Dès son plus jeune âge, Lena a eu le sentiment de ne pas être née dans le bon corps.
Dès son plus jeune âge, Lena a eu le sentiment de ne pas être née dans le bon corps. - Morgane / YouTube

Ils sont encore au cœur de l’adolescence, mais savent depuis de longues années déjà que le corps et le sexe avec lesquels ils sont nés ne sont pas les bons. Dans Devenir il ou elle*, diffusé ce mardi soir sur France 5, la documentariste Lorène Debaisieux suit Léna, Lucas, Eléna, Bas et Connor, cinq adolescents transgenres qui se démènent pour être enfin reconnus dans leur identité. Entre transformation physique, regard des autres, acceptation de l’entourage et reconnaissance officielle, ces jeunes témoignent du parcours du combattant qu’ils entreprennent.

« Offrir un meilleur avenir aux jeunes transgenres »

Pionniers en la matière, les Pays-Bas proposent depuis de nombreuses années un accompagnement précoce aux jeunes transgenres. Dès l’âge de 11 ans, ils peuvent, dans le cadre d’un étroit suivi médical et psychologique, bénéficier d’un traitement bloqueur de puberté. « A partir de 16 ans, s’ils veulent continuer leur démarche de changement de genre, ils peuvent ensuite passer à un traitement hormonal, première étape de leur réassignement sexuel », indique le Dr Annelou De Vries, psychiatre coordinatrice du centre de la dysphorie du genre d’Amsterdam.

Elena, elle, n’a pas bénéficié de cet accompagnement précoce. Incomprise, la jeune femme a très difficilement vécu son adolescence. « Ma famille a voulu me faire interner en hôpital psychiatrique car ils pensaient que j’avais un problème, se souvient-elle. Du coup j’ai fugué. » En Hollande, « on accorde beaucoup plus de crédit à la parole des enfants, relève Lorène Debaisieux, la réalisatrice du documentaire. On sait qu’en commençant ces traitements le plus tôt possible, cela évite un nombre important de cas de dépression, d’automutilations. Et cela permet d’offrir un meilleur avenir aux jeunes transgenres, qui sont ainsi totalement intégrés dans la société, à mille lieux des générations précédentes, en proie à une grande précarité sociale et affective. » Pour la documentariste, il reste encore beaucoup de travail à accomplir en France. « Mais très récemment, on a fait du chemin dans le pays, et des structures dédiées ont vu le jour. »

« Courageux et déterminés »

Lena, 16 ans aujourd’hui, a la chance d’être suivie à la Fondation Vallée, un centre hospitalier public de psychiatrie pour enfants et adolescents. Dès l’âge de 6 ans, elle s’est sentie différente des autres garçons, sans comprendre ce qui lui arrivait. A l’époque, celle qui se sent alors enfermée dans son corps de garçon ne dit pas un mot de son mal-être à ses parents. Mais l’entrée au collège sera une période de grande souffrance. « C’est au moment de la puberté qu’on se rend compte que notre corps évolue de la mauvaise façon », explique l’adolescente, qui trouvera sur Internet les causes de sa douleur. « J’ai tapé : "je veux devenir une fille", raconte-t-elle, puis mes recherches se sont précisées et je suis tombée sur des témoignages de transgenres, je me suis reconnue dans leur histoire. »

Sûre d’elle, Lena écrit alors une lettre à chacun des membres de sa famille pour expliquer ce qu’elle ressent. « Ces jeunes transgenres sont très courageux et déterminés. On est face à une nouvelle génération qui s’assume très tôt, qui a bénéficié des réseaux sociaux et associatifs, très présents aujourd’hui, et qui apportent informations et espoir à tous ces adolescents », se réjouit Lorène Debaisieux. Silhouette gracile et voix douce, Léna a évité les affres d’une puberté qui l’aurait davantage enfermée dans le mauvais corps, devenant l’une des premières patientes en France à bénéficier d’un traitement bloqueur de puberté. Elle commencera très prochainement un traitement hormonal qui rendra son corps plus féminin encore et « attend avec impatience de passer à l’étape suivante : l’opération chirurgicale ».

« Un décloisonnement vers un troisième sexe »

Né fille, Lucas a lui aussi très mal vécu le début de sa puberté. Une période douloureuse où sa souffrance s’exprime par des scarifications et une grande agressivité. Progressivement, avec l’aide d’un psychiatre, Lucas a pu lui aussi mettre des mots sur son mal-être, accompagné dans sa démarche par ses parents. S’il aimerait bien afficher une apparence encore plus masculine, Lucas est aujourd’hui en paix avec lui-même et n’est pas pressé de passer par une opération, démontrant au passage qu’ être transgenre ne renvoie pas à une réalité binaire.

« Il y a vingt ans, on était femme ou homme, c’était clair. […] Aujourd’hui, certaines personnes peuvent tout à fait concevoir d’avoir un corps qui a des caractéristiques à la fois masculines et féminines, confirme le Dr Serge Hefez, psychiatre et responsable de l’unité de thérapie familiale à la Pitié-Salpêtrière. Désormais, grâce à ces jeunes, il y a un décloisonnement vers un troisième sexe, un troisième genre. Un décloisonnement dans l’apparence et dans la sexualité. »

 

* Le monde en face ; Devenir il ou elle, diffusion le mardi 10 janvier à 20h45 sur France 5 et à revoir sur Pluzz.

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