Attentats: Une conférence internationale pour l'aide aux victimes, pour quoi faire?

TERRORISME Ce lundi, la secrétaire d'Etat Juliette Méadel organise une conférence internationale pour l'aide aux victimes à Paris... 

Florence Floux

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Des portraits réalisés au pochoir des dessinateurs de Charlie Hebdo Cabu (G) et Charb (D), par l'artiste Christian Guémy, alias "C215", le 13 janvier 2016, au pied de l'ancien siège parisien du journal satirique.

Des portraits réalisés au pochoir des dessinateurs de Charlie Hebdo Cabu (G) et Charb (D), par l'artiste Christian Guémy, alias "C215", le 13 janvier 2016, au pied de l'ancien siège parisien du journal satirique. — JOEL SAGET AFP

C’est une date anniversaire qui a été choisie pour l’événement. Deux ans après les attentats de janvier 2015, la secrétaire d’Etat Juliette Méadel organise un colloque international pour l’aide aux victimes à Paris, sous le patronage de l’Unesco. L’objectif affiché de l’événement est clair : « Poser les bases d’une politique internationale d’aide aux victimes et d’une meilleure coordination entre les Etats », d’après le communiqué de presse... Du côté des associations de victimes, les attentes sont multiples.  

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Au programme, des tables rondes sur des thèmes variés comme la reconnaissance des victimes, la protection de leur vie privée mais également la formation et la coordination des secours, ou encore l’indemnisation et la résilience. De nombreux experts de la question, y compris étrangers, comme la fondatrice de l’association Voices of September 11th doivent participer. La rencontre se clôturera par un partage d’expérience de ministres de différents pays : Belgique, Mali, Italie, Espagne, Canada…

Vers une meilleure coopération internationale ?

« La coopération est très importante en matière de terrorisme, dont la dimension internationale est très forte. On l’a bien vu pour Nice : les victimes de la Promenade des Anglais étaient de dix-neuf nationalités différentes », indique Stéphane Gicquel, de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac). Dans une interview accordée en novembre au Figaro, Juliette Méadel affirmait d’ailleurs qu’un des objectifs du colloque est de « faciliter les échanges avec les autres pays pour avoir notamment un système d’information partagé ».

De nombreuses associations de victimes seront également présentes. « C’est un moment intéressant car il permet d’échanger entre praticiens et de faire un retour d’expérience. L’aide aux victimes repose sur la diffusion de bonnes pratiques, ce qui prend parfois beaucoup de temps. » Georges Salines, président de l’organisation 13Onze2015 : Fraternité et vérité, voit lui aussi le colloque de ce lundi « comme une occasion de réfléchir ensemble ».

« Voices of September 11th par exemple, a un recul que nous n’avons pas »

« Il est toujours bénéfique de rencontrer des associations étrangères, comme nous avons pu le faire dans d’autres circonstances. Voices of September 11th par exemple, a un recul que nous n’avons pas », indique ce médecin, qui a perdu sa fille au Bataclan. Même son de cloche chez Gérard Gicquel : « Les Israéliens, par exemple, sont très compétents sur l’identification des victimes et la prise en charge psychologique parce qu’ils sont confrontés au terrorisme depuis très longtemps. C’est important d’échanger avec eux », estime-t-il.

Les différences entre nations peuvent parfois surprendre. Si tous les pays semblent s’accorder sur le principe d’indemnisation pour les victimes de terrorisme, ils ne font pas tous montre de la même générosité. « En Allemagne par exemple, le préjudice moral pour la perte d’un proche n’existe pas. En France, l’indemnité peut s’élever à 30.000 euros, alors qu’en Italie on accordera 200.000 euros. On ne peut pas aligner les règles juridiques mais ce genre d’événement peut faire prendre conscience de certaines lacunes », explique Stéphane Gicquel.

Des problèmes en suspens

Deux ans après les attentats de janvier, l’aide aux victimes est toujours en cours de rodage. « Si la France fait beaucoup de choses sur le sujet, c’est parce qu’il y a eu les attentats de 2015 et 2016. On apprend beaucoup du fait de la survenance des événements. Des problèmes survenus lors de l’identification des corps après le 13 novembre ne se sont plus reposés à Nice », observe Stéphane Gicquel.

Les associations de victimes connaissent encore certaines difficultés. Les indemnisations du Fonds de Garantie des victimes des actes de Terrorisme et d’autres Infractions (FGTI) tardent parfois, et ne sont pas toujours jugées satisfaisantes par les victimes. Il y a deux mois, le barreau de Paris publiait le travail de 170 avocats représentant des victimes du 13 novembre. Dans un  Livre blanc, les conseils proposaient une réflexion sur l’indemnisation de leurs clients, notamment en suggérant la reconnaissance des préjudices d’angoisse et d’attente.

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