Paris, le 13 mars 2017. Le terroriste Carlos se défend lors de son procès pour l'attentat du drugstore Publicis, commis en 1974.
Paris, le 13 mars 2017. Le terroriste Carlos se défend lors de son procès pour l'attentat du drugstore Publicis, commis en 1974. - Benoit PEYRUCQ / AFP

A la cour d’assises spéciale de Paris,

Le temps qui passe est une donnée toute relative lorsque l’on est déjà condamné deux fois à la prison à perpétuité. C’est donc par une boutade que le terroriste Carlos a indiqué son âge, ce lundi matin, à la cour d’assises spéciale chargée de le juger pour l’attentat du drugstore Publicis, commis en 1974 à Paris. « J’ai 17 ans, plus ou moins 50 ans », a-t-il lâché dans un sourire.

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L’âge de raconter ses souvenirs d’ancien combattant. Ou plutôt de « révolutionnaire professionnel », comme se définit Illich Ramirez Sanchez de son vrai nom. Porte-étendard du mouvement propalestinien des années 1970, le Vénézuélien n’a pas vraiment eu besoin de ses cinq avocats pour dénoncer le « procès politique » dont il dit faire l’objet.

Les « charognards », les « cadavres en morceaux » et la justice

Pochette rouge sang sur une veste noire et souliers vernis, le terroriste a commencé par expliquer, de sa voix mâtinée d’accent espagnol, qu’il « respectait » les victimes mais pas les « charognards » et les « organisations sionistes qui se font du fric sur leur dos ». La grenade qu’il est accusé d’avoir lancée, il y a 43 ans, dans la galerie marchande parisienne a fait deux morts et 34 blessés dont quatre enfants.

Lui a toujours nié les faits. Pour cela, il donne un cours de sciences politiques, explique que la démocratie française est particulière, « 40 % des votants n’étant pas représentés à l’Assemblée nationale ». Il parle ensuite de « cadavres en morceaux ». Du juge Jean-Louis Bruguière et d’une « lettre antidatée ». Pour conclure par le fait que la justice est, selon lui, « manipulée ».

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« Il est de votre intérêt de raccourcir vos interventions… »

Sans doute briefé sur ce client spécial, le président de la cour d’assises, François Sottet, le laisse parler avant de s’autoriser un conseil amusé. « Vous aurez la parole très souvent. Mais vous savez que nos capacités d’attention sont limitées. Il est de votre intérêt de raccourcir vos interventions. C’est mieux pour tout le monde… »

Les mains à travers la vitre du box des accusés, Carlos acquiesce. « Vous avez raison ! », répond-il avant, pourtant, de reprendre de plus belle son exposé foutraque sur ce dossier sans « témoin », sans « preuves matérielles » dans lequel il ne peut donc pas être « condamné ».

Après un délibéré de quelques instants, la cour estime qu’elle est compétente pour juger le terroriste 43 ans après les faits. Le procès ne fait que commencer. Il doit durer jusqu’au 31 mars. Carlos encourt, une nouvelle fois, une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

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