Cupidité sans borne ou engrenage infernal, quels ressorts ont pu pousser Laura O., 24 ans, mariée et mère d’une petite fille, à mentir et se déclarer victime des attentats du 13 novembre dans le seul espoir de toucher une indemnisation financière du Fond de garantie des victimes d’actes de terrorisme (FGTI) ? C’est ce qu’a tenté de déterminer ce lundi, le tribunal correctionnel de Versailles chargé de juger la jeune femme poursuivie pour « tentative d’escroquerie ».

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« Un luxe de détails qui donne la nausée »

Le 22 décembre 2015, lorsque Laura. O, enceinte de 7 mois, se présente au commissariat des Mureaux, elle déclare aux policiers vouloir porter plainte, assurant qu’elle se trouvait à la terrasse du bar Le Carillon le soir du 13 novembre 2015. Le bras en écharpe, elle raconte les circonstances de l’attentat : une « énorme explosion », « la sensation du souffle », « des morts » à côté d’elle, les « gens qui criaient », « l’instinct maternel qui l’incite à protéger son ventre » et sa blessure importante au bras. Un procédé choquant aux yeux de Jean-François Laigneau, avocat du Fonds de garantie des victimes : « Je n’ose imaginer ce que ressentent les victimes. Il y a -dans son récit- un luxe de détails qui donne la nausée ».

Mais la jeune femme persiste. Au lendemain de son audition auprès des enquêteurs de la Police judiciaire, elle contacte la Maison départementale des personnes handicapées pour bénéficier d’une éventuelle allocation. Aux policiers, elle fournira trois faux certificats médicaux et une photographie d’un bras brûlé, trouvée sur un site Internet. Mécontente du délai imposé par le FGTI pour procéder à son indemnisation, Laura ira jusqu’à téléphoner à l’organisme à deux reprises, pour exiger une prise en charge plus rapide. Ce comportement finit par interpeller les enquêteurs, et les incohérences se multiplient. Le Carillon n’a pas été visé par une explosion mais par des tirs à l’arme lourde, les certificats médicaux sont bourrés de fautes d’orthographe et la photo de son bras brûlé est rapidement retrouvée sur Internet.

« Quand j’ai voulu revenir en arrière, c’était trop tard »

À la barre, la jeune femme, qui comparaissait aussi pour une affaire « d’exercice illégal de la pharmacie » après avoir fourni de faux diplômes et falsifié des ordonnances, a tenté à plusieurs reprises d’exprimer excuses et remords. « Lors de ma garde à vue, j’ai présenté mes excuses, j’ai écrit une lettre aux policiers (…) c’est inadmissible ce que j’ai fait (…) c’est impardonnable, c’est tout à fait puéril », a-t-elle déclaré. Le discours assuré mais systématiquement noyé par quelques incohérences, Laura a insisté sur les relations chaotiques entretenues avec sa mère et la peur de ne pas subvenir aux besoins de sa fille : « Chez mon père j’avais tout, chez ma mère c’était le secours populaire (…) J’avais peur pour ma famille, peur de ne plus rien avoir ».

Mais le discours peine à convaincre avocats des parties civiles et ministère public. Face au psychologue chargé de l’expertiser, Laura aurait notamment confié son soulagement après la découverte de son mensonge. L’idée de « devoir rembourser 50.000 à 1 million d’euros à l’État et de devoir travailler » toute sa vie inquiétait visiblement la jeune femme. Face à la cour, elle assure aujourd’hui avoir voulu « revenir en arrière » :

- « A quel moment avez-vous voulu revenir en arrière ? »

- « Dès que j’ai déposé plainte »

- « Pourquoi vous ne l’avez pas fait ? »

- « Comment j’aurais pu ? »

- « Il suffisait de retourner au commissariat immédiatement après votre plainte, en expliquant aux policiers ce que vous nous expliquez là ».

Le tribunal a condamné Laura à un an de prison ferme dans le volet « fausse victime » et à 3 ans dont 18 avec sursis et mise à l’épreuve dans le dossier « exercice illégal de la pharmacie ».