VIDEO. Crise en Guyane: Qui sont les 500 frères, ces hommes vêtus de noir au cœur des manifestations?

SOCIAL Vêtus de noir des pieds à la tête, ces hommes sont devenus l’un des symboles de la contestation en Guyane…

Lucie Bras

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Les 500 frères sont toujours vêtus de noir et portent un masque cachant leur visage.

Les 500 frères sont toujours vêtus de noir et portent un masque cachant leur visage. — Jody Amiet / AFP

Sur les réseaux sociaux, des hommes en noir s’affichent sur de nombreuses vidéos. « Le collectif des 500 frères contre la délinquance » sait se faire remarquer pour interpeller sur la violence en Guyane.

Pantalon noir et t-shirt noir, masque noir sur le visage, le collectif des 500 frères est l’un des piliers des manifestations qui paralysent la Guyane depuis quelques jours. « Ils sont partout sur les piquets de grève », confirme Gabriel Serville, député de Guyane. Ils font partie des 37 collectifs qui ont voté la grève générale ce lundi dans tout le département.

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Parmi leurs revendications : plus de moyens pour la police et la justice, l’établissement de l’état d’urgence en Guyane ou l’éradication des squats.

Des méthodes qui marquent les esprits

Le groupe s’est formé mi-février à la suite du meurtre d’un homme dans un quartier populaire de Cayenne. Composé en réalité d’une centaine de membres, le collectif des 500 frères manifeste en répétant en boucle leur slogan « Nou bon ké sa » (« On en a marre de ça »). « Ça », c’est la violence et la délinquance en Guyane. Dans le département, le nombre d’homicides est même en augmentation : 42 personnes ont été tuées en 2016, pour 250.000 habitants. Alors, ils essaient d’agir à leur échelle.

C’est le 17 mars dernier que leur nom a dépassé les frontières guyanaises, lors d’une visite de Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie. Cinquante « frères » se sont introduits dans le bâtiment qui abritait la Conférence internationale sur la convention de Carthagène, et ont demandé à la ministre d’agir pour « arrêter la violence ». Choqués par cette apparition, plusieurs pays assistant à l’événement ont quitté la table des négociations. Depuis, ils ont également réussi à bloquer l’accès au Centre spatial de Kourou, d’où décollent les fusées Ariane. Des méthodes musclées, qui ne plaisent pas à tout le monde.

« Nous ne sommes pas une milice. Si on n’était pas choquants, personne n’entendrait parler de nous. La peur fait avancer l’homme, » justifie Mickaël Mancée, porte-parole du mouvement à Vice News.

« Quelques-uns font partie de mes anciens élèves. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas de gens violents parmi eux. Ils sont là pour faire remonter un vrai sentiment de ras-le-bol », précise Gabriel Serville, ancien professeur de mathématiques. « C’est un groupe très important, il fait autorité sur le territoire ». De plus en plus visibles, les 500 frères recueillent de nombreux messages de soutien sur les réseaux sociaux, de Guyanais enthousiastes face à ce collectif qui demande plus de sécurité.

Les 500 frères ont ouvert le dialogue avec d’autres collectifs qu’ils rencontrent fréquemment pour faire remonter leurs revendications. Mais s’ils revendiquent aujourd’hui être « non violents », leur porte-parole n’exclue pas de passer à l’action. « On fait tout pour empêcher une guerre civile. On est tous pères de famille, on n’en a pas envie… Mais si les voyous veulent la guerre, on la fera. »

La Guyane, « une économie sous perfusion »

Le département risque d’être paralysé à compter de lundi matin. Trente-sept collectifs se sont rassemblés pour voter la grève générale. Dans ce grand territoire à 7.000 kilomètres de Paris, la situation économique instable empêche la Guyane de décoller.

De ce territoire lointain, on connaît la base de lancement de fusées de Kourou et l’exploitation de mines d’or. Mais la Guyane récupère peu de revenus de ces richesses. Touché par une forte crise migratoire et par une paupérisation de la population, le modèle économique de la Guyane est en train de s’effondrer.

Des contraintes naturelles

« C’est une économie de perfusion basée sur la commande publique, des constructions de bâtiments, et les revenus sociaux. Le département n’est pas autonome. » L’Etat est l’un des plus gros employeurs de la région. « C’est un pays qui vit énormément de l’assistanat et des revenus sociaux », confirme Gabriel Serville, député de Guyane.

« La Guyane a beaucoup de handicaps naturels. Imaginez un territoire grand comme la Belgique, peuplé comme la ville de Clermont-Ferrand », explique Pascal Perri, économiste. « Les lois devraient s’inspirer des critères climatiques, des contraintes naturelles. Il faut permettre à la Guyane de disposer d’un cadre législatif adapté », assure Gabriel Serville.

A deux mois des élections présidentielle et législatives, la Guyane espère convaincre les hauts fonctionnaires de transmettre leurs revendications au prochain gouvernement élu.