Leclaire se présente à la barre. Francis Heaulme est, lui, avachi dans son box vitré quand le président de la cour l’invite à se lever.

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« Vous avez dit que vous avez vu Henri Leclaire [sur les lieux du crime] ? », interroge Gabriel Steffanus. « J’ai dit ça, confirme le tueur en série avant de marquer une petite pause… Mais c’est faux. » La cour d’assises bataille depuis plus de dix heures déjà. Gabriel Steffanus résume alors l’état d’esprit général : « Vous vous moquez du monde, M. Heaulme ! Vous faites tourner tout le monde en bourrique ! »

Comment ne pas se souvenir que ce même procès a été interrompu, en 2014, en raison des accusations portées contre ce même Henri Leclaire ? L’ancien manutentionnaire a donc finalement été blanchi. Et la justice a perdu trois ans de plus. Une broutille au regard d’un dossier qui traîne depuis plus de 30 ans. Une douleur supplémentaire pour les parents de Cyril et Alexandre, huit ans, massacrés à coups de pierres sur le talus d’une voie SNCF désaffectée, en septembre 1986.

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Un tour à vélo ce jour où « il faisait joli »

Il en est ainsi du dossier judiciaire de Montigny-lès-Metz. Le temps n’a pas permis de démêler l’écheveau de déclarations. Les pochettes qui les rassemblent occupent trois tables entières de la cour d’assises. Car les paroles s’envolent. Mais, en matière de justice, elles sont, toutes, consignées dans des procès-verbaux.

Il y a par exemple celui de Thierry Chir. Mardi, on le fait venir à la barre. « J’ai aperçu un vélo noir avec des sacoches posé sur le bas-côté », réexplique-t-il. Personne d’autre n’a vu ça. Et le vélo de Francis Heaulme était « rose violet ». Eric Bour prend alors sa place. Lui est sûr d’avoir vu le « Routard du crime » ce fameux jour où « il faisait joli ». Mais il n’a témoigné qu’en 2005 après avoir fait le rapprochement grâce « aux photos parues dans la presse ».

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Des brèches et un dossier qui prend l’eau de toutes parts

De quoi jeter la suspicion sur l’ensemble des témoins. Prenez Joachim Cadette et Emile David. Le jour des faits, les deux pêcheurs taquinaient le sandre au lieu-dit « Les Cailloux jaunes » quand ils ont aperçu Francis Heaulme le visage en sang. « On l’a ramené chez lui. C’était lui. Il n’y a pas de doute. » Pourquoi alors avoir attendu 15 ans avant de le dire ? « J’avais ma vie de famille », répond le premier. « Vous croyez que c’est facile ? », renvoie le second.

Facile ? Ça l’est, en tout cas, pour la défense du tueur qui s’engouffre logiquement dans chaque brèche d’un dossier qui prend l’eau de toutes parts. « Vous comprenez que l’on se pose des questions sur votre mémoire, lance l’avocate Liliane Glock aux pêcheurs. Comment être sûr que c’est bien le dimanche 28 septembre 1986 que vous avez ramassé Francis Heaulme ? » Difficile de compter sur son client pour en avoir le cœur net. « C’est faux. Je ne connais pas [les pêcheurs] », dit-il d’abord. Avant de reprendre. « Ça doit être un samedi qu’ils m’ont ramené. Pas un dimanche… »

« Il n’y a pas de preuves matérielles… »

Francis Hans est, lui, resté plus de sept heures à la barre de la cour, mercredi. Logique, c’est le seul qui ne tangue pas sur cet océan d’incertitudes. Capitaine de gendarmerie, il a envoyé, au début des années 2000, un avion survoler l’ancienne scène de crime pour la photographier. Il a aussi demandé à la SNCF de replacer tous les wagons sur les rails pour refaire l’enquête.

Le « déchaînement de violence », l’une des victimes déshabillées, la cordelette retrouvée à côté d’excréments : tout indique que cette affaire porte « la quasi signature criminelle de Francis Heaulme », lâche-t-il aux jurés. La formule est bien choisie. Mais ce serait beaucoup plus simple si les éléments matériels n’avaient pas été détruits après la condamnation initiale de Patrick Dils. « Il n’y a pas de preuves matérielles contre Francis Heaulme », avoue l’enquêteur qui ne peut donc que tirer des conjectures.

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« Peut-on le condamner sur la base de ses déclarations fantaisistes ? »

L’ancien gendarme n’aurait jamais fait tout ce travail si Francis Heaulme n’avait pas admis, lui-même, qu’il était présent, ce jour-là, sur les lieux du drame. Et que des enfants lui avaient même jeté des pierres. « Oui, Francis Heaulme a le profil du tueur, admet donc Stéphane Giuranna, un autre de ses avocats à l’issue de l’audience sur les marches du palais. Mais peut-on le condamner sur la base de ses seules déclarations fantaisistes ? Non. »

Ce sera aux jurés d’en décider. Pour se forger leur intime conviction, comme le prévoit le Code pénal, ils ne pourront compter que sur « l’oralité des débats » devant la cour d’assises où ils siègent depuis le 25 avril. Francis Heaulme aura, comme il est de coutume, le « dernier mot ». Il devrait répéter ce qu’il ne cesse de dire depuis des années : « Montigny, c’est pas moi ! » Il sera fixé le 18 mai.

Suivez l’audience en direct sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem