Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, à New York le 2 avril 2015.
Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, à New York le 2 avril 2015. - Mark Lennihan/AP/SIPA

La classe politique klaxonne Carlos Ghosn. Après les révélations sur la possibilité que le PDG de Renault puisse toucher une plus-value de 6 millions d’euros à la suite d’une opération financière avantageuse, les réactions négatives se multiplient ce mercredi. Un mot revient souvent : « choquant ».

« Il va de soi que c’est toujours moralement choquant de constater que l’on peut gagner comme ça, sur une manœuvre liée au capital, au fond beaucoup plus que beaucoup de Français gagnent dans une vie entière, a notamment regretté Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche ! et soutien d’Emmanuel Macron à la présidentielle. C’est toujours le système un peu paradoxal de ces choses qui sont manifestement légales et en même temps choquantes. »

« Le capitalisme dans notre monde d’aujourd’hui »

« Je serais ouvrier chez Renault, travaillant au SMIC, je serais choqué, a surenchéri Yves Jégo, vice-président de l’UDI, sur Europe 1. Je vois que Renault est une entreprise qui a des résultats positifs. Au fond, si celui qui dirige Renault, parce qu’il a des actions de l’entreprise, touche un bénéfice parce qu’il a bien géré l’entreprise ou participé à bien gérer l’entreprise, ça me semble être aussi ce qu’est le capitalisme dans notre monde d’aujourd’hui. »

Mêmes mots, ou presque, à gauche. « Les 6 millions d’Euros que Carlos #Ghosn envisage de s’attribuer comme plus-value sont indécents et montrent l’obligation de légiférer.. #équité », a ainsi réagi Yann Galut, député PS du Cher et porte-parole d’Arnaud Montebourg pour la primaire.

Candidat à cette même primaire, François de Rugy, n’a pas dit autre chose sur RMC. « C’est légal mais c’est très choquant parce que ça fait une échelle des salaires complètement délirante au sein du groupe Renault (…) En gros, [Carlos Ghosn] peut gagner près de 1.000 ou 2.000 fois le smic en un mois, donc ça c’est insupportable (…). Notre majorité a dit au début du mandat et on l’a appliqué, les entreprises publiques c’est maximum 450.000 euros par an pour le PDG, et bien moi je suis pour appliquer la même règle aux entreprises dans lesquelles il y a des participations de l’Etat (…) ou alors le groupe Renault devra se passer de la participation de l’Etat. »

Philippot contre Macron

Plus virulente, Karine Berger, députée et responsable du pôle idées et projet de Vincent Peillon pour la primaire organisée par le PS, n’a pas hésité à désigner un responsable. « Le Medef nous a baladés, a-t-elle ainsi accusé. Ça fait quatre ans et demi qu’ils nous expliquent qu’ils vont s’autoréguler. En pratique, on le voit bien avec tous les scandales… (…) On en a tous les six mois. (…) Renault non seulement a été aidé par la puissance publique mais surtout a fait partie des entreprises qui ont amené ses salariés à réduire leurs jours de vacances et à réduire leur salaire pendant des périodes allant d’un an à deux ans. Donc Carlos Ghosn se rémunère sur des efforts de salaires et de temps de travail de ses propres salariés, et c’est inacceptable. »

Sur Twitter, Florian Philippot s’en est quant à lui pris à… Emmanuel Macron.

Carlos Ghosn n’en est pas à sa première polémique autour de sa rémunération. Le 29 avril, les détenteurs de titres du groupe automobile français, dont l’Etat qui jouit de 20 % des droits de vote, avaient en effet rejeté en assemblée générale une résolution à valeur consultative portant sur la rémunération de Carlos Ghosn pour 2015, soit 7,251 millions d’euros au total dont 1,737 million en numéraire.

Les critiques du salaire de Ghosn avaient noté que celui-ci touchait également d’importants émoluments en tant que PDG du constructeur japonais Nissan. Cette somme a atteint neuf millions d’euros au titre de l’exercice décalé 2015-2016. Après avoir dans un premier temps maintenu la rémunération de Ghosn, le conseil d’administration de Renault avait finalement voulu apaiser les actionnaires fin juillet en annonçant une réduction de 20 % de la part variable du salaire du PDG pour 2016.

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