Youssouf Fofana, leader du "gang des barbares"  escorté lors de son arrestation, le 4 mars 2005 à Abidjan
Youssouf Fofana, leader du "gang des barbares" escorté lors de son arrestation, le 4 mars 2005 à Abidjan - ISSOUF SANOGO AFP

Onze ans après l’assassinat d’Ilan Halimi, enlevé, séquestré et torturé pendant trois semaines par le « gang des barbares », son chef autoproclamé Youssouf Fofana, déjà condamné à la prison à perpétuité en 2009 pour ce meurtre antisémite, devrait retrouver ce mardi le banc des prévenus. Jugé jusqu’au vendredi 13 janvier au tribunal correctionnel de Paris, le Franco-Ivoirien âgé de 36 ans comparaît pour « tentatives d’extorsion » et « association de malfaiteurs ».

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Lance-roquettes et grenade

L’affaire qui occupe aujourd’hui le tribunal est vieille de quinze ans. Entre avril 2002 et octobre 2004, près de 45 personnes dont le directeur général de Rolex, celui des magasins BUT, la PDG d’IBM, le président d’Arte, des médecins, un avocat pénaliste ou de simples anonymes se sont vu réclamer de fortes sommes d’argent allant de 7.500 euros à 500.000 dollars. Tour à tour, le maître chanteur affirme agir pour le compte du Front de libération de la Palestine (FLP), du groupe armé nationaliste corse Armata Corsa ou du collectif de rappeurs Mafia K’1 Fry et menace de mort les victimes qui refuseraient de payer.

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A chaque tentative d’extorsion, le mode opératoire est similaire : une lettre dactylographiée est envoyée au domicile des victimes fixant le montant exigé, accompagnée d’une photographie glaçante de l’auteur armé d’un lance-roquettes, d’un fusil d’assaut et d’une grenade, parfois devant leur lieu de résidence.

Dans les missives, des références aux précédents méfaits orientent les policiers vers l’hypothèse d’un seul et même auteur. Le degré de violence utilisé fluctue au fil des ans : en mai 2002, George Hureau, ancien secrétaire général chez Philips, découvre avec la lettre une grenade sur le perron de sa maison. Le 30 septembre 2004, Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontière dépose plainte après avoir retrouvé deux cocktails Molotov dans la cour de son domicile. Son portail porte la marque d’un tir d’une balle de calibre 9mm.

Des éléments similaires à l’affaire Halimi

Les enquêteurs du 36 Quai des Orfèvres ne feront le lien avec Fofana qu’en 2006, après l’assassinat du jeune Ilan Halimi. Dans les deux affaires, un même cybercafé et une même cabine téléphonique sont utilisés pour contacter les victimes. Les modèles d’adresses mail utilisés pour les demandes de rançons sont construits à chaque fois de la même façon : un mot suivi d’une série de chiffres, et toutes sont ouvertes auprès de l’opérateur Yahoo !.  Un des geôliers d’Ilan Halimi reconnaîtra également avoir accompagné Youssouf Fofana en 2004 dans l’un des cybercafés pour « lui rendre service ».

Enfin le prévenu lui-même s’exprimera à deux reprises sur ces faits : « Ça a commencé en 2002, quand j’ai fait le front populaire de libération de la Palestine mais c’était difficile, avec les talkies-walkies dans le métro avec le PDG de Rolex, le PDG de Reebok et le PDG de Whirlpool », déclare-t-il en 2007 avant d’ajouter, un an après : « Après 2002 quand j’ai commencé à faire avec Armata Corsa, la mafia africaine et les médecins (…) je comptais pouvoir financer les comptes off shore pour tous les racketter d’un coup ». 

Son « dernier tour de piste »

En 2002, date à laquelle les premières victimes se signalent auprès des policiers, Youssouf Fofana sort tout juste de prison après le braquage d’un bar-tabac. Pour Norbert Goutmann, l’avocat qui a assisté Fofana entre ses 16 et 21 ans, cette affaire témoigne du basculement opéré par le prévenu : « Au départ, c’est un délinquant tristement banal. Puis il passe par la case prison (…) Le dossier jugé aujourd’hui témoigne d’une montée en puissance, d’une impulsion de violence. Ensuite, tout est allé très très vite, et très loin, trop loin », analyse le pénaliste en référence à l’affaire Halimi.

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Joseph Cohen-Sabban, avocat pénaliste menacé en avril 2004 par Fofana est partie civile dans ce dossier. Rétrospectivement, il se souvient de la crainte ressentie pour son fils alors âgé de 5 ans : « Je réalise que j’ai subi un préjudice en imposant à mon fils de changer de nom par exemple. J’avais peur pour lui ». Contrairement aux procès de l’affaire Halimi, celui-ci ne se tiendra pas à huis clos. Une occasion pour Fofana de bénéficier d’une « tribune » s’inquiètent certaines victimes, d’autant qu’il devrait se défendre seul après avoir récusé son avocat commis d’office.

Une éventualité que tente de relativiser Joseph Cohen-Sabban : « De toute façon, là c’est son dernier tour de piste. Une fois ce procès terminé, il ne devrait plus sortir de prison ».

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