Une opération de déminage est en cours à l'aéroport d'Orly.
Une opération de déminage est en cours à l'aéroport d'Orly. - CHRISTOPHE SIMON / AFP

Qui est vraiment Ziyed Ben Belgacem ? Trois jours après l’attaque d’un militaire à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne) et d’un policier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), les enquêteurs de la section antiterroriste de la brigade criminelle, épaulés par leurs collègues de la Sdat et de la DGSI, tentent toujours de cerner le profil de l’assaillant ainsi que ses motivations. Le père de cet homme déjà lourdement condamné, entendu dimanche par les policiers, a assuré qu’il n’était pas un terroriste et a expliqué son geste par la consommation de drogue. « Plusieurs éléments semblent indiquer qu’il a agi dans un contexte terroriste », note pourtant Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, interrogé par 20 Minutes.

A-t-il répondu aux appels de Daesh ?

Ziyed Ben Belgacem pourrait avoir répondu aux appels lancés par Daesh, indique de son côté Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie. Le policier souligne que dans ses publications, l’organisation terroriste demande régulièrement à ses sympathisants de commettre des attentats en Europe, « même avec peu de moyens ». « La cible, un policier et un militaire, le lieu, un aéroport... tout coïncide. » Selon cette thérorie, parfois contestée, ces « loups solitaires » passeraient à l’action sans être soutenus directement par Daesh, expliquait en juillet 2016 Europol dans un rapport.

Pour toute arme, Ziyed Ben Belgacem ne possédait d’ailleurs qu’un pistolet à grenaille, c’est-à-dire propulsant de petits granules de plomb. Une arme assez inoffensive, comparée aux Kalachnikovs utilisées par les commandos du 13 novembre 2015, comme le remarque Mediapart. « Cela montre bien qu’il n’était pas capable d’échafauder quoi que ce soit », poursuit le syndicaliste policier. 

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Le député socialiste Sébastien Pietrasanta se montre pour sa part « prudent » sur les motivations de Ziyed Ben Belgacem. « L’enquête est en cours. Mais, selon moi, ce n’est pas une action qui semble préparée », nous affirme l’élu des Hauts-de-Seine, auteur de plusieurs rapports parlementaires sur le terrorisme. Quelque chose, selon lui, pourrait avoir « mal tourné ». Il remarque notamment que cet homme de 39 ans, placé sous contrôle judiciaire,  avait contacté son père, samedi matin, peu de temps après avoir fait feu sur un policier à Garges-lès-Gonesse, lui confiant avoir « fait une bêtise ». « Mon fils n’a jamais été un terroriste. Jamais il a fait la prière et il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive », a expliqué ce dernier sur Europe 1.

Son autopsie a révélé dimanche qu’il avait consommé de l’alcool, du cannabis et de la cocaïne avant de passer à l’acte. Ce qui est le cas de nombreux djihadistes, selon le commandant Patrice Ribeiro. « L’un des deux auteurs de l’ attentat de Boston en 2013 consommait de la marijuana du matin au soir », explique ce policier à 20 Minutes. « Le fait qu’il boive de l’alcool et qu’il prenne de la drogue n’a rien à voir avec son engagement idéologique », complète Jean-Charles Brisard. « Ce qui compte, c’est son intention. » Ziyed Ben Belgacem a été abattu samedi matin après être parvenu à s’emparer du Famas d’une militaire de la force Sentinelle qu’il avait prise pour cible dans le hall A de l’aéroport parisien. « Posez vos armes, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts », avait-il lancé aux deux autres militaires composant la patrouille.

« Porosité entre terrorisme et délinquance »

L’assaillant d’Orly était surtout connu pour être un délinquant chevronné, au lourd passé judiciaire. « Des profils comme lui, il y en a beaucoup et on en verra de plus en plus », assure Jean-Charles Brisard. « Il existe une porosité entre terrorisme et délinquance, notamment en ce qui concerne les trafiquants de stupéfiants », confirme Sébastien Pietrasanta. « La plupart des djihadistes sont d’anciens délinquants, passés en prison », confie Patrice Ribeiro. C’est d’ailleurs lors d’un séjour en maison d’arrêt en 2011 et en 2012 que Ziyed Ben Belgacem avait laissé transparaître « des signaux de radicalisation », selon le procureur de la République de Paris, François Molins. « On entre en prison pour des affaires de droit commun, et on en sort radicalisé. Cela pose des questions », estime Sébastien Pietrasanta.

Ziyed Ben Belgacem « a été suivi par le bureau du renseignement parce qu’il fréquentait quelques personnes radicalisées, notamment un homme fiché S, d’origine tunisienne comme lui », a expliqué dimanche à 20 Minutes un gardien de la maison d’arrêt d’Osny. Pourquoi ne faisait-il pas l’objet de la même attention de la part des services spécialisés ? « Le fait que de nombreuses personnes ne condamnent pas les attentats ou aient de la sympathie pour leurs auteurs ne suffit pas pour qu’ils fassent l’objet d’une fiche S », avance Patrice Ribeiro. « Il n’y a pas de problème de détection en France », note Jean-Charles Brisard. « Il y a par contre des problèmes de moyens pour suivre les personnes suspectées de radicalisation et évaluer leur personnalité. »

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