Sous les couleurs de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan est pour la deuxième fois candidat à l’élection présidentielle. En 2012, le député-maire de Yerres (Essonne) avait recueilli 1,79 % des voix. Ancien membre du RPR, du RPF et de l’UMP, ce gaulliste revendiqué a quitté l’UMP en 2007 pour fonder Debout la République. La formation souverainiste, très critique de l’Europe, devient Debout la France en 2014. Nicolas Dupont-Aignan a répondu aux questions de 20 Minutes sur son programme et son positionnement idéologique.

Êtes-vous satisfait du débat à onze candidats sur BMFTV/CNews ?

C’était un débat indispensable car les Français ont le droit de connaître les projets et les candidats. Ce débat est apparu exceptionnel alors que dans une démocratie adulte, il devrait être évident et multiplié.

C’est votre deuxième candidature à la présidentielle après 2012. Quels sont vos objectifs en 2017 ?

Je suis là pour gagner en rassemblant les Français qui veulent changer sans pour autant tout casser. Je peux être la surprise du premier tour si les Français votent en fonction de ce qu’ils pensent. Le fameux « vote utile » n’est utile que pour les « grands du royaume », pas pour les Français.

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Pourquoi se présenter comme un candidat « antisystème » alors que vous venez du sérail (Sciences-Po, ENA, cabinet ministériel, député et maire) ?

Je connais ce système hypocrite qui ruine les Français. Je l’ai combattu avec Philippe Séguin puis Charles Pasqua avant de le combattre en dehors de l’UMP, dès 2007. Ma différence, c’est que j’ai quitté l’UMP quand elle s’apprêtait à gouverner. J’ai toujours fait passer mes convictions avant ma carrière. Moi, je n’ai pas été ministre. Jean-Luc Mélenchon a été longtemps à gauche puis ministre avant de comprendre…

Plusieurs candidats sont très critiques de l’Europe. Pourquoi choisir votre projet ?

Je me réjouis qu’on ouvre les yeux sur la question européenne qui a été la raison de mon départ de l’UMP. Il y a plusieurs visions :celle d’une renégociation pour Jean-Luc Mélenchon, celle d’un « Frexit » automatique pour François Asselineau. Et il y a ma façon gaulliste d’aborder cette question européenne : il faut être très ferme, dénoncer les traités pour renégocier une belle Europe des coopérations concrètes et des Nations.

Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle, le 2 octobre 2016 au Congrès du parti Debout la France à Paris
Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle, le 2 octobre 2016 au Congrès du parti Debout la France à Paris - Tristan Reynaud/SIPA

Qu’est-ce qu’un projet « gaulliste » sur l’Europe ?

Je veux une France libre qui contrôle ses frontières, ses lois et son budget. Mais qui est prête à travailler avec ses voisins sur des projets, à l’image d’Airbus ou d’Ariane. C’est un pays qui est prêt à récupérer les huit milliards d’euros que nous versons chaque année en excédent à Bruxelles et que je veux rendre aux petits retraités français. Huit milliards d’euros par an, c’est six millions de retraités français qui auront 100 euros de plus par mois. La revalorisation des retraites sera d’ailleurs ma première mesure.

En 2012, vous défendiez la sortie de l’euro, notamment pour réduire la dette française. Plus aujourd’hui. Pourquoi ce changement, et dans quel but ?

Comme en 2012, je souhaite que l’on emprunte à 0 % à la Banque centrale européenne, de manière à économiser les intérêts d’emprunts qui sont totalement illégitimes. Cette solution est possible. Sur l’euro, la situation a évolué car il a dévalué par rapport aux monnaies extérieures. Il y a donc moins d’urgence. On peut se laisser un peu de temps pour bâtir une monnaie commune, qui ne soit ni la monnaie unique d’aujourd’hui, ni la monnaie nationale d’avant. Cette monnaie commune permettrait d’avoir les avantages de l’euro sans ses inconvénients.

Sous quel délai ?

Cela intervient dans les six mois après l’élection, car je veux renégocier tous les traités durant cette période. L’Europe de la concurrence déloyale, de l’immigration massive, des injustices et du chômage de masse tue la belle idée européenne. L’Europe est comme un syndic de copropriété. On peut en changer sans avoir à déménager. C’est aux copropriétaires de décider et la France est copropriétaire de l’Europe. Elle va donc virer le syndic, changer les règles de copropriété tout en gardant de bonnes relations avec ses voisins.

Comment, concrètement, aider les jeunes à s’insérer sur le marché de l’emploi ?

Il faut relancer l’emploi en France car trop de jeunes s’exilent faute d’emplois et de perspectives. Je propose donc des mesures de relocalisation, du « fabriqué en France » et des baisses d’impôts pour les entreprises qui investissent en France. Je veux que les achats publics des collectivités locales ou de l’Etat soient réservés à 75 % aux produits fabriqués en France. Et je veux augmenter le pouvoir d’achat des Français en diminuant les charges sur le salaire brut pour relancer la machine économique.

Une fois ces mesures prises, notre pays pourra offrir enfin un avenir aux jeunes. Parallèlement, leur formation doit être adaptée aux besoins des entreprises. Il faut donc favoriser l’apprentissage. Aujourd’hui, les apprentis trouvent du travail en cinq, six mois. Je propose enfin une carte de sécurité professionnelle, une « seconde chance ». Tout jeune qui sort du système scolaire sans diplôme aura un crédit de formation professionnelle sur une carte magnétique qu’il pourra garder vingt ans. Ce n’est pas parce qu’on a échoué à 15 ans qu’on n’a pas le droit à une nouvelle chance.

Pourquoi vouloir «nommer un dirigeant de PME au poste de ministre de l’Economie » ?

Avoir un chef d’entreprise à Bercy sera très important face aux technocrates. Ces derniers ont tendance à jouer le jeu des multinationales plutôt que des PME qui créent de l’emploi et qui sont, elles, accablées de charges.

Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France à la présidentielle, le 1er février 2017 à son siège de campagne à Paris
Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France à la présidentielle, le 1er février 2017 à son siège de campagne à Paris - NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Sur Twitter et dans Valeurs actuelles, vous avez évoqué un « changement de la population » française dû à « l’invasion migratoire ». Vous adhérez à la thèse d’un «  grand remplacement » de l’idéologue d’extrême droite Renaud Camus ?

Je suis gaulliste, républicain, et je crois en l’assimilation républicaine. J’ai dit ce que constatent tous les Français : quand il y a trop d’immigration, le mécanisme d’intégration par l’emploi et par l’école ne fonctionne plus. Nous ne sommes pas aujourd’hui sur un « grand remplacement », mais sur un « remplacement rampant ». C’est dangereux pour la cohésion de la Nation car pour accueillir des étrangers, il faut pouvoir les assimiler. On ne peut pas en assimiler un trop grand nombre dans une société fracturée, paupérisée.

En la nuançant, vous validez donc cette thèse d’extrême droite…

Non. C’est tout simplement du réalisme. Ou alors il y aurait une majorité de Français d’extrême droite, ce qui ne veut rien dire. Aujourd’hui, vous faites un sondage et un référendum et vous aurez 80 % des Français qui veulent arrêter l’immigration massive. Je n’ai rien à voir avec l’extrême droite et tout le monde le sait.

Croyez-vous à une convergence entre des droites radicales, eurosceptiques, et une partie de la droite dite de gouvernement ?

Je pense que les deux partis qui ont gouverné la France, l’ont abîmée et trahie vont s’effondrer. Il y aura ensuite une recomposition politique sur un clivage entre patriotes et mondialistes-européistes. Je pense que ma candidature, celle de Marine Le Pen et celle de Jean-Luc Mélenchon seront très largement majoritaires au soir du premier tour. Mais des trois candidats, j’ai le programme le plus sérieux. Mon programme économique est beaucoup plus crédible que celui du FN qui comporte des excès. Mon patriotisme est humaniste et de bon sens.

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Comment incarner une voie médiane entre Marine Le Pen et François Fillon ?

Il ne s’agit pas d’être une voie entre Marine Le Pen et François Fillon car tout cela, c’est fini ! Quelqu’un qui vote FN n’hésite pas avec moi, il vote FN. Mes électeurs, ce sont des classes moyennes qui veulent tout changer sans tout casser.

Pourquoi voter pour vous plutôt que pour le Front national ?

Est-ce que le Front national gagne au second tour ? Non. Il rassemble beaucoup de monde au premier tour, mais les Français hésitent à lui donner du pouvoir. C’est pourquoi le Front national est le meilleur ami du système. Il faut des patriotes réfléchis pour gagner.

Quelle mesure retenez-vous du quinquennat de François Hollande ?

Il y a en a sûrement une dans l’océan de mesures néfastes… La décision au Mali a été efficace. Il y a la loi sur la fraude fiscale, même si elle est insuffisante.

La question qui fâche d’un internaute : Christophe Rieau : « Sept candidats à droite et quatre à gauche, vous n’avez pas le sentiment de vous tirer une balle dans le pied, voire dans les pieds de vos ex-coéquipiers… ? »

François Fillon n’a pas eu besoin de moi pour s’effondrer tout seul. Il était à 34 % dans un sondage Sofres de novembre 2016, et il est aujourd’hui à 17 %. C’est une question de morale : il a déshonoré la fonction politique. Imaginez le général de Gaule se faire offrir des costumes…

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