Youssouf Fofana, au Palais de justice de Paris, le mardi 10 janvier.
Youssouf Fofana, au Palais de justice de Paris, le mardi 10 janvier. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Il n’y aura eu ni cri, ni heurt, ni harangue antisémite. Jugé ce mardi pour « tentatives d’extorsion » et « association de malfaiteurs », Youssouf Fofana a fait mentir sa réputation. Détenu violent, provocateur et radicalisé, le prévenu, barbe taillée, veste de costume sombre et chemise à carreaux, n’a assisté qu’une petite heure à son procès avant de demander à la présidente s’il pouvait regagner sa détention.

« Je vous le demande poliment », a-t-il insisté. Une absence inattendue qui a considérablement raccourci le délai imparti à cette affaire : il n’aura fallu au tribunal qu’une journée au lieu de quatre prévues pour rendre son jugement. C’est donc face à un banc vide et une salle clairsemée qu’Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de l’audience, a condamné Youssouf Fofana à 10 ans de prison assortis d’une période de sûreté de six ans.

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« Trader de la terreur »

Entamé avec 1h30 de retard, le procès de Fofana pour « tentatives d’extorsion » et « association de malfaiteurs », n’aura apporté aucune réponse aux deux seules parties civiles présentes ce mardi à l’audience. Après s’être qualifié de « trader de la terreur », le prévenu qui purge déjà une peine de prison à perpétuité pour le meurtre d’Ilan Halimi, s’est muré dans le silence, écoutant, un sourire en coin ou tête baissée, la présidente énumérer les faits qui lui étaient reprochés.

Fofana comparaissait aujourd’hui pour avoir menacé de mort et tenté d’extorquer à plus de 42 personnes - chefs d’entreprise, personnalités, médecins ou avocats - des sommes allant jusqu’à 475.000 euros entre avril 2002 et octobre 2004, avant donc l’assassinat d’Halimi. Avortée et accélérée en raison de l’absence du prévenu, l’audience a été « décevante » pour le procureur Youssef Badr : « On pensait qu’on allait pouvoir l’interroger, le questionner, essayer de comprendre cette dynamique qui a commencé en 2002 pour se terminer en 2006. »

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« J’ai eu peur »

Face à leur maître chanteur présumé, Joseph Cohen Sabban, avocat pénaliste et Alain Chartiez, directeur d’antenne à M6 au moment des faits, n’ont exigé aucune indemnisation. Pourtant, le préjudice existe a confié le ténor du barreau parisien : « Rétrospectivement, j’ai eu peur pourtant je ne suis pas du genre froussard à la base […] Mon fils a dû attendre sa majorité pour s’appeler comme moi, ça c’est un préjudice. » La peur, la lassitude et le temps écoulé entre les faits et le procès ont eu raison de la présence de la dizaine de victimes constituées parties civiles dans la procédure.

Quatre heures après le début des débats, le tribunal a finalement rendu sa décision, suivant les réquisitions du procureur. La présidente a fustigé « le mutisme », « le silence » et l’absence de « regret », de « repentir » ou d’explication manifestés par le prévenu. Un comportement également mis en cause par le ministère public : « Youssouf Fofana a déjà 36 ans […], l’affaire du gang des barbares, c’était déjà il y a 10 ans. […] En dix ans, il n’a pas changé. »

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