Menaces de fermeture pour le premier centre de déradicalisation à Beaumont-en-Véron

TERRORISME La mise en examen pour « association de malfaiteurs terroriste » d’un pensionnaire remet en cause son existence, selon le député (PS) Laurent Baumel…

Vincent Vantighem

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Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Le premier centre de déradicalisation ne devait accueillir que des «volontaires».

Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Le premier centre de déradicalisation ne devait accueillir que des «volontaires». — GUILLAUME SOUVANT / AFP

« Ce n’était pas idiot au départ. Mais faut reconnaître qu’on s’est plantés. C’est un réel échec. » Député (PS) d’Indre-et-Loire, Laurent Baumel s’est fait une raison sur le premier centre de prévention de la radicalisation ouvert, en septembre, dans sa circonscription à Beaumont-en-Véron. Il devrait réclamer sa fermeture, le 2 février, lors d’un comité technique qui s’annonce tendu.

>> Les faits: Un pensionnaire du centre mis en examen

La faute à Mustafa. S. Pensionnaire du centre, cet homme de 24 ans a été mis en examen et écroué, vendredi, pour « association de malfaiteurs terroriste ». En décembre 2013, il avait tenté de rallier la Syrie avec l’un des terroristes qui, deux ans plus tard, ensanglantera le Bataclan, à Paris. Les autorités le soupçonnent également d’avoir tenté à nouveau le voyage vers « le théâtre des opérations » en mai 2016.

« Des profils dangereux qui n’ont rien à y faire »

Connu des services de renseignement, Mustafa. S n’aurait jamais dû se retrouver à Beaumont-en-Véron. Ouvert sur l’extérieur, le centre ne devait, selon le projet d’origine, accueillir que des « volontaires » en voie de radicalisation n’ayant jamais eu affaire à la justice.

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« Mais ils n’ont jamais trouvé de volontaires, s’insurge Michel Carrier, président de Radicalement digne de Pontourny, une association de riverains opposé à ce projet. Du coup, ils y ont mis des profils dangereux qui n’avaient rien à y faire. » Résidant face au centre, Michel Carrier assure qu’il a même vu, un beau jour, deux éducatrices pourchasser un pensionnaire qui essayait de fuir dans ce coin de campagne tapissée de vignes entre la Loire et la Vienne.

>> Reportage: Les riverains «radicalement contre» le centre 

En septembre, les autorités voulaient ouvrir 13 autres centres

Trois ? Cinq ? Ou peut-être huit ? Impossible de savoir exactement combien de pensionnaires abrite encore aujourd’hui le centre. En tout cas, beaucoup moins que les 22 personnes que le projet ambitionnait de déradicaliser.

« Cela ne fait que six mois qu’il existe, nuance, à Paris, une source proche du dossier. Mais il illustre bien nos difficultés à faire face au phénomène. Comme beaucoup, on tâtonne… » De quoi freiner l’ouverture de treize autres centres promise par l’ancien Premier ministre Manuel Valls en septembre. A l’époque, il assurait que 15 000 personnes étaient suivies par les renseignements pour des soupçons de radicalisation.