Loi sur la prostitution: 937 clients ont été verbalisés depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi en avril 2016

JUSTICE Les associations qui luttent pour l’abolition de la prostitution se réjouissent de ce premier bilan…

Vincent Vantighem

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Paris, le 6 juin 2011. Une prostituée parle avec le chauffeur d'une voiture aux abords du Bois de Boulogne.

Paris, le 6 juin 2011. Une prostituée parle avec le chauffeur d'une voiture aux abords du Bois de Boulogne. — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Ceux qui pensaient que la loi serait inapplicable en ont été pour leurs frais. Depuis l’entrée en vigueur, en avril 2016, de la loi punissant l’achat d’actes sexuels, 937 clients de prostituées ont été verbalisés par la police ou la gendarmerie, a appris 20 Minutes, ce jeudi, auprès du ministère des Droits des femmes.

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Adoptée après trois ans de vifs débats parlementaires, cette loi déposée par Najat Vallaud-Belkacem a permis une véritable montée en puissance des interpellations au fil des mois, passant ainsi de 46 clients appréhendés en mai 2016 à plus d’une centaine chaque mois depuis le début de l’année 2017.

Quatre clients ont suivi le premier stage de sensibilisation

Un premier bilan qui satisfait les associations œuvrant pour l’abolition pure et simple du système prostitutionnel. « La volonté politique de faire appliquer cette loi est notable, se réjouit ainsi Lorraine Questiaux, déléguée pour le mouvement Le Nid. Nous attendons désormais de voir comment les stages de sensibilisation pour ces mêmes clients vont être mis en place. »

En complément d’une amende pouvant atteindre 1.500 euros, la loi a en effet prévu la mise en place de stages de sensibilisation destinés à éviter aux clients de prostituées de récidiver. Ils sont encore, pour la plupart, « en cours de construction » dans différentes associations spécialisées.

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A l’exception de l’ACJE 91 qui a dispensé, vendredi dernier en Essonne, sa première session à un public de quatre clients interpellés récemment en bordure de la forêt de Sénart alors qu’ils s’apprêtaient à recourir aux services de prostituées.

« Non, ce n’est pas le plus vieux métier du monde… »

Agés de 22 à 53 ans, ces hommes au profil « de Monsieur Tout-le-monde » ont été contactés par l’association via un SMS plus discret qu’un courrier envoyé à leur domicile. « Le stage dure trois heures, décrit François Roques, directeur de l’ACJE 91. Il aborde l’aspect juridique de la nouvelle loi mais aussi l’aspect psychopédagogique du recours à la prostitution. »

Avec pour but de casser les préjugés. « On explique que non, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde parce que ce n’est pas un métier ; qu’il n’y a pas plus de viols dans les pays qui l’ont abolie et que non, les prostituées ne se livrent pas à cette activité parce qu’elles le veulent bien, liste le directeur. Et les clients ont été réceptifs. Deux d’entre eux ont même verbalisé le fait qu’ils avaient compris et ne récidiveraient pas. »

Des associations demandent encore l’abrogation de la loi

Pour autant, le débat sur la pénalisation des clients n’est pas clos. Mené par le Syndicat du travail sexuel (Strass), un collectif d’une quinzaine d’associations parmi lesquelles Médecins du Monde et le Planning Familial appellent à une manifestation samedi à Paris pour demander l’abrogation de cette loi.

Selon le Strass, le dispositif punissant les clients a conduit à une précarisation du métier de prostituées qui « prennent plus de risques pour leur santé et leur sécurité » afin de garantir à leurs clients potentiels qu’ils ne seront pas interpellés en leur compagnie.

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Selon l’étude « Prost Cost » réalisée en mai 2015 par le mouvement du Nid et le service d’écoute Psytel, la France compte environ 37.000 personnes exerçant la prostitution. Une activité dont le coût, pour la société, est estimé à 1,6 milliard d’euros par an (conséquences sanitaires, sociales…)