Campagne présidentielle: «Une relation malsaine s’est créée entre le Qatar et les politiques français»

TROIS QUESTIONS A Les candidats à la présidentielle ont inscrit la normalisation des relations avec le Qatar dans leur programme politique...

Lucie Bras

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François Hollande rencontre l'émir du Qatar Sheikh Tamim ben Hamad al-Thani le 2 février 2016.

François Hollande rencontre l'émir du Qatar Sheikh Tamim ben Hamad al-Thani le 2 février 2016. — VILLARD/SIPA

« Je mettrai fin aux accords qui favorisent en France le Qatar », a déclaré Emmanuel Macron dimanche soir sur BFM TV​. Ce petit pays, voisin de l’Arabie Saoudite, est décidément l’invité surprise de la campagne politique française.

Parmi les candidats à l’élection, François Fillon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont inscrit la révision des relations entre la France et le Qatar dans leur programme après des révélations sur les « petits » cadeaux de la pétromonarchie aux politiques français : montres, billets d’avion, subventions voire argent pour des besoins très personnels…

Georges Malbrunot a enquêté sur ces pratiques avec Christian Chesnot. Ils en ont fait un livre : Nos très chers émirs (Michel Lafon, 2016).

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Pourquoi le Qatar est un sujet aussi complexe pour les politiciens français ?

C’est un sujet complexe, car il y a eu des abus entre 2007 et 2012. L’ancien ambassadeur du Qatar a arrosé nombre de politiques français, avec qui une relation malsaine s’est créée. Cette dérive a été amorcée par Nicolas Sarkozy. Pour les hommes politiques aujourd’hui, c’est devenu un peu plus difficile de ne pas en tenir compte. François Fillon, Marine Le Pen et les autres se sont engouffrés dans la brèche.

Quelles ont été les négligences des politiques envers le Qatar ?

Le Qatar en France est notre allié de longue date en termes de défense, mais ses pratiques de financement de groupes terroristes ont été dénoncées par les Etats-Unis. Une demi-douzaine de terroristes, qui sont inscrits sur des listes américaines, sont soupçonnés d’avoir financé des groupes comme Al-Nosra et vivent libres de leurs mouvements au Qatar. Les responsables français ont pour le moins manqué de curiosité sur le sujet.

Le Qatar doit rester un allié. C’est un pays très riche, qui a besoin d’infrastructures, pour la Coupe du monde par exemple. Mais les politiques ont compris qu’il fallait être vigilant sur le financement du terrorisme par ce pays, par exemple quand on laisse le Qatar financer la rançon d’otages.

Des politiques ont-ils été poursuivis après les révélations de votre livre ?

Un nouvel ambassadeur a été nommé en 2013 par François Hollande, pour assainir ces relations. L’association Anticor a annoncé qu’elle allait bientôt saisir le pôle financier.