Illustration: Une mère donne une fessée à son enfant, le 1er mars 2015 à Paris.
Illustration: Une mère donne une fessée à son enfant, le 1er mars 2015 à Paris. - LOIC VENANCE / AFP

Depuis le 1er janvier, au moins sept enfants sont morts à la suite des violences infligées par leurs parents. Pour lutter contre ce fléau, la ministre des Familles, Laurence Rossignol, a dévoilé ce mercredi une série de mesures pour lutter contre la maltraitance des enfants. L’un des axes de ce plan est la promotion d’une éducation « bienveillante » sans violence, ce qui semble le plus difficile, tant la punition corporelle est encore un réflexe très enraciné chez de nombreux parents. 20 Minutes a demandé à plusieurs experts du sujet comment l’on peut avancer sur le sujet.

Inscrire dans la loi l’interdiction des violences envers les enfants

« C’est la meilleure façon de changer les mentalités, car cela pose un interdit auprès des parents. En Suède, c’est le cas depuis 1979 et cela a eu un vrai impact : les citoyens n’hésitent pas à intervenir lorsqu’ils assistent à des violences parentales », estime le docteur Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

Or, la loi Egalité et citoyenneté, votée en 2016 contenait justement une disposition excluant « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles » envers les enfants. Mais cette disposition a été censurée par le Conseil constitutionnel pour des raisons de forme. Mais le combat n’est pas fini pour autant : « des députés et sénateurs de droite comme de gauche se sont engagés pour relancer le combat législatif », indique Muriel Salmona. Et Laurence Rossignol a promis de déposer une proposition de loi sur l’interdiction du droit de corriger un enfant lorsqu’elle sera devenue sénatrice. « On fait partie des derniers pays européens à ne pas s’être positionné contre les violences corporelles, il faut avancer », souligne aussi Laura Morin, porte-parole de l’association L’enfant bleu.

Communiquer auprès des nouveaux parents

Chaque année 500.000 personnes deviennent parents pour la première fois. Et le plan du gouvernement prévoit justement de renforcer la prévention des violences envers les enfants, en s’adressant à cette nouvelle génération de parents. Le livret « première naissance » envoyé par les Caisses d’allocations familiales aux futurs nouveaux parents depuis avril sera ainsi actualisé. Il contiendra désormais des chapitres sur le syndrome du bébé secoué, les conséquences sur les enfants des punitions corporelles, les lieux ressources à consulter en cas de difficultés éducatives… Le livret spécifique pour les parents d’adolescents qui sera bientôt créé ira dans le même sens.

« C’est notamment important de rappeler aux parents que les punitions corporelles n’ont aucune vertu éducative et peuvent avoir des répercussions lourdes sur la santé de l’enfant, quand elles ne finissent pas en drame. Elles peuvent entraîner des troubles du comportement et des troubles cognitifs. Car la plupart des parents n’en n’ont pas conscience et minimisent la portée de leurs actes », souligne le docteur Gilles Lazimi, coordinateur de plusieurs campagnes contre les violences éducatives.

« Et outre ces conséquences, lorsqu’un enfant subit de manière répétitive des punitions corporelles, il imprime dans son esprit le réflexe de frapper et devient aussi souvent violent lui-même », ajoute Olivier Maurel, fondateur de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire.

Multiplier les campagnes de communication contre les violences

Pour aider les parents violents avec leurs enfants à prendre conscience que même une claque sur un enfant peut avoir de graves conséquences, il faut leur faire passer des messages. Une campagne nationale, comportant affiches et vidéos, a été lancée ce mercredi pour faire connaître le 119, numéro vert de l’enfance en danger. « Mais il faut en faire des plus précises, comme par exemple, une campagne sur les bébés secoués », recommande Muriel Salmona.

Inciter l’entourage familial à dénoncer les maltraitances

« C’est indispensable de parler car dans la plupart des cas d’enfants décédés dernièrement, l’enfant serait encore en vie si l’entourage avait témoigné », souligne Laura Morin, porte-parole de l’association L’enfant bleu. « Pour ce faire, il faut contacter le 119 ou une association d’aide aux victimes telles que la nôtre. Il faut aussi rassurer l’entourage sur le fait qu’ils peuvent dénoncer des faits de violences anonymement et leur dire que leur alerte ne va pas forcément conduire à ce qu’un enfant soit enlevé de sa famille. Mais au moins qu’une enquête sociale soit diligentée et que l’enfant soit mis en sécurité », poursuit-elle. « Par ailleurs, plus ces violences seront dénoncées, plus les autres parents comprendront que les maltraitances qu’ils infligent à leurs enfants ne sont pas tolérables », souligne-t-elle.

Développer des lieux ressources d’aide à la parentalité

« Il faut apprendre les parents à être des parents », insiste le docteur Gilles Lazimi. Même son de cloche chez Muriel Salmona, qui prône le développement de lieux ressources « où les parents puissent être aidés en cas de problème éducatif. Il faudrait ainsi développer des espaces parentaux dans les PMI où les parents puissent demander conseils et participer à des groupes de paroles. Cela leur permettrait de comprendre notamment qu’ils reproduisent sur leurs enfants les violences qu’ils ont eux-mêmes subies petits », indique-t-elle.

« Il faut aussi faire monter en puissance les écoles des parents, qui leur permettent de discuter des moments où ils sentent qu’ils perdent pied avec leurs enfants », renchérit Gilles Lazimi. « En Suède, il existe des maisons de quartier où les parents peuvent demander conseil lorsqu’ils sont au bout du rouleau. C’est très efficace », constate Olivier Maurel.

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Inciter les professionnels de santé à accompagner les parents

Pour l’heure, les médecins ne sont à l’origine que de 5 % des signalements d’enfants battus. « Il faut les former à interroger les parents sur leurs réflexes, quand leur enfant pleure longuement ou fait une colère par exemple. Et également à repérer les signes de traumatismes chez l’enfant », recommande Muriel Salmona.

Mettre en lumière les livres et les vidéos prônant la parentalité bienveillante

Plusieurs ouvrages parus récemment donnent des clés aux parents pour mettre en œuvre la parentalité bienveillante. C’est le cas de Cool parents make happy kids de Charlotte Ducharme ou Pour une parentalité bienveillante d’Arnaud Riou.

« Les vidéos de la pédiatre Catherine Guegen et son livre Pour une enfance heureuse qui a fait un carton en librairie sont de bons moyens pour les parents de se sensibiliser à une autre façon d’éduquer », estime Olivier Maurel. « Le site de l’association Ensemble pour l’éducation peut aussi aider de nombreux parents au quotidien », conseille Gille Lazimi.

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