La police sécurise les Champs-Elysées théâtre d'un attentat terroriste le 20 avril 2017.
La police sécurise les Champs-Elysées théâtre d'un attentat terroriste le 20 avril 2017. - THOMAS SAMSON / AFP
  • Un homme a ouvert le feu jeudi soir sur des policiers sur les Champs-Elysées
  • Un policier est décédé, un second a été blessé, l'assaillant a été abattu
  • Il s'agit d'un acte terroriste, revendiqué par Daesh

C’est une soirée d’avril comme une autre, ni trop chaude, ni trop fraîche. Comme d’habitude, les Champs-Élysées sont noirs de monde. Les touristes profitent de la grisaille parisienne sous le regard protecteur des nombreux policiers qui patrouillent sur la plus belle avenue du monde. Ils sont heureux. Pour une raison qui échappe aux Parisiens, les touristes aiment particulièrement venir flâner ici. C’est souvent la première chose qu’ils veulent voir en arrivant en Paris. Pour eux, les Champs sont l’emblème de la France.

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Il est 20h50. Soudain, des coups de feu retentissent devant le magasin Mark & Spencer. Des gens crient, partent en courant, se bousculent. Ils ont peur. D’autant qu’il y a des victimes. Des policiers sont touchés. Et une femme est blessée. Un peu plus loin, les forces de l’ordre abattent un homme. La tension redescend un peu. La scène n’a duré que quelques minutes. Elle s’est passée sous les yeux apeurés des touristes du monde entier. La panique s’installe.

Un policier tué

Rapidement, des renforts de forces de l’ordre arrivent. Encore et encore. Le balai des gyrophares colore la nuit. On évacue les Champs, on ferme les rues et les stations de métro. Le secteur est bouclé. Les gens qui se trouvent dans les boutiques et dans les restaurants sont confinés à l’intérieur tandis que les victimes sont prises en charge par les pompiers et le Samu. A priori, il n’y en a que quatre. La touriste n’a été que légèrement blessée par des éclats. Mais un policier est décédé et deux autres sont blessés dont l’un grièvement. Ils appartiennent à la 32e compagnie d’intervention de la DOPC de la Préfecture de police.

Pendant ce temps, les hommes de la BRI se déploient. Il faut agir vite. Se dépêcher de sécuriser les lieux, s’assurer que l’assaillant n’a pas de complice qui pourrait encore sévir. Ces policiers d’élite sont entraînés pour ça, et ce scénario, ils l’ont étudié, redouté. Un hélicoptère survole la zone. Les démineurs, eux, s’occupent du véhicule qui semble appartenir à l’agresseur. Objectif : être certain qu’il ne soit pas piégé. Arrivent enfin les agents de la police technique et scientifique qui vont figer la scène, recueillir les premiers indices.

Que vient-il de se passer ? Et qui est cet homme qui a été tué par les policiers ? Dans un premier temps, le déroulement des faits est confus. Les enquêteurs vont d’abord se demander s’il ne pourrait pas s’agir d’un braquage qui aurait mal tourné. Les Champs Elysées sont en effet au cœur du triangle d’or de l’Ouest parisien, une zone où les attaques de bijouteries prestigieuses sont fréquentes. Mais très vite, après avoir entendu les premiers témoins et trouvé certains indices, ils comprennent.

Arme automatique

L’homme conduisait une Audi grise. Il s’est arrêté au niveau d’un car de police stationné le long de l’avenue, puis il est sorti de son véhicule, une arme automatique dans les mains. Et soudain, il a ouvert le feu sur les policiers. Déterminé. Des agents ont riposté. Il est alors parti en courant en tirant, avant d’être abattu. Il semble que l’assaillant les ait « délibérément pris pour cibles », selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet. Ce dernier a été envoyé sur place pour communiquer les premiers éléments de l’enquête. Et démentir les rumeurs. Non, il n’y a pas deux policiers tués mais un seul. Non, il n’y a pas eu de coups de feu tirés ailleurs. Il refuse de le confirmer, mais déjà les enquêteurs s’en doutent : il s’agit d’un attentat.

Dans la voiture du tireur, ils retrouvent des indices permettant de l’identifier. Et en rentrant son nom dans leur fichier, ils découvrent qu’il ne leur est pas inconnu. L’homme a 39 ans, il est né à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Et la DGSI le connaît bien. Il était visé, depuis mars dernier, par une enquête antiterroriste après avoir laissé entendre qu’il souhaitait tuer des policiers. Il avait alors été placé en garde à vue par les enquêteurs de la police judiciaire de Meaux, le 23 février. Mais il avait été remis en liberté par la justice, faute de preuves suffisantes. Son signalement avait alors été transmis au service de renseignement.

Il est également connu de la police et de la justice, notamment pour avoir tiré sur des policiers en 2001. Il avait alors été condamné à 20 ans de prison ferme pour tentative d’assassinat, comme le relatait à l’époque Le Parisien. Une peine allégée de cinq ans lors de son jugement en appel, en 2007, par la Cour d’assises du Val-de-Marne. A 22 h 15, la section antiterroriste du parquet de Paris décide d’ouvrir une enquête. Elle est confiée à la DGSI, à la Sdat et à la section antiterroriste de la Crim’. Les policiers se précipitent à son domicile, à Chelles (Seine-et-Marne), pour le perquisitionner.

Il est un peu plus de 23 heures quand François Hollande prend la parole. Le chef de l’Etat rend hommage aux policiers touchés. Puis lâche le mot qui redouté : « terroriste ». On le savait déjà, on en est maintenant certain. Pour enfoncer le clou, quelques minutes après l’intervention du président de la République, Daesh revendique l’attentat en affirmant qu’il est l’œuvre d’un certain « Abu Yussuf Al-Baljiki », un « soldat du califat ».

« Un jeune policier qui avait l’avenir devant lui »

Le ministre de l’Intérieur, lui se rend enfin sur les lieux afin de rendre hommage à « un jeune policier qui avait l’avenir devant lui ». Il est accompagné par le nouveau préfet de police, Michel Delpuech. Le haut fonctionnaire a été nommé la veille en conseil des ministres pour remplacer Michel Cadot qui s’est blessé en circulant en Vélib’. L’ancien préfet d’Ile-de-France n’est en poste que depuis 24 heures. Pas le temps pour lui de prendre ses marques. Il doit gérer un attentat.

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Enfin, François Molins fait son entrée. Quand le visage du procureur de la République de Paris apparaît sur les écrans de télévision, ce n’est jamais bon signe. Mais sa voix posée, son phrasé précis et méticuleux rassurent toujours. Il est devenu, avec le temps, celui qui explique les drames, permet d’y voir plus clair dans l’horreur. Cette fois, il ne dit pas grand-chose. Mais le magistrat promet de dévoiler plus d’éléments dès vendredi lors d’une conférence de presse. Il est 1h du matin. Les Champs-Élysées, emblème de Paris, sont touchés, désertés.

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