Présidentielle: Les problèmes de mobilité des Français s'invitent dans la campagne électorale

TRANSPORTS Selon l’Observatoire européen des mobilités* d’Ipsos et du Boston Consulting Group, qui paraît ce mercredi, 27 % des Français ont le sentiment d’être « un peu trop loin de tout »…

Delphine Bancaud

— 

Illustration problème de mobilité.

Illustration problème de mobilité. — josealbafotos/pixabay

  • De plus en plus de ruraux, d’habitants des territoires périurbains ou de communes de petites tailles éprouvent des difficultés à se déplacer
  • Un frein évident à l’emploi qui accentue le sentiment d’exclusion qu’ils éprouvent
  • Les candidats à la présidentielle ont émis des propositions pour booster la mobilité des Français, mais elles restent encore trop floues

« J’ai le permis de conduire, mais je n’ai pas les moyens de m’acheter une voiture et les bus ne desservent pas les villes près de mon domicile aux horaires de travail. Je ne sais pas si je pourrais quand même trouver un emploi », se désespère Ludivine, 26 ans, résidant à Saulieu (Bourgogne), une de nos internautes qui a répondu à un appel à témoins lancé sur 20 Minutes.

Un cas loin d’être isolé à en croire l’Observatoire européen des mobilités* d’Ipsos et du Boston Consulting group, qui paraît ce mercredi. Selon lui, 27 % des Français ont le sentiment d’être « un peu trop loin de tout » et c’est même le cas de 32 % des 18-24 ans. « Un problème qui ne touche pas uniquement les ruraux, mais aussi les habitants des territoires périurbains, distants de 30 à 50 km des grandes métropoles et ceux des communes de petites tailles », explique Sylvain Duranton, directeur associé du Boston Consulting Group. « Et ces problèmes de mobilité sont croissants, notamment parce que beaucoup de Français sont contraints de s’éloigner des villes pour pouvoir se loger, en raison de la flambée de l’immobilier. Et parce que la SNCF réduit de plus en plus la fréquence des trains sur les petites lignes », constate Bruno Gazeau, président de laFnaut (Fédération nationale des associations d’usagers des transports).

Un frein majeur dans l’accès à l’emploi

Des soucis pour se déplacer au quotidien qui rendent difficile d’accès les services de proximité, tels que La Poste, la banque, le médecin… « Et comme l’accès aux transports conditionne l’accès à l’emploi, les personnes qui ne sont pas connectées à des réseaux de transports en commun, qui n’ont pas leur permis ou les moyens de s’offrir un véhicule, se retrouvent vite dans une situation précaire », indique-t-il. Selon une enquête du Laboratoire de la mobilité inclusive publiée en janvier dernier, près d’un Français sur quatre déclare ainsi avoir déjà renoncé à un travail ou à une formation faute de moyen pour se déplacer.

Et pour ceux qui ont quand même un emploi, mais n’ont pas accès aux transports en commun à proximité de chez eux, la pression est réelle : ainsi selon L’Observatoire européen des mobilités 51 % estiment qu’ils devraient déménager s’ils venaient à perdre leur emploi, pour retrouver un poste équivalent. « Cette précarité de la mobilité génère un stress durable chez eux. Et la moindre panne de voiture est une source d’inquiétude », note Sylvain Duranton. Outre les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien, les 27 % des Français qui ont l’impression d’être « loin de tout » sont aussi plus nombreux à considérer qu’ils sont délaissés par les pouvoirs publics. « Selon notre Observatoire, 40 % d’entre eux pensent que là où ils habitent, les pouvoirs publics en font moins qu’ailleurs », souligne Sylvain Duranton. « Ils se sentent d’autant plus exclus que bien souvent les services publics ferment les uns après les autres autour d’eux », indique Bruno Gazeau.

Marine Le Pen veut lutter contre la fracture territoriale

Bien conscients des inégalités des Français face à la mobilité, les candidats à la présidentielle se sont penchés sur le sujet. Tout d’abord Marine Le Pen. « Je veux être la présidente de tous les Français et il me semble essentiel que nous prenions en compte la souffrance qui s’exprime dans la ruralité », écrivait-elle dans une lettre aux Français publiée le 15 avril sur son site. « Dans plusieurs de ses discours, elle interpelle aussi « les invisibles », ces personnes qui n’ont plus les moyens de vivre dans les grandes villes et qui résident dans des territoires périurbains », souligne Régis Matuszewicz, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Reims.

Dans son programme, la présidente du Front national émet plusieurs propositions pour lutter contre la fracture territoriale : « maintenir au maximum des hôpitaux de proximité », « garantir l’égal accès aux services publics (administrations, gendarmerie, eau, santé, transport, hôpitaux de proximité et maisons de santé…) sur tout le territoire et en particulier en milieu rural », « rééquilibrer la politique de la ville vers les zones désertifiées et rurales », « soutenir l’effort d’investissement en infrastructures, en particulier dans la ruralité (très haut débit, couverture téléphonique, routes…) ». Une stratégie qui semble marcher puisque les électeurs des zones rurales et des territoires périurbains ont massivement voté pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle.

Le plan mobilité d’Emmanuel Macron 

Quant à Emmanuel Macron, il n’est pas non plus resté muet sur le sujet. « Les Français ne sont pas égaux face à la mobilité. L’absence de solution devient alors un frein dans l’accès à l’éducation ou à l’emploi et vient alimenter le sentiment d’assignation à résidence ou de déclassement social », diagnostique-t-il sur son site. Avant de faire plusieurs propositions. En misant d’abord sur l’intermodalité des transports : « Nous construirons des infrastructures pour connecter entre eux les modes de transport : parkings relais, gares routières, correspondances… ». Le candidat d’En Marche ! souhaite aussi développer les aides à la mobilité « qu’il s’agisse de réduire les coûts de transport ou de déménager pour se rapprocher d’un emploi », précise-t-il. Il veut aussi développer les voitures autonomes et le covoiturage (notamment via des voies dédiées sur les autoroutes urbaines et d’une modulation des péages en fonction de l’occupation des véhicules). « Nous proposons un plan d’urgence pour les investissements de rénovation (rail et route) », promet-il aussi. Reste que ses propositions ne semblent pas avoir été suffisamment audibles, car lors du premier tour, il a surtout séduit les citadins.

Mais pour Bruno Gazeau « les candidats sont restés sur des voeux pieux et ne sont pas rentrés dans le détail de mesures concrètes ». Selon lui, il serait temps que les candidats à la présidentielle s’engagent plus en amont : « en proposant par exemple, uneTVA à 5, 5 % pour le prix des transports en commun, en précisant le niveau des investissements qui doit être fait sur les infrastructures ou sur la manière dont ils pourront développer les véhicules autonomes dans les zones peu denses en population », indique-t-il. Si la thématique de la mobilité reste encore sous-exploitée par les candidats « c’est aussi parce que beaucoup de questions liées aux transports sont de la compétence des régions », souligne Sylvain Duranton. « Mais les candidats auraient quand même intérêt à s’en emparer davantage, car la mobilité est l’un des sujets sur lesquels les Français ne sont pas du tout défaitistes et attendent vraiment du mieux », insiste-t-il.

*Observatoire européen des mobilités d'Ipsos et du Boston Consulting group réalisé par Internet du 23 février au 28 mars 2017, auprès de plus de 10.000 européens, dont 1.000 Français selon la méthode des quotas.