Le procureur de la République de Paris François Molins
Le procureur de la République de Paris François Molins - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

« Hier un policier a payé de sa vie la mission de protection qu’il assurait en tombant sous les balles d’un terroriste. » Le procureur de la République, François Molins, est revenu ce vendredi sur la fusillade qui a éclaté jeudi soir sur les Champs-Elysées et a coûté la vie à un policier.

« Ce dernier événement dramatique signe l’unité dont nous devons faire preuve. J’aurais une pensée émue pour un fonctionnaire de police mort dans l’exercice de ses fonctions », a-t-il dit lors d’une conférence de presse. Le déroulement des faits a été précisé par le procureur.

Le policier abattu de deux balles dans la tête

L’assaillant est arrivé « à bord d’un véhicule Audi, il s’est garé à l’angle de la rue de Berri et de l’avenue des Champs. Le véhicule s’est ensuite porté à hauteur d’un car de police stationné devant l’organisme de tourisme de Turquie. L’assaillant, armé d’une Kalachnikov, a fait feu sur le car, atteignant de deux balles à la tête un fonctionnaire de police installé au volant. Il a ensuite tiré à plusieurs reprises sur les policiers en faction de l’autre côté du car. Un fonctionnaire de police de 34 ans a été grièvement blessé et un troisième, âgé de 31 ans, légèrement blessé. Une passante a été légèrement blessée au pied. »

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Une liste de plusieurs adresses de service de police retrouvée

Le procureur poursuit : « un morceau de papier a été découvert près du corps de l’assaillant soutenant la cause de Daesh. Un autre morceau de papier découvert entre les sièges du véhicule portait mention de plusieurs adresses de service de police ». Dans le sac de sport découvert dans le coffre de sa voiture, il a été retrouvé « un fusil à pompe, des munitions, des couteaux de cuisine, un sécateur et un Coran. A son domicile en Seine-et-Marne, un canon scié et un téléphone ont été trouvés. Trois proches qui se trouvaient dans l’appartement au moment de la perquisition sont toujours en garde à vue ».

L’assaillant n’était pas fiché S

Karim Cheurfi, l’assaillant abattu par les policiers, a été très rapidement identifié grâce à ses empreintes et ses papiers. Il avait un lourd passé judiciaire, mais n’avait « pas présenté de signes de radicalisation » pendant les quatorze années qu’il a passées en prison, a déclaré François Molins.

« Karim Cheurfi n’était pas fiché S (sûreté de l’État) et n’avait pas présenté tout au long de sa période d’incarcération, donc pendant une période de quasiment 14 ans, (…) de signes de radicalisation ou de signes de prosélytisme pendant toutes ces années de détention », a expliqué François Molins.

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Concernant son casier judiciaire, il avait été condamné à quatre reprises. Le 15 février 2005, il est condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique pour des faits du 6 et 8 avril 2001. Le 17 mars 2008, à 3 mois de prison pour violences sans incapacité, sur un membre de l’administration pénitentiaire le 20 mai 2007 (tribunal de Versailles). Le 4 novembre 2009, à 18 mois de prison pour des faits de violence aggravée sur un codétenu pour des faits du 16 août 2008 (tribunal de Versailles). Enfin, le 9 juillet 2014, il est condamné à 4 ans de prison, dont deux avec sursis pour vol avec effraction en récidive, recel de vol, refus d’obtempérer et usurpation de plaque (tribunal de Meaux).

Aucune trace de radicalisation 

En janvier 2017, le parquet antiterroriste de Paris a été destinataire d’éléments indiquant que l’individu cherchait à se procurer des armes et des propos laissant entendre qu’il voulait tuer des policiers. Le 13 janvier 2017, le parquet de Meaux ouvre une enquête préliminaire. Une enquête confiée à la police judiciaire de Meaux.

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Son domicile est alors perquisitionné. Il s’était fait livrer des couteaux de chasse, une Go-Pro, un masque, un serflex. Les éléments n’étaient pas suffisants pour caractériser les menaces de crime. La garde à vue avait donc été levée. L’exploitation du téléphone et des ordinateurs restait vaine. Aucune trace de propagande djihadiste et aucun signe d’adhésion radicale signalé. Son parcours justifiait tout de même l’ouverture d’une enquête le 9 mars 2017.

Convoqué par le juge d’application des peines de Meaux (Seine-et-Marne), Karim Cheurfi, condamné notamment pour une affaire de vol avec effraction, « se présentait devant son juge le 7 avril 2017 » qui lui « rappelait ses obligations » « sans procéder à la révocation de son sursis avec mise à l’épreuve », a indiqué François Molins lors d’une conférence de presse. Le parquet de Meaux avait saisi le juge « dès lors qu’il était apparu que l’intéressé était parti en Algérie du 15 janvier au 14 février 2017 », « pour s’y marier » selon les explications de Karim Cheurfi. Il avait pourtant pour obligation d’avertir la justice de son voyage.

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