Les onze candidats avant le débat présidentiel du 4 avril 2017 sur CNews et BFMTV.
Les onze candidats avant le débat présidentiel du 4 avril 2017 sur CNews et BFMTV. - Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP

Sur cette question, ils sont pratiquement tous d’accord. Les principaux candidats à l’élection présidentielle se sont accordés, lors du débat de mardi soir, sur la nécessité de recruter davantage de policiers et de gendarmes. François Fillon et Benoît Hamon suggèrent d’en recruter 5 000 sur la durée du quinquennat. Emmanuel Macron en souhaite le double et Marine Le Pen, le triple. « Ils veulent montrer qu’ils savent faire preuve de fermeté. Donc ils sont dans une surenchère de chiffres. Mais aucun ne peut expliquer à quoi serviront ces nouveaux effectifs », estime Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS.

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Quelques chiffres d’abord. Il y avait, en 2016, 257 000 policiers et gendarmes en France, selon un rapport sénatorial datant de novembre 2016. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, 13 700 postes de policiers et gendarmes avaient été supprimés dans le cadre de la révision générale des politiques publiques. Une baisse d’effectifs que le gouvernement actuel a compensée en partie en créant 8 837 postes, selon un rapport des inspections générales de l’administration (IGA) et des finances (IGF), rendu public en février dernier.

Pour Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure, il était effectivement nécessaire de « remettre les effectifs à niveau ». En faut-il encore davantage ? « Oui », estime Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat Alliance. Ils pourraient être affectés dans certaines villes petites et moyennes, comme Cannes (Alpes-Maritimes). Pour sa part, Jean-Marc Bailleul affirme que recruter davantage d’effectifs ne servira à rien « si on ne réforme pas en profondeur l’organisation des forces de sécurité » afin « d’éviter des concurrences détestables, inutiles et coûteuses » entre les différents services.

« Le plus important, c’est leur niveau de qualification »

« Ce n’est pas pertinent de regarder la question de la sécurité uniquement à travers le prisme des effectifs », estime Sebastian Roché, auteur du livre De la police en démocratie. « Le plus important, ce n’est pas le nombre d’agents, mais leur niveau de qualification, de compétence et les moyens dont ils disposent », note-t-il. « Il n’y a pas de corrélation établie entre densité policière et délinquance. Recruter davantage de policiers et de gendarmes ne va pas forcément améliorer les choses », souligne de son côté Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip. D’ailleurs, remarque-t-il, « la France est dans la moyenne des pays européens ». En recruter plus pourrait, par contre, « améliorer le quotidien des policiers, ce qui n’est pas inutile ».

Selon Mathieu Zagrodzki, il serait préférable de recruter des civils plutôt que des policiers pour s’occuper des tâches administratives, comme répondre au téléphone, établir les plannings ou accueillir le public, surtout dans un contexte budgétaire restreint. « Former un policier prend plusieurs mois, alors qu’un agent administratif peut être formé en quelques semaines. Cela qui permettrait de redéployer des effectifs sur le terrain. »

Supprimer « les tâches indues »

Jean-Claude Delage estime également qu’« au-delà de la question des effectifs, il est nécessaire de recentrer les policiers sur leurs missions prioritaires » et donc « supprimer les tâches indues » comme les gardes statiques. « Il faut aussi mieux organiser la coproduction de sécurité entre la police nationale, municipale, les entreprises de sécurité privée. La police nationale ne peut pas tout faire ». Comme quoi, d’autres solutions existent.

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