Attentat sur les Champs-Elysées: Les policiers sont-ils assez protégés?

TERRORISME Les forces de l’ordre constituent désormais des cibles de choix pour les terroristes…

Thibaut Chevillard

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Des policiers en patrouille sur l'avenue des Champs-Elysées, le 21 avril 2017.

Des policiers en patrouille sur l'avenue des Champs-Elysées, le 21 avril 2017. — AFP

  • Tous les policiers n’ont pas reçu les nouveaux équipements promis par le ministre de l’Intérieur en octobre 2016
  • Les syndicats policiers demandent plus de soutien du directeur général de la police nationale

Une fois de plus, les forces de l’ordre ont été visées. Après Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro, tués en janvier 2015, après Jean-Paul Salvaing et sa compagne Jessica Schneider, exécutés en juin 2016, Xavier J. allonge la liste des policiers victimes du terrorisme. Alors que la menace ne s’essouffle pas, les agents sont-ils assez protégés pour effectuer leurs missions quotidiennes ?

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A la suite des attentats de 2015, le gouvernement a doté les forces de l’ordre de fusils d’assaut HK G36 et de nouvelles voitures. Puis, en octobre dernier, après l’attaque d’une voiture de police à Viry-Châtillon, Bernard Cazeneuve a annoncé la livraison de nouveaux matériels, dont 21.700 gilets pare-balles capables d’arrêter les balles de kalachnikov, 8.000 casques et 4.700 boucliers balistiques.

Dotation collective

Le problème, estime Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police, « c’est que tous les policiers n’ont pas reçu ces nouveaux équipements ». Il s’agit en effet d’équipement collectif, et non individuel. Il n’y a donc pas un gilet pour chaque policier. Le syndicaliste souligne en outre le poids de ces gilets pare-balles capables de résister aux tirs d’armes automatiques. « Il n’est pas possible de les porter pour effectuer les missions quotidiennes. Ils peuvent servir quand nous effectuons des gardes statiques. »

Les agents portent donc sous leur chemise des gilets dits « légers », à l’efficacité toute relative. « Ils sont efficaces pour arrêter les balles tirées par une arme de poing de calibre 9 mm, ou se protéger d’un coup de couteau. Et encore », souffle Denis Jacob.

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De son côté, Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité SGP-Police FO estime que l’équipement des policiers « commence à tenir la route ». Aujourd’hui, dit-il, les agents « ont besoin d’être protégés par la hiérarchie, par la justice. Ils ont aussi besoin de reconnaissance de la part de notre autorité de tutelle ». Le syndicaliste est notamment « outré » que l’assaillant ait été libéré de prison au bout de quelques années grâce au jeu des remises de peine, alors qu’il avait tiré sur trois policiers.

« Le DGPN doit nous défendre »

Yves Lefebvre souligne aussi que le directeur général de la police nationale ne protège pas assez les agents. Après la mise en cause d’agents dans « l’affaire "Théo" », il remarque qu’il a fallu une quinzaine de jours à Jean-Marc Falcone pour faire valoir la présomption d’innocence dont bénéficient les agents impliqués. Tandis que le patron des gendarmes s’était dépêché de soutenir ses hommes à la suite de la mort de Rémy Fraisse, à Sivens. « Le DGPN doit nous défendre. Or, cela n’a jamais été le cas sous ce quinquennat. »

Enfin, il estime que les policiers ont besoin d’une « protection psychologique ». « Les agents sont au bout du rouleau, ils sont épuisés », affirme-il. Les policiers sont fortement sollicités depuis 2015, pour sécuriser les lieux publics. Ils doivent tout de même atteindre des objectifs, la fameuse « politique du chiffre ». C’est pour cette raison, avance-t-il, qu’il a refusé de se rendre place Beauvau, ce vendredi, pour rencontrer le ministre qui conviait les syndicats. « On nous prend pour nos idiots ! »