Rentrée 2017: Ce que Najat Vallaud-Belkacem prévoit et ce qu'un autre ministre pourrait changer

EDUCATION Certaines des orientations prises par Najat Vallaud-Belkacem pour la rentrée seront-elles remises en cause par son successeur rue de Grenelle ?

Delphine Bancaud

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Najat Vallaud-Belkacem, le 22 février 2016 dans une école au Havre

Najat Vallaud-Belkacem, le 22 février 2016 dans une école au Havre — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

« La rentrée, c’est maintenant », s’est exclamée ce jeudi la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem en présentant la circulaire préparant la rentrée. Car les services du ministère de l’Education planchent depuis novembre dernier sur le sujet. Consciente de la probabilité que le candidat PS ne soit pas élu à la présidence de la république, la ministre a reconnu que cette circulaire « pourrait être amendée par le futur ministre de l’Education ». 20 Minutes fait le point sur les dispositifs prévus par la ministre pour septembre et qui pourraient changer avec un nouveau gouvernement.

Les postes d’enseignants

Ce que Najat Vallaud-Belkacem a planifié : La rentrée 2017 verra la création de 11 662 postes, qui permettront d’atteindre l’objectif des 54 000 nouveaux postes dans l’Education nationale de 2012 à 2017. Dans le détail, 4 311 postes d’enseignants vont être créés à la rentrée dans les écoles (dont 1 500 postes de remplaçants) et 4 400 postes dans les collèges et lycées. S’ajouteront à cela 1 351 postes d’accompagnants pour les élèves handicapés, 1 000 postes d’enseignants dans le privé et 600 postes de personnels administratifs, d’assistants éducatifs et de professionnels de la santé.

Ce qu’un nouveau ministre de l’Education pourrait décider : Les créations de postes pour la rentrée 2017 ayant été budgétés, « le nouveau ministre de l’Education ne pourra pas revenir dessus. Il ne pourra pas non plus changer leur répartition, en décidant par exemple, d’en distribuer plus au premier degré qu’au second, ou  à telle ou telle académie », précise à 20 Minutes Christian Chevalier, secrétaire national du SE-Unsa. En effet, les rectorats planchent actuellement sur la préparation de la rentrée, avec des créations et des suppressions de classe par exemple. Ils ne peuvent pas changer leur fusil d’épaule au dernier moment. « La seule chose que pourra faire le nouveau ministre, c’est de créer des postes supplémentaires en décidant un budget rectificatif. C’est ce que Vincent Peillon avait fait à son arrivée rue de Grenelle en 2012. Mais, au vu des créations de postes sous le quinquennat Hollande, cette hypothèse est improbable », explique Claude Lelièvre, historien de l’éducation.

La réforme des rythmes scolaires

Ce que Najat Vallaud-Belkacem a planifié : La ministre a souligné à plusieurs reprises que cette réforme était, selon elle, une réussite. Dans la circulaire, il est donc prévu de garder le cap, en améliorant juste la qualité des activités périscolaires. « L’accompagnement des communes est renforcé, notamment pour l’évaluation de leurs projets éducatifs de territoires », indique le document. Est prévu aussi « le développement de formations communes aux acteurs de terrain (enseignants, animateurs) » pour favoriser la complémentarité des activités scolaires et périscolaires.

Ce qu’un nouveau ministre de l’Education pourrait décider : Plusieurs candidats à la présidentielle ont annoncé leur décision d’abroger les nouveaux rythmes ou de laisser la liberté aux communes de le faire ou de les maintenir. Mais pourrait-il le faire dès cette rentrée ? « C’est théoriquement possible de prendre un décret dès juin pour décider, par exemple, de supprimer les activités périscolaires. Mais politiquement ce serait risqué, car il faudrait dire aux parents de s’organiser pour venir chercher leurs enfants plus tôt à l’école et supprimer des postes d’animateurs », souligne Christian Chevalier. Un avis partagé par Claude Lelièvre : « entre les postures de campagne et les actes, il y a une marge. En revanche, le futur ministre de l’Education peut annoncer très vite après son arrivée rue de Grenelle sa volonté de toucher aux rythmes scolaires et préparer sa réforme pour la rentrée 2018 », indique-t-il.

La réforme du collège

Ce que Najat Vallaud-Belkacem a planifié : « La réforme s’est installée, nous avons des remontées positives », a affirmé ce jeudi Najat Vallaud-Belkacem. Pas question donc de changer de cap, mais de laisser la réforme s’installer progressivement, les  EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) se perfectionner, l’accompagnement personnalisé améliorer encore son fonctionnement.

Ce qu’un nouveau ministre de l’Education pourrait décider : Mais, là encore, plusieurs candidats à la présidentielle ont annoncé leur intention de revenir sur tout ou partie de la réforme. Est-ce faisable dès 2017 ? : « Non, car si l'on supprime les EPI, par exemple, ou si l’on remet en place massivement des classes bilangues, cela aura une incidence sur les emplois du temps des enseignants. Ce n’est pas jouable. En revanche, si le futur ministre de l’Education décide de revenir sur tout ou partie de la réforme, cela peut avoir un effet psychologique fort sur les enseignants et casser la dynamique », estime Christian Chevalier. Même son de cloche chez Claude Lelièvre : « Les enseignants qui n’étaient pas favorables aux EPI peuvent profiter de la remise en cause de la réforme du collège pour mettre la pédale douce sur les EPI car ils n’en craindront pas les conséquences », indique l’historien.