Une image de la vidéosurveillance du restaurant La Casa Nostra, vendue au «Daily Mail».
Une image de la vidéosurveillance du restaurant La Casa Nostra, vendue au «Daily Mail». - Capture d'écran / 20 Minutes
  • Dimitri Mohamadi, le gérant de 45 ans, est accusé d’avoir installé « sans autorisation un système de vidéoprotection ».
  • La diffusion des images de la soirée, mais aussi leur vente présumée pour quelque 50.000 euros, avaient suscité une vaste indignation.

C’est un procès qui s’ouvre sans que la polémique ne soit retombée. Le gérant du Casa Nostra doit être jugé ce mercredi à Paris pour la divulgation d’images lors des attaques djihadistes du 13 novembre 2015 par un tabloïd britannique.

Ces images sidérantes, tournées à l’intérieur de la pizzeria par une caméra de surveillance pendant la fusillade, avaient été mises en ligne peu après par le Daily Mail. Leur diffusion, mais aussi leur vente présumée pour quelque 50.000 euros, avaient suscité une vaste indignation.

Trois clients portent plainte

Après la plainte de trois clients, qui se sont reconnus sur la bande et n’ont pas réussi à obtenir le retrait de la vidéo auprès du quotidien britannique, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire fin janvier 2016. Dimitri Mohamadi, le gérant de 45 ans, est accusé d’avoir installé « sans autorisation un système de vidéoprotection » mais aussi de l'« enregistrement et de la divulgation d’images ».

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Plusieurs autres prévenus - parmi lesquels le « hacker » qui aurait récupéré la vidéo dans le système du restaurant sur une clé USB - sont soupçonnés de « complicité de divulgation d’images de vidéoprotection à une personne non habilitée » et également poursuivis.

« Exorcisme public »

Pour Jeffrey Schinazi, l’avocat de Dimitri Mohamadi, « c’est un exorcisme public, ce dossier ». « Faute de choper les terroristes » de cette nuit-là, « on chope le premier venu, on se trompe de cible », a-t-il affirmé à l’AFP. Selon lui, « la discussion reste entièrement ouverte » sur ce que son client « a fait ou pas fait », concernant la vente présumée de cette vidéo.

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Le Daily Mail avait reconnu « l’acquisition » de la vidéo, affirmant l’avoir « obtenue sur fond de forte compétition entre les médias français et internationaux », mais sans préciser dans quelles conditions il avait mis la main dessus. L’achat de photos ou vidéos pour de fortes sommes d’argent, en particulier lorsqu’elles ont un caractère sensationnel, est une pratique courante au sein des médias, britanniques notamment.

Le sens de l’enquête « dévoyé » pour l’avocat de l’accusé

Casa Nostra est l’un des huit lieux attaqués à Paris et Saint-Denis le soir du 13 novembre, au cours duquel 130 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées par des commandos du groupe jihadiste Etat islamique (EI). Personne n’est mort dans ce restaurant situé en plein cœur du quartier jeune et branché du canal Saint-Martin, dans l’Est parisien.

Me Schinazi compte « combattre la validité de la procédure », estimant que ses fondements juridiques « ne sont pas clairs ». Alors que l’enquête portait sur une présomption d’atteinte à la vie privée, les prévenus sont renvoyés sur la base d’un texte de sécurité intérieure, souligne-t-il. Le « sens de l’enquête voulue par le parquet de Paris » a été selon lui « dévoyé ». L’avocat des parties civiles, sollicité à plusieurs reprises par l’AFP, n’a pas souhaité s’exprimer avant l’audience.

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