Attentat du Drugstore Saint-Germain: Le terroriste Carlos jugé aux assises 42 ans après

JUSTICE Le Vénézuélien, jugé à partir de ce lundi à Paris, est accusé d’avoir jeté une grenade ayant tué deux personnes dans le drugstore Saint-Germain de Paris en septembre 1974…

Vincent Vantighem

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Paris, le 15 septembre 1974. L'explosion d'une grenade au drugstore Saint-Germain a fait deux morts et 34 blessés.

Paris, le 15 septembre 1974. L'explosion d'une grenade au drugstore Saint-Germain a fait deux morts et 34 blessés. — OUSSOV/SIPA

« Je suis le seul survivant […] parce que, moi, je tirais avant ! » C’est aussi pour cette raison qu’Illich Ramirez Sanchez -plus connu sous le nom de Carlos- sera jugé, à partir de ce lundi, par la cour d’assises spéciale de Paris. Alors que la France est encore sous le régime de l’état d’urgence post 13-Novembre, c’est au terrorisme d’extrême gauche des années 1970 que les magistrats vont s’intéresser en examinant le dossier de l’attentat du drugstore Saint-Germain.

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Figure de proue du mouvement révolutionnaire pro-palestinien à l’époque, le Vénézuélien âgé de 67 ans comparaît pour avoir jeté, le 15 septembre 1974, une grenade ayant tué deux personnes et blessé 34 autres dans cette galerie marchande parisienne.

Carlos fera-t-il « son sketch ? »

Bien sûr, le cratère de 15 centimètres laissé dans le marbre par l’explosion a depuis longtemps été comblé par une boutique de vêtements de luxe. « Mais, 43 ans après, c’est important de montrer qu’il ne peut y avoir d’impunité pour ce genre de faits », confie Guillaume Denoix de Saint-Marc, président de l’Association française des victimes de terrorisme (AFVT).

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Soucieuses de ne pas réveiller une douleur enfouie, certaines victimes ne se déplaceront pas au palais de justice. « Mais elles se sont constituées parties civiles et tiennent à obtenir des réponses, poursuit le responsable associatif. Reste à savoir si Carlos collaborera ou s’il fera son sketch… »

Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, lors de son procès à Paris le 9 décembre 2013
Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, lors de son procès à Paris le 9 décembre 2013 - Bertrand Guay AFP

Une grenade, des témoins et une drôle d’interview

« Johnny », « Le Chacal » ou encore « Le Spécialiste »… Quel que soit le surnom qu’il portait, Carlos a toujours nié les faits qui lui sont reprochés. Les grenades retrouvées chez sa maîtresse et qui provenaient du même lot que celle utilisée au drugstore ? « Une manipulation ! ». Les témoins qui l’ont reconnu sur photo ? « Bidons ! ».

Mais dans son dossier de 17 tomes, la cour d’assises dispose aussi d’un article de presse très complet, paru en 1979 dans le journal libanais Al Watan Al Arabi et repris à l’époque par Le Figaro. Son auteur assure que Carlos a revendiqué l’attentat lors d’un entretien qu’il lui a accordé à Bagdad.

Extrait du Figaro du 15 décembre 1979.
Extrait du Figaro du 15 décembre 1979. - Le Figaro

Un « héros » sans remords

Reste à savoir si cela sera suffisant pour déstabiliser le terroriste qui dort dans une prison française depuis 1994. Déjà condamné à deux reprises à la perpétuité pour trois meurtres et quatre attentats, Carlos n’a rien à perdre dans ce procès où l’intérêt est plus mémoriel que judiciaire. « Ce sera la dernière fois qu’il s’exprime en public. Peut-être voudra-t-il faire passer un dernier message », espère une source judiciaire.

Lors de son dernier interrogatoire en 2013, il n’avait, en tout cas, exprimé aucun remords, se présentant comme « un héros de la résistance palestinienne ». Un « héros » qui aura le droit à la parole jusqu’au 31 mars, date où le verdict doit être rendu.

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