Attentat déjoué à Marseille
Attentat déjoué à Marseille - ADRIEN MAX/20 MINUTES

C’est la fin d’une course contre la montre qui a tenu en haleine des centaines de policiers des services de renseignements. Mardi en fin de matinée, deux hommes soupçonnés de préparer une action violente « imminente » ont été interpellés dans un appartement du 3e arrondissement de Marseille. Si certains éléments laissent supposer que François Fillon était visé, les enquêteurs n’ont pas pu déterminer avec certitude « le jour, la cible et les circonstances précises de leur passage à l’acte », a indiqué François Molins, le procureur de la République.

En revanche, l’ampleur de l’attaque ne laisse guère de doute. Les enquêteurs de la DGSI ont mis la main sur un arsenal vertigineux au cours de la perquisition : un fusil-mitrailleur, deux armes de poing, des munitions mais également plus de trois kilos de TATP, un explosif instable utilisé notamment lors des attaques du 13 novembre, et une grenade artisanale ont été découverts dans ce petit appartement situé non loin de la gare Saint-Charles.

Un renseignement étranger à l’origine de l’enquête

Une enquête préliminaire visant l’un des deux suspects, Mahiedine Merabet, avait été ouverte dès le 5 avril par le parquet de Paris. Un service de renseignement étranger – britannique, selon nos informations – a alerté la DGSI que ce natif de Croix, dans les Hauts-de-France, projetait de commettre une action violente pendant la campagne présidentielle. L’homme de 29 ans est loin d’être un inconnu : en décembre dernier, son domicile de Roubaix avait fait l’objet d’une perquisition administrative. Les enquêteurs avaient découvert un drapeau de l’organisation terroriste Etat islamique (EI) et de la documentation djihadiste.

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Mais ce jour-là, Mahiedine Merabet était absent. Un autre homme était, en revanche, présent : Clément Baur, le second suspect, qui s’est présenté, selon le procureur de la République, sous une fausse identité aux policiers. Les deux suspects, qui ont partagé une cellule dans la prison de Lille-Sequedin, sont décrits par leurs proches comme inséparables. Une deuxième enquête préliminaire, visant cette fois Clément Baur, 23 ans, est donc ouverte par le parquet antiterroriste.

L’enquête bascule en flagrance le 12 avril, après que la DGSI a intercepté une vidéo d’allégeance à Daesh. On y aperçoit notamment un fusil-mitrailleur – vraisemblablement le même que celui retrouvé lors de la perquisition – un drapeau de l’EI, des « dizaines de munition disposées afin d’écrire "la loi du talion" », a indiqué le procureur. Figurerait également sur les images la « Une » du Monde du 16 mars avec François Fillon en couverture. La suite de la vidéo est un montage montrant des enfants victimes de bombardements, des versets coraniques et des photos djihadistes. Selon des sources policières, le film a été intercepté alors que les suspects tentaient de l’envoyer, via les réseaux sociaux, à une source en Syrie.

Extrême prudence

Mais les deux hommes sont particulièrement méticuleux. Depuis la perquisition, ils éteignent quasiment systématiquement leurs téléphones portables. Lorsqu’ils les utilisent, ils changent systématiquement de puce. Ils payent tous leurs achats en liquide. Mahiedine Merabet se paye même le luxe de narguer les autorités. Le 4 avril, le commissariat de Roubaix reçoit une lettre contenant sa carte d’identité et sa carte bancaire accompagnées d’un mot. « A cause de vous, je n’en ai plus d’utilité », écrit le djihadiste présumé. Et d’ajouter : « Je vais bientôt me rendre, on discutera (…) laissez-moi tranquille, salut ». C’est dans cette même optique de brouiller les pistes que les deux djihadistes présumés gagnent fin mars Marseille en covoiturage depuis Nancy. Ils voyagent séparément, « en plusieurs trajets », précise le procureur de la République. Les itinéraires sont réglés par Clément Baur, sous une fausse identité et à l’aide d’une carte prépayée.

Selon nos informations ce n’est que vendredi après-midi que les services de renseignement acquièrent la certitude que les deux « amis » se trouvent dans le sud de la France. Un plan de rappel de tous les policiers de Marseille et Toulon est organisé le soir même. Au même moment, des hommes du Raid sont déployés autour d’un meeting de François Fillon à Montpellier. Leur planque, un appartement d’étudiant dans le 3e arrondissement de Marseille, loué sous une fausse identité depuis le 1er avril, est localisée mardi matin grâce à un important travail de maillage. L’opération est déclenchée quelques heures plus tard.

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