Les 7 raisons qui expliquent l'afflux d'élèves dans l'enseignement privé

EDUCATION A la rentrée 2016, les écoles et les collèges privés ont enregistré une hausse de leurs effectifs…

Delphine Bancaud

— 

Des enfants entrent à l'école Notre-Dame de la Sagesse à Nantes.

Des enfants entrent à l'école Notre-Dame de la Sagesse à Nantes. — FRANK PERRY / AFP

Année après année, le succès de l’enseignement privé s’affirme. Selon une note du ministère de l’Education, relayée par l’AFP ce jeudi, la proportion d’élèves de maternelle et de primaire scolarisés dans l’enseignement privé (sous et hors contrat) a encore augmenté cette année et est passée à 13,7 % (contre 13,5 % des inscriptions en 2015-2016). Idem pour les collèges privés qui ont inscrit 6.400 élèves supplémentaires (+0,9 %) à cette rentrée et accueillent désormais 21,5 % des collégiens (contre 21,3 % en 2015-2016). 20 Minutes analyse les raisons du succès de l’enseignement privé auprès des familles.

Les parents veulent davantage d’encadrement pour leurs enfants

L’enseignement privé se targue souvent de posséder des établissements davantage à taille humaine que le public et d’avoir des équipes pédagogiques un peu plus stables. Mais ce n’est pas tout. « Les familles sont attirées par le fait que l’enseignement privé s’efforce de construire un parcours scolaire individualisé pour chaque élève. On ne se contente pas de lui transmettre un savoir académique, mais aussi un savoir être. Et les parents s’informent de plus en plus sur le projet éducatif des établissements », estime Caroline Saliou, présidente de l’Association des parents de l’enseignement libre (Apel).

De nombreux parents estiment aussi que leurs enfants seront moins confrontés à des absences d’enseignants dans le privé que dans le public : « Et ils n’ont pas tort, car dans le public on tente de remplacer un professeur de français par un professeur de français alors que dans le privé, notre objectif est d’assurer la permanence des enseignements. Les chefs d’établissement n’hésitent pasà remplacer le cours de français par un cours de maths, si l’enseignant est prêt à faire quelques heures supplémentaires », précise Yann Diraison, secrétaire général adjoint de l’enseignement catholique.

On n’hésite plus à faire des allers et retours entre le public et le privé

Interrogé par 20 Minutes sur le flux d’élèves allant vers le privé, l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem souligne aussi le « phénomène de zapping, d’allers et retours entre le public et le privé », qui s’accentue. « Seules 5 % des familles n’optent que pour le privé pour tous leurs enfants. La plupart du temps, les parents font des choix en fonction d’une série de facteurs : le profil de leur enfant, la proximité avec le domicile ou le lieu de travail, la réputation des établissements… », explique-t-on rue de Grenelle. Une réalité confirmée par Yann Diraison : « une famille sur deux nous confie son enfant à un moment de son parcours ».

Des places se sont libérées dans certains établissements privés

« Depuis 2005, nous avons effectué un gros travail de restructuration. Certains établissements de l’enseignement catholique qui accueillaient peu d’élèves ont été fermés, ce qui a permis de réaffecter davantage de moyens dans les établissements qui étaient confrontés à une forte demande de la part des familles », explique Yann Diraison. Du coup, l’enseignement catholique a pu inscrire davantage d’élèves dans les zones qui étaient fortement tendues initialement.

La réforme des rythmes scolaires dans le public a fait fuir des familles 

Mise en place dans la douleur à la rentrée 2013 et généralisée sur tout le territoire un an plus tard, cette réforme a été fortement décriée à la fois par les parents d’élèves, les enseignants et les maires à son démarrage. Elle a particulièrement été critiquée pour son application dans les maternelles, car elle a été accusée de troubler le rythme des enfants et de manquer d’intérêt pour les plus petits. L’enseignement privé a récupéré des enfants « dont les parents estimaient que cette réforme avait été mise en place de manière trop chaotique dans le public », observe Yann Diraison. N’étant pas obligatoire dans le privé, « peu d’écoles de l’enseignement catholique l’ont appliquée (entre 10 et 15 % selon les estimations) et certaines sont d’ailleurs en train de faire marche arrière », poursuit-il.

La peur de la réforme du collège

Lors de sa conférence de presse de rentrée, le Snes a indiqué qu’il suspectait la réforme du collège d’avoir poussé davantage de parents cette année à tenter une incursion dans le privé pour leurs enfants. Un phénomène dont atteste Yann Diraison : « l’agitation qui a eu lieu dans le public lors de l’annonce de la réforme, avec des grèves et des manifestations d’enseignants, a occasionné des inscriptions d’élèves. Car les parents ne voulaient que leurs enfants affrontent ce bazar », explique-t-il. Et sur le sujet, l’enseignement catholique a tenu un discours plus rassurant, en soutenant l’esprit de la réforme, comme le souligne Caroline Saliou : « la réforme a été abordée avec un esprit productif et constructif », estime-t-elle.

Par ailleurs, les parents ayant conscience que le collège est une étape décisive dans la scolarité, ils sont souvent plus rassurés à l’idée que leur enfant soit inscrit dans le privé pendant ces quatre années. « L’entrée dans l’adolescence étant une période délicate, ils estiment que l’enseignement privé accompagnera mieux leur enfant dans la construction de sa personne », estime Caroline Saliou.

Le phénomène de contournement de la carte scolaire toujours vivace

Beaucoup de parents inscrivent leurs enfants dans le privé pour échapper à la carte scolaire, notamment au niveau collège. « La recherche de l’entre-soi social est, aussi, bien souvent un facteur déterminant dans le choix du privé. C’est la raison pour laquelle la ministre veut renforcer l’attractivité des collèges qui aujourd’hui souffrent d’un manque de mixité sociale et scolaire et qu’elle mobilise le privé pour qu’il participe à l’effort », confirme l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem. « Les recteurs, auxquels la ministre a encore rappelé ses instructions sur ce sujet le 6 décembre dernier, travaillent en ce moment même avec les autorités diocésaines de leurs territoires. La consigne est claire : plus de postes d’enseignants seront affectés aux établissements qui s’engagent dans des projets visant à renforcer la mixité sociale », ajoute le ministère.

Le succès des écoles hors contrat

Environ 1.000 établissements hors contrat dont plus de 300 confessionnels existent en France, avec un rythme d’ouverture de quelques dizaines par an. Ils scolarisent moins de 1 % des enfants de 6 à 16 ans mais leur nombre va croissant. C’est souvent la promesse d’une autre pédagogie qui attire les parents, comme c’est le cas par exemple, pour les écoles alternatives. Et ces écoles ne bénéficiant d’aucune aide de l’Etat, elles doivent s’autofinancer pour payer leurs locaux, les salaires des enseignants, le matériel pédagogique… Ce qui implique des frais de scolarité très élevés pour les familles, qui estiment cependant que le jeu en vaut la chandelle. Et même en période de crise économique.