Présidentielle: Les propositions des candidats sur l'éducation qui font le plus tiquer les profs

PROGRAMMES Les enseignants sont assez critiques sur l’intérêt ou la faisabilité de plusieurs mesures…

Delphine Bancaud

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Lyon, le 1er septembre 2016. Illustration lors de la rentrée scolaire dans une école primaire.

Lyon, le 1er septembre 2016. Illustration lors de la rentrée scolaire dans une école primaire. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

  • Même s’ils ont beaucoup critiqué la réforme des rythmes scolaires, les projets de Macron et Le Pen ne rassurent pas les profs.
  • La volonté d’instaurer l’uniforme et d’interdire les portables dans l’enceinte du collège font gloser.
  • Plusieurs mesures proposées par les candidats auraient des effets pervers selon les enseignants.

Dans quelques semaines, ils auront un nouveau ministre de l’Education et certains enseignants redoutent déjà les mesures qu’il prendra. Et pour cause :les programmes éducation des deux candidats contiennent des propositions qui au mieux interrogent les profs, et au pire les inquiètent. 20 Minutes revient sur les propositions qui font le plus parler en salle des profs.

L’autonomie des établissements proposée par Macron

Dans son programme, le candidat d’En Marche ! indique que « demain, les chefs d’établissements et leurs équipes auront davantage de liberté dans l’élaboration de leur projet pédagogique, en contrepartie d’une responsabilisation accrue et d’une évaluation plus régulière ». Des mots qui suscitent des craintes chez les enseignants : « Si cela signifie que l’on permette aux chefs d’établissements de recruter les profs qu’ils veulent, nous sommes contre, car l’école n’est pas une entreprise. Cette mesure aurait des effets pervers car les "meilleurs établissements" recruteraient les "meilleurs enseignants" », estime Jean-Rémi Girard, vice-président du Snalc. « Cette mesure est inspirée du  modèle scolaire anglo-saxon. Mais cela ne marcherait pas en France et conduirait seulement à mettre en concurrence les établissements et à accentuer les inégalités scolaires », renchérit Stéphane Crochet, secrétaire général de l’Unsa.

Réserver la moitié du temps d’enseignement au français en primaire, un projet Lepeniste

Soit douze heures par semaine qui seraient dédiées à l’enseignement de la langue de Molière à l’écrit comme à l’oral, ce qui se ferait au détriment d’autres matières. « Aujourd’hui dix heures de français sont déjà prévues du CP au CE2 et huit heures du CM1 au CM2. Ce n’est donc pas la quantité d’heures consacrées à la langue française qui pose problème, mais les effectifs lourds des classes qui ne permettent pas de prendre suffisamment en compte les élèves en difficulté », estime Francette Popineau, porte-parole du SNUipp-FSU. « D’autant qu’en faisant de l’histoire par exemple, les élèves continuent à travailler leurs connaissances en français. La mesure de Marine Le Pen serauit donc pédagogiquement inopérante », estime Stephane Crochet.

La révision des rythmes scolaires que défendent les deux candidats

Marine Le Pen souhaite les supprimer et Emmanuel Macron laisser le choix aux communes et aux écoles de conserver le modèle actuel, de garder ou supprimer les activités périscolaires ou de revenir à la semaine de quatre jours. Or, même si la mise en œuvre de cette réforme a suscité bien des critiques, la majorité des enseignants ne veulent pas revenir aux anciens rythmes scolaires. « S’il fallait revenir à la journée de quatre jours d’école ce serait dommageable aux élèves les plus fragiles, car on sait qu’ils apprennent mieux le matin et qu’une matinée de classe en plus leur est bénéfique », indique Stéphane Crochet.

« Et si l’on revenait sur cette forme, cela aboutirait non seulement à rallonger la journée d’école des enfants, mais aussi à détruire des emplois d’animateurs », souligne Francette Popineau. La proposition de laisser le choix aux communes laisse aussi beaucoup de profs sceptiques : « les communes riches vont garder les nouveaux rythmes et les activités périscolaires, alors que les plus pauvres vont les supprimer. Cela va encore accroître les disparités », estime Jean-Rémi Girard. « Par ailleurs, il a fallu du temps aux familles pour trouver un équilibre avec leurs nouveaux rythmes, si on pouvait éviter de tout rechambouler, ce serait bien », poursuit Stéphane Crochet.

L’instauration de l’uniforme que prône Le Pen

« C’est un symbole qui sous-entend le rétablissement d’une certaine autorité. Mais qui va financer les uniformes : les collectivités ? Les parents ? Ça va coûter une fortune », s’alarme Stéphane Crochet. « Par ailleurs, l’uniforme ne gommera pas les différences sociales entre les élèves. Celles-ci seront d’ailleurs matérialisées par les cartables, les chaussures, plus ou moins chères », souligne Frédérique Rolet, secrétaire générale et porte-parole du SNES-FSU.

La limitation à 12 élèves par enseignant en CP et CE 1 pour les écoles de l’éducation prioritaire, une idée de Macron

Sur le papier, le fait de renforcer l’éducation prioritaire aurait de quoi séduire la majorité des profs. « Nous réussirons en réorientant entre 6.000 postes à 10.000 postes des 60.000 postes créés au cours du quinquennat actuel. Par ailleurs, à l’échelle du quinquennat, nous créerons entre 4.000 postes et 5.000 postes », précise Macron dans son programme. « Il va notamment redéployer les enseignants qui ont été affectés au dispositif Plus de maître que de classes, alors que ce dernier fonctionnait bien », déplore Francette Popineau. « Par ailleurs, on ne pourra pas accepter qu’il y ait 12 élèves par classe en REP et 25 ailleurs, surtout à l’heure où l’école accueille de plus en plus d’élèves handicapés. Il faut pouvoir aussi abaisser les effectifs partout », poursuit-elle.

La réforme du bac proposée par Macron

« Il y aura désormais quatre matières obligatoires à l’examen final. Les autres seront validées par un contrôle continu », explique-t-il dans son programme. Une idée qui ne fait pas consensus chez les profs. « Concernant le contrôle continu, les enseignants vont craindre de sous-évaluer ou de surévaluer les élèves, alors que pour la notation au bac, les enseignants s’accordent sur les attendus de l’épreuve ce qui permet des garde-fous pour garantir l’égalité de traitement entre les candidats », indique Stéphane Crochet. « On a besoin d’une évaluation diagnostique », renchérit Frédérique Rolet. « Et ce renforcement du contrôle continu va encore contribuer à dévaloriser encore plus le bac », juge Jean-Remi Girard.

Mettre en œuvre une sélection à l’entrée de l’université, ce que veulent les deux candidats

Marine Le Pen propose une entrée sur dossier en licence, alors qu’Emmanuel Macron parle de prérequis. « Ce système entraînerait une forme de hiérarchisation des universités et empêcherait des élèves moyens au lycée de faire des études supérieures, alors que la France a au contraire besoin d’élever le niveau de qualification de sa jeunesse », analyse Frédérique Rolet. « Il faut être en capacité de proposer des poursuites d’études à tous les bacheliers qui le souhaitent. Et pour améliorer leur orientation, il suffirait déjà de vérifier que la série de leur bac est bien en adéquation avec la licence choisie, tout en se préoccupant de mieux les accompagner lors de leur démarrage à la fac », insiste Stéphane Crochet.

L’apprentissage dès 14 ans, suggéré par Le Pen

« C’est une escroquerie, car le patronat recherche des apprentis qualifiés et les élèves de 14 ans ne seront pas assez outillés pour être utiles aux entreprises. Cela demanderait à ces dernières un trop grand effort d’encadrement », explique Frédérique Rolet. « C’est une mauvaise réponse à un vrai problème : celui des élèves qui sont un peu perdus en 4eme. D’autant que les règles du Code du travail, limitent beaucoup l’emploi de mineurs », souligne Jean-Rémi Girard.

L’interdiction du portable dans l’enceinte des collèges recommandée par Macron

« Cette mesure est clairement un produit d’appel politique. Qui va vérifier que les collégiens n’ont pas de portables dans les sacs ? A moins de tripler le nombre d’assistants d’éducation, je ne vois pas comment on fera », s’interroge Jean-Rémi Girard. « Et c’est oublier que beaucoup de parents équipent leurs enfants de portables pour se rassurer et savoir où ils sont », souligne Stéphane Crochet. « Plutôt que d’annoncer cette mesure gadget, il faut mieux insister sur les moyens de faire mieux respecter le règlement des établissements concernant l’utilisation des portables », suggère Frédérique Rolet.

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