Armés d’une bonne dose d’humour noir, ces parieurs très particuliers misent sur les morts célèbres de l’année suivante. C’est devenu leur tradition du réveillon du Nouvel An. Chaque année, Romain, 30 ans, et ses copains se retrouvent autour d’un repas. Et quand ils font les comptes, ce n’est pas pour parler d’argent. « C’est 10 points par réponse trouvée et on ajoute ensuite la différence entre l’âge de la personne qui est morte et 100. »

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L’organigramme de Daesh

Cette année, ce Parisien a totalisé 350 points, en misant par exemple sur la disparition de Fidel Castro ou de Michel Galabru. Encore quelques heures et il saura s’il finit premier… « Je suis bien placé, se réjouit-il, mais tout dépendra de Mokhtar Belmokhtar… », en allusion au djihadiste algérien à la tête du groupe Al-Mourabitoune. Très sérieusement, il explique : « On a tous des techniques. Par exemple, l’un de nos copains a pris l’organigramme de Daesh et l’a recopié sur sa liste. Il a gagné énormément de points grâce à ça. »

Grégory, 34 ans, suit l’actualité de près. « On essaie de prendre des notes pour savoir qui est malade, qui est âgé, explique-t-il. On se base aussi sur notre culture et nos souvenirs, comme les anciens chefs d’État qui étaient déjà vieux quand on était enfants. »

Sur Internet, un site comme The Death List a bien compris le plaisir de certains internautes à jouer avec la mort. Ainsi, chaque début d’année, un comité se réunit et dresse une liste de 50 noms, que les internautes peuvent commenter, à défaut de pouvoir parier.

Même principe ou presque pour Ranker. Sa liste repose, elle, sur les votes des internautes en temps réel. Ils avaient ainsi placé  Zsa Zsa Gabor et Fidel Castro dans les tout premiers rangs, avant qu’ils ne trépassent. Et à l’heure actuelle, Donald Trump (8e position) et Kim Jong-un (20e position) figurent, eux, en bonne place.

« Je m’inclus dans les morts possibles »

Face aux accusations de mauvais goût, les parieurs en herbe font profil bas, un petit sourire en coin. « Bien sûr que oui, c’est du mauvais goût, c’est tabou, c’est immature. J’en ai conscience », reconnaît Grégory. « L’humour noir n’empêche pas la tristesse », ajoute celui qui avait été très peiné par la mort de Jacques Rivette, son réalisateur préféré (qui était sur sa liste).

L’un de ses amis, Nicolas, 35 ans, pense que cette attirance pour le mauvais goût vient de plus loin. « C’est aussi, sans vouloir trouver d’excuse sérieuse, une manière d’exorciser. Je m’inclus évidemment dans les morts possibles, je sais que je peux y passer demain, la semaine prochaine ou dans six mois. Mais c’est la vie. »

Romain, lui, revendique fièrement cet état d’esprit. « Beaucoup de gens s’offusquent mais ça ne les empêche pas d’envoyer un petit mail quand ils voient un décès sur Internet. Je pense qu’ils aimeraient beaucoup jouer avec nous. » Pas tous. L’un d’entre eux a tutoyé les limites du jeu. Ancien joueur, Fabrice a décidé d’arrêter les paris. « La règle, c’était de choisir quelqu’un qui a une page Wikipedia. L’un de mes amis a parié sur son grand-père, qui en a une. Même si c’était une blague, j’ai trouvé que ça allait trop loin. »

Tous insistent : c’est une liste de possibilités et non pas de souhaits. Leur jeu, même de mauvais goût, n’influe pas sur la vie ou la mort des célébrités. Promis, assurent-ils : si l'année 2016 a été aussi mortelle pour les stars, ce n'est pas leur faute !

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