VIDEO. Attaques à Orly et Stains: «Je suis là pour mourir par Allah»

TERRORISME Le procureur de la République de Paris a retracé au cours d’une conférence de presse le parcours de l’agresseur des militaires ce samedi matin à l’aéroport d’Orly….

Thibaut Chevillard

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Des officiers du Raid sécurisent l'enceinte de l'aéroport d'Orly, samedi 18 mars 2017.

Des officiers du Raid sécurisent l'enceinte de l'aéroport d'Orly, samedi 18 mars 2017. — BENJAMIN CREMEL / AFP

La scène « dure un peu plus de deux minutes ». A 8h22, ce samedi matin, Zyed Ben Begacem pénètre dans le hall A du terminal sud de l’aéroport d’Orly, raconte François Molins, le procureur de la République de Paris, lors de sa conférence de presse. L’homme de 39 ans jette au sol un sac contenant « un bidon d’hydrocarbure ». Puis, il s’avance vers une militaire de l’opération de Sentinelle et s’attaque à elle. « Arme de poing à la main droite et sacoche en bandoulière, il a frappé cette dernière avec son bras gauche », explique le magistrat. Il pointe ensuite « son revolver sur la tempe » de la militaire.

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Se protégeant derrière elle, il menace les deux autres militaires composant la patrouille. « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon il va y avoir des morts. » Il semble « décidé à aller jusqu’au bout ». Alors que la jeune femme tente de se dégager, il arrive à s’emparer de son Famas « et à le mettre en bandoulière ». La militaire « résiste », lutte avant de tomber « à genoux ». Son agresseur se « redresse ». C’est le moment que choisissent ses collègues pour ouvrir le feu à trois reprises sur l’assaillant. Zyed Ben Begacem est mort. Il est 8h25.

Repéré comme radicalisé en prison

A-t-il voulu commettre un attentat dans l’aéroport ? Plusieurs éléments justifient en tout cas « la saisine du parquet antiterroriste de Paris », explique François Molins. Il y a d’abord « le choix de la cible ». « Il n’est pas indifférent de choisir de s’attaquer à des militaires », souligne le procureur de la République de Paris, ajoutant que ce type d’opération « correspond à des mots d’ordre largement diffusés » par les groupes djihadistes. Il y a aussi les propos tenus devant les militaires par Zyed Ben Belgacem, un individu « repéré comme radicalisé à l’occasion d’un passage en détention au cours des années 2011 et 2012 ». Il avait également fait l’objet d’une perquisition administrative après les attentats du 13 novembre 2015.

Sur lui, les policiers découvrent « la somme de 750 euros ainsi qu’un Coran et un paquet de cigarettes ». Dans l’après-midi, lors de la perquisition de son domicile à Garges-lès-Gonnesse, dans le Val-d’Oise, les enquêteurs découvrent « quelques grammes de cocaïne, une machette et des devises étrangères ». Trois hommes, dont son père et son frère, sont placés en garde à vue. Selon eux, Zyed Ben Begacem les aurait appelés un peu après 7h du matin en leur confiant avoir « fait une bêtise ».

Un policier blessé à la tête

Retour en arrière. Un peu plus tôt dans la matinée, alors qu’il roule à « vive allure », « tout feu éteint », il est contrôlé par des policiers du commissariat de Stains, près de son domicile de Garges-lès-Gonesse. Après avoir présenté ses papiers aux policiers « il s’est emparé d’un pistolet » et « a tiré au niveau de la tête du fonctionnaire de police, qui a été blessé par des éclats de grenaille », indique le magistrat. Zyed Ben Begaem prend la fuite, et retourne dans un bar de Vitry-sur-Seine, où il avait passé une partie de la nuit, comme l’avait révélé dans l’après-midi 20 Minutes.

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A l’intérieur de l’établissement, il met « en joue » les clients et tire avec son pistolet à plusieurs reprises « sans faire de blessé ». Il prend de nouveau la fuite, oubliant dans la précipitation son téléphone dans le bar. Il parcourt quelques kilomètres avant d’abandonner sa voiture, recherchée par les forces de l’ordre. Là, il s’empare « sous la menace de son arme », d’une Citroën C4 avec laquelle il se rend à l’aéroport d’Orly où il va s’attaquer aux militaires. On connaît la suite.

Sous contrôle judiciaire

« En 1h30, il y a une sorte de fuite en avant avec une accélération dans un processus de plus en plus destructeur », remarque François Molins qui s’interroge encore sur les « motivations » de Zyed Ben Belgacem. L’homme est connu de la police et de la justice, notamment pour des affaires de droit commun. Son casier judiciaire fait état de neuf condamnations, « notamment pour des faits de violence, d’outrage et de recel ». Il avait aussi été condamné à deux reprises « pour des faits de trafic de stupéfiants » en 2009.

Il était actuellement sous contrôle judiciaire après avoir été mis en examen, en mars 2016, « pour divers vols par effractions ». Placé dans un premier temps « sous mandat de dépôt », « il avait bénéficié d’une libération sous contrôle judiciaire le 28 septembre 2016 ». Il avait notamment l’interdiction de quitter le territoire. Les investigations, confiées à la section antiterroriste de la brigade criminelle de la PJ parisienne, « ne font que commencer ». Les enquêteurs devront notamment « préciser le parcours de l’auteur des faits, ses motivations », ainsi que « les conditions dans lesquels il a pu passer à l’acte au cours de la nuit ».