Les personnes qui souffrent de solitude ne sont pas forcément celles que vous croyez

INFOGRAPHIE Une étude du Crédoc publiée ce lundi révèle qu’un Français sur dix est seul… mais seulement 38 % d’entre elles souffrent de cette solitude…

Oihana Gabriel

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Illustration d'une personne seule dans la campagne. Un Français sur dix vit dans un isolement objectif.

Illustration d'une personne seule dans la campagne. Un Français sur dix vit dans un isolement objectif. — Pixabay

Un Français sur dix vit seul. Selon une enquête du Crédoc pour la Fondation de France* publiée lundi, en 2016, cinq millions de personnes de plus de 15 ans ne passent que très rarement du temps avec famille, amis, voisins ou connaissances. Mais une situation d’isolement ne provoque pas forcément un sentiment de solitude.

Des actifs parmi les personnes objectivement isolées

Dans les esprits, la solitude, c’est la grand-mère veuve, qui vit à la campagne ou en maison de retraite. Mais l’étude dessine un profil différent : « Les isolés sont surreprésentés parmi les chômeurs et les inactifs non étudiants, des personnes au foyer pour l’essentiel. Plus du tiers des isolés ont des bas revenus, contre un quart dans l’ensemble de la population. » Mais il n’y a pas que les chômeurs et les retraités qui interfèrent peu avec leurs proches et leurs voisins : 26 % des personnes isolées sont en CDI dans le privé et 12 % dans le public.

On peut donc travailler et n’avoir aucun lien avec ses collègues. Un constat appuyé par l’étude : 35 % de ces Français qui n’ont qu’un réseau de sociabilité peuvent compter sur leurs voisins… et seulement 4 % sur leurs collègues.

« Pas de corrélation directe entre isolement social et sentiment de solitude »

Contrairement aux idées reçues, toutes les personnes qui vivent isolées n’en souffrent pas forcément. Entre les personnalités sauvages qui abhorrent la foule et ceux qui ne supportent pas de passer une soirée sans amis, il y a un fossé. En effet, 38 % des personnes objectivement isolées déclarent ne pas se sentir seules. De même, comme le montre ce graphique, 12 % des personnes isolées ne se sentent jamais seules contre 16 % de l’ensemble des Français. Une différence somme toute limitée.

« Il n’y a pas de corrélation directe entre isolement social et sentiment de solitude, souligne Gérard Macqueron, psychiatre et auteur de Psychologie de la solitude. La solitude, quand elle est choisie, peut être très bien vécue. Le berger seul dans sa montagne peut être ravi ! Même si une personne objectivement isolée a plus de chances de souffrir de solitude. »

Ce « facteur précipitant » est souligné par l’étude : « Le sentiment de solitude reste plus marqué chez les isolés : près de trois personnes isolées sur dix (29 %) se sentent souvent ou tous les jours seules, contre 16 % des personnes qui peuvent s’appuyer sur plusieurs réseaux de sociabilité. »

Des Français inclus souffrent de solitude

Autre préjugé battu en brèche : certains Français qui sont objectivement inclus dans la société peuvent tout à fait souffrir d’un sentiment de solitude. « Un homme marié, avec des enfants, qui travaille, peut très bien avoir un sentiment de solitude, insiste Gérard Macqueron. De même, des études récentes montrent que de plus en plus de jeunes souffrent énormément de solitude. » Preuve que l’hyperconnectivité ne protège pas de cette souffrance. En effet, la multiplication des outils numériques, facilitateurs de relations sociales, n’a pas fait chuter ce sentiment de solitude.

« D’abord, parce que quelqu’un qui est mal à l’aise socialement sera également en difficulté sur Facebook, analyse le psychiatre. D’autre part, Internet facilite les contacts, mais qui restent superficiels. On peut avoir 2 000 amis sur Facebook et personne à voir le week-end. Pire, certains peuvent espérer trop de choses de ces relations et le décalage peut accroître le sentiment de solitude. »

Un sentiment lié à la petite enfance

Comment expliquer ce décalage entre réalité et sentiment ?  « Le sentiment de solitude se définit par deux symptômes. Un sentiment d’insécurité et une incapacité à faire appel aux autres. Quand ils sont en difficulté, ils ont le sentiment de ne pas pouvoir faire face et que, s’ils demandent de l’aide aux autres, ils vont déranger », explique le psychiatre. D’où un sentiment d’impuissance et de solitude qui s’auto-alimente.

Des sentiments parfois infondés. « Souvent, le sentiment de solitude s’appuie sur un épisode de la petite enfance au cours duquel l’enfant s’est senti en situation de danger ou de désarroi et que les parents n’ont pas répondu à ce besoin d’être rassuré. D’où un sentiment d’insécurité existentiel et parfois une insatisfaction relationnelle qui peut affecter leur vie d’adulte. »

* Enquête réalisée en ligne par le Crédoc entre décembre 2015 et janvier 2016, auprès d’un échantillon représentatif de 3 050 personnes âgées de 15 ans et plus (méthode des quotas).

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