ETA: Une opération franco-espagnole contre une cache d'armes tourne à l'imbrioglio

PAYS BASQUE Les autorités se félicitent de ce coup de filet, mais les personnes arrêtées affirment que les armes découvertes avaient été rassemblées pour être détruites....

20 Minutes avec AFP

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Des policiers du RAID ont participé à une opération contre l'organisation séparatiste basque ETA le 16 décembre 2016, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Des policiers du RAID ont participé à une opération contre l'organisation séparatiste basque ETA le 16 décembre 2016, dans les Pyrénées-Atlantiques. — Bob Edme/AP/SIPA

Coup de filet ou boulette ? Vendredi soir, la confusion régnait après l’interpellation de plusieurs personnalités basques et la découverte d’une vaste cache d’armes lors d’une opération policière franco-espagnole contre l’organisation clandestine et séparatiste ETA. Les autorités se félicitent de ce coup de filet, mais les personnes arrêtées affirment que les armes avaient été rassemblées pour être détruites.

A Louhossoa, près de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), cinq personnes ont été interpellées : le dirigeant du mouvement écologiste Bizi !, Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx, Michel Berhocoirigoin, ancien président de la Chambre d’agriculture du Pays Basque, Michel Bergougnan, coopérateur viticole dans l’appellation basque Irouléguy, et la journaliste Béatrice Haran-Molle. L’identité exacte de la cinquième personne n’est pas encore connue. L’avocat Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, avait été initialement signalé parmi les personnes arrêtées mais il n’en est rien. « Je devais y être, mais n’ai pas pu m’y rendre », a-t-il précisé à l’AFP.

Cache d’armes

L’opération policière, réalisée sur commission rogatoire du parquet antiterroriste à Paris, a été menée par des enquêteurs de la police judiciaire française, notamment de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), de la Brigade recherches et d’intervention (BRI) de Bayonne et des policiers de l’unité d’élite du Raid, assistés de policiers de la Guardia Civil espagnole.

Les cinq personnes ont été interpellées dans la grande maison, isolée, de Béatrice Haran-Molle, dans la bourgade de Louhossoa (environ 600 habitants), sur la route de Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port. Au cours d’une perquisition, « une importante saisie d’armes, d’explosifs et de munitions » a été réalisée, indique le ministère français de l’Intérieur.

Pour les gouvernements français et espagnols, « l’interpellation de cinq individus en relation avec l’organisation terroriste ETA » est « un nouveau coup dur porté à ETA », comme l’a déclaré le ministre français de l’Intérieur, Bruno Le Roux, dans un communiqué, tout en se félicitant « d’une excellente coopération entre les services et avec les autorités espagnoles ». De son côté, dans un tweet, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que « la Guardia Civil avait porté un coup à l’arsenal de la bande terroriste ETA en France ».

«Personne n’a le droit de se proclamer destructeur d’armes»

« En matière de terrorisme, toutes les preuves doivent pouvoir concourir à la justice, a souligné Bruno Le Roux, revenant sur l’affaire ce samedi à Vélizy (Yvelines). Personne n’a le droit de se proclamer destructeur d’armes et éventuellement de preuves. » « Pourquoi détruire des armes si elles ont servi à commettre des faits graves, peut-être même des attentats ? », a-t-il insisté, rappelant qu'« il ne peut pas y avoir d’armes qui circulent, elles doivent être saisies ».

En octobre 2011, l’organisation a renoncé à la violence, mais n’a pas depuis remis ses armes et refuse de se dissoudre. ETA réclame pour cela une négociation avec les Etats espagnol et français sur le sort de ses quelque 400 membres détenus dans ces deux pays, ce que Madrid et Paris refusent. Pour le ministre de l’Intérieur, « toutes les formes de terrorisme doivent être combattues ».

Transition non-violente ?

Toute autre est l’interprétation fournie dans les milieux nationalistes basques : ainsi, le site en ligne Mediabask, proche du quotidien basque espagnol Gara qui exprime parfois les positions d’ETA, publie une lettre que lui ont adressée Michel Tubiana, Txetx et Michel Berhocoirigoin, affirmant qu’ils avaient décidé « d’enclencher le processus de désarmement de l’organisation armée et procéder à la destruction d’un premier stock d’armes ». Ce stock « correspond à environ 15 % de l’arsenal d’ETA ».

Tous trois justifient leur action par leur volonté de « contribuer à un avenir sans violence et démocratique pour le Pays Basque ». Plusieurs mouvements nationalistes considèrent que « les polices française et espagnole ont empêché la destruction des armes » et appellent à une riposte dans une manifestation prévue ce samedi à 16 h à Bayonne ;
 

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