Brest (Finistère), le 18 mai 2013. Irène Frachon dans son bureau du CHU de Brest.
Brest (Finistère), le 18 mai 2013. Irène Frachon dans son bureau du CHU de Brest. - FRED TANNEAU / AFP

Elle a toujours eu le sentiment de jouer dans « une mauvaise série ». Irène Frachon n’a donc pas été surprise quand les productions Haut et Court l’ont contactée pour adapter, en film, l’histoire de sa vie. Celle d’une « petite pneumologue de Brest » (Finistère) contre les laboratoires Servier, producteurs du Mediator dont les effets secondaires pourraient, à terme, causer la mort de 1 800 personnes en France. Alors que ce biopic intitulé La Fille de Brest sort ce mercredi en salles, Irène Frachon a accepté de dévoiler les coulisses de cette adaptation pour 20 Minutes

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  • Des dizaines de propositions et Albert Dupontel en conseiller spécial
Albert Dupontel à Lille (Nord), en 2009.
Albert Dupontel à Lille (Nord), en 2009. - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Cela a commencé en 2010. A la une des journaux pour son combat, Irène Frachon reçoit des « dizaines de propositions » de films et téléfilms sur son histoire. « Je me suis dit "oula", raconte-t-elle. Je n’y connaissais absolument rien et je ne savais pas quoi faire. »

Heureusement, Albert Dupontel est là. Ami proche d’Irène Frachon, l’acteur a accepté de jouer le conseiller spécial. « Il m’a présenté son agent. On a réfléchi. Et on a choisi la proposition d’Emmanuelle Bercot [réalisatrice de La Fille de Brest], poursuit la pneumologue. Ça m’allait bien même si c’était un peu au " pifomètre". »

Cinq ans plus tard, le film est bouclé. Bien sûr, Irène Frachon a eu le droit à son avant-première. « Je suis allée le voir avec toute ma famille en étant résignée. Je pensais que je serais déçue. Mais j’ai été happée. C’est très authentique. »

  • Opération à cœur ouvert et autopsie au programme

Le cœur bien accroché. La Fille de Brest s’ouvre sur une opération à cœur ouvert à partir de laquelle Irène Frachon commence à avoir des doutes sur le Mediator. Aucun détail n’est épargné. Pas plus pendant la scène d’autopsie d’une victime diffusée un peu plus tard dans le film. Un choix assumé.

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« Une victime du Bataclan, tout le monde sait ce que c’est, confirme la pneumologue. Mais une victime du Mediator, cela reste abstrait. Avec ce film, les gens vont voir ce qu’est la vie d’un malade. » Avec toute sa souffrance, ses doutes et, surtout, ses peurs….

  • Sidse Babett Knudsen, l’actrice rêvée pour Irène Frachon
L'actrice danoise Sidse Babett Knudsen dans la série
L'actrice danoise Sidse Babett Knudsen dans la série - Mike Kollöffel

Quand elle a appris qu’Emmanuelle Bercot avait choisi Sidse Babett Knudsen pour l’incarner à l’écran, Irène Frachon a « sauté de joie ». « Avec mon mari, on avait regardé la série Borgen [dans laquelle l’actrice incarne le rôle d’une Première ministre danoise]. Et on l’avait adorée. »

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De toute façon, la pneumologue préférait quelqu’un de « simple » plutôt qu’une actrice lui ressemblant trait pour trait. Et les deux femmes se sont très bien entendues. Lors du tournage en partie à Brest, « Sidse est venue manger plusieurs fois à la maison avec toute la famille », confie encore la pneumologue.

  • Les royalties abondent le « compte Mediator » pour les victimes

250 000 euros. C’est la somme qu’Irène Frachon a touchée des productions Haut et Court pour qu’elles adaptent, en film, son livre Médiator, 150 mg (Ed. Dialogues, 2010). « Un tiers a été reversé à une fondation et le reste est parti sur ce que j’appelle mon "compte Mediator" », confie-t-elle.

Un compte dont elle se sert pour absorber les frais liés à son combat qui se poursuit encore aujourd’hui. « Pour mes déplacements, mes conférences, mes rendez-vous avec les magistrats… », liste-t-elle. Mais aussi pour les malades, estimés à 5 millions en France selon elle. « Encore aujourd’hui, beaucoup de victimes m’appellent car ils n’ont pas forcément les moyens. Je me sers de ce compte pour payer des expertises, des analyses et malheureusement parfois des autopsies. »

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