Ecole primaire: Pourquoi le dispositif « Plus de maîtres que de classes » est un succès

EDUCATION Après trois années de mise en oeuvre de la mesure, un rapport souligne ses bienfaits, tant pour les élèves que pour les enseignants...

Delphine Bancaud

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Une école primaire à Paris, le 2 septembre 2014.

Une école primaire à Paris, le 2 septembre 2014. — FRED DUFOUR / AFP

C’est une des mesures phares du quinquennat de François Hollande en matière d’éducation et c’est globalement une réussite. Lancé en 2013, le dispositif « plus de maîtres que de classes » consiste à affecter un enseignant supplémentaire dans les écoles les plus en difficultés pour aider les élèves dans leur apprentissage des fondamentaux (lecture, écriture, calcul). A l’occasion de la remise du rapport du comité national de suivi de ce dispositif ce mardi, la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem a souligné ses apports pour le système éducatif.

Le matin même, Najat Vallaud-Belkacem avait demandé aux recteurs qu « à l’issue de la prochaine rentrée, toutes les écoles relevant de l’éducation prioritaire soient pourvues d’un maître supplémentaire ». Une manière pour elle de booster encore le dispositif, avant de rendre les clés de la rue de Grenelle. Car à ce jour, 3.220 postes ont été affectés à cette mesure dans les écoles qui accueillant en ville et dans les territoires ruraux, une majorité d’élèves défavorisés ou en difficulté scolaire. « A la rentrée 2017, c’est un effort supplémentaire considérable qui sera fait avec 1.941 nouveaux postes », a déclaré la ministre. Une décision immédiatement saluée par le SNUipp-FSU, qui voit en cet engagement « comme un pas vers la transformation de l’école ».

« Les élèves qui avaient des soucis en Français et en maths se sont améliorés »

Si ce dispositif est presque unanimement salué, c’est tout d’abord pour l’effet qu’il semble produire sur les élèves en difficultés, comme en témoigne Julie, maître supplémentaire à l’école Paul Verlaine de Migennes (Yonne) qui intervient dans six classes, de la grande section en CM2. « Les élèves qui avaient des soucis en français et en maths se sont améliorés. Car le fait d’être deux enseignants en classe, nous a permis de mieux comprendre la source de leurs difficultés et d’y remédier. Certains de mes élèves avaient par exemple, du mal à transformer l’énoncé d’un problème en situation mathématique. Je les aide à le faire », raconte-t-elle. L’enseignante passe aussi beaucoup de temps à observer les élèves pour repérer ceux qui décrochent à un moment dans la classe ou pour évaluer leurs compétences à l’oral.

« Ça me permet de les aider ensuite à reformuler leurs réponses aux questions de l’autre enseignante, à mettre leurs idées à l’écrit ou à se corriger lorsqu’ils se trompent dans un exercice ». Des petites interventions qui mises bout à bout, donnent des effets, selon elle. Dans son rapport, le comité national de suivi du dispositif estime aussi que « les élèves gagnent en confiance grâce aux interactions plus fréquentes avec les enseignants ». En prévenant les difficultés scolaires ou en les amenuisant, le dispositif « contribue à la réduction des inégalités, à l’amélioration du climat scolaire et à la réussite de tous », souligne aussi le rapport. Mais pour Julie Meunier, le plus important est que ces échanges réguliers avec les élèves ont permis de changer leur rapport aux apprentissages : « Je ne vois plus d’enfant refusant de se mettre au travail », indique-t-elle. Avec des limites cependant : « pour les enfants souffrant de troubles des apprentissages, le dispositif ne suffit pas », admet-elle.

Des changements de pratiques pédagogiques

Même son de cloche auprès des enseignants participant au dispositif qu’a interrogé le SE-UNSA : 96 % des répondants jugent l’impact du « Plus de maîtres que de classes » (PMQC) positif quant aux apprentissages des élèves. « Parmi les raisons invoquées, on retrouve la possibilité offerte de mettre en place des projets spécifiques, une attention supplémentaire donnée aux élèves ou encore la possibilité de travailler en petits effectifs », souligne Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat. Une analyse que nuance tout de même Pascal Bressoux, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Grenoble : « tant que l’on n’a pas une étude tangible sur l’effet de la mesure sur le niveau des élèves, on ne peut être sur à 100 % de son efficacité ». C’est pour cela que le ministère de l’Education a mis en œuvre une évaluation de deux cohortes d’élèves, une qui aura bénéficié du PMQC et l’une qui n’en aura pas profité, afin de comparer leurs résultats à la fin de leur scolarité en primaire. « On aura les premiers retours en 2018 », explique l’entourage de la ministre à 20 minutes.

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Outre les élèves, les profs ont aussi beaucoup gagné avec le dispositif PMQC. « Il concourt également à l’évolution des pratiques enseignantes », souligne ainsi le rapport du comité national de suivi. Un avis pleinement partagé par Julie : « Après avoir participé à PMQC, je n’enseignerai plus jamais comme avant. J’ai appris à m’améliorer, à remettre mes pratiques en questions pour anticiper les difficultés des élèves, concevoir des exercices plus adaptés pour eux… Et le travail en binôme permet une concertation très intéressante », explique l’enseignante.

Encore quelques bémols…

Reste que malgré les qualités du dispositif, il pourrait encore être amélioré, souligne Christian Chevalier : « dans certaines écoles, les maîtres supplémentaires travaillent sur plus de deux classes. Ce qui s’apparente un peu à du saupoudrage, car ils ne peuvent pas faire un travail en profondeur avec les enfants en difficultés », estime-t-il. « Les moyens alloués aux écoles ne sont pas toujours proportionnels à leur taille. Et les maîtres supplémentaires interviennent parfois dans deux écoles différentes, ce qui nuit au travail d’équipe », estime aussi Julie. « Il faudrait également renforcer la formation des maîtres supplémentaires et cadrer davantage leurs missions, afin d’éviter que la mise en œuvre de ce dispositif soit hétéroclite », ajoute Pascal Bressoux. De son côté, le SNUipp plaide pour des allégements de service accordés aux enseignants de l’éducation prioritaire participant au dispositif « afin de permettre aux équipes entières de se réunir autour de problématiques didactiques et pédagogiques en lien avec les besoins des élèves ».

Des améliorations du dispositif qui pourraient être décidées si le « Plus de maîtres que de classes » est conservé par le prochain gouvernement, ce qui est loin d’être assuré. « Tous les candidats à la présidentielle disent qu’il faut poursuivre la priorité au primaire. Le dispositif a donc toute légitimité pour être poursuivi », affirme confiant, Christian Chevalier.