Affaire Fiona: Cécile Bourgeon, la mère aux deux visages

PROCES Les anciennes connaissances de Cécile Bourgeon ont dressé un portrait d’elle peu flatteur, vendredi, devant la cour d’assises de Riom (Puy de Dôme)…

Vincent Vantighem

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Riom (Puy-de-Dôme), le 5 septembre 2016. Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, arrive à la cour d'assises où est jugé l'homme qui l'a violée en 2012.

Riom (Puy-de-Dôme), le 5 septembre 2016. Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, arrive à la cour d'assises où est jugé l'homme qui l'a violée en 2012. — Thierry Zoccolan / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises de Riom (Puy de Dôme),

Au début de la semaine, Cécile Bourgeon passait presque pour une femme « soumise » à Berkane Makhlouf, son ancien compagnon. « Un buvard », « une éponge », même. « Capable d’être téléguidée et de tout supporter », selon l’experte psychologue. Mais vendredi, c’est un autre visage de la mère de Fiona, 5 ans, qui a été dévoilé devant la cour d’assises de Riom (Puy de Dôme) censée faire la lumière sur la mort de la fillette en 2013.

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La première a en peindre les contours ? Vanessa, une amie depuis le collège à qui Cécile Bourgeon se confiait facilement. Assez pour lui avouer un « problème » quelques mois avant les faits. « Fiona ressemble de plus en plus à son père, lui dit alors la mère de la fillette. Elle commence à me dégoûter. Je ne l’aime plus ! » De quoi écorcher un peu le portrait d’une femme qui prétend, depuis le début du procès, que les enfants sont « tout » pour elle. Et qu’elle en veut d’ailleurs encore « plein ».

« Des fois, les enfants étaient seules la nuit »

Mais la cour doute encore de l’influence de Berkane Makhlouf sur Cécile Bourgeon. Alors on interroge Vanessa sur ce point. Et, en un instant, l’ancien toxicomane se mue presque en gendre idéal. « Il s’occupait bien des enfants », lâche-t-elle. Et de raconter la soirée d’anniversaire de Fiona où il « criait, chantait, dansait » pour les petites. A tel point qu’elle l’a même mise en garde contre le risque de plainte des voisins. « Qu’ils viennent ! Ce soir, c’est l’anniversaire de ma ‘’pépette’’. »

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Vanessa nourrit encore du ressentiment à l’égard de son « amie » qui l’a trahie. Il faut d’autres points de vue. C’est donc Cindy qui s’approche de la barre. Voix aussi douce qu’assurée, elle commence à raconter son quotidien de voisine par une drôle de révélation. « Des fois, je me rendais compte que les enfants étaient seules la nuit. J’avais une clef de chez elle. Alors, je les récupérais. »

La cour a du mal à y croire. Pourtant, « cela s’est produit cinq ou six fois. » Le président fait lever Cécile Bourgeon. Elle se justifie. Maladroitement. « Je travaillais au bar jusqu’à 2h du matin. Et après, j’allais boire un verre. Je rentrais dans la matinée. »

Quand Cécile Bourgeon craque et se met à hurler

Encore un coup de Berkane Makhlouf ? « Non, c’était avant qu’elle ne le rencontre », précise Cindy. D’ailleurs, lui était plutôt « protecteur » et « attentif avec les enfants », si l'on en croit Vanessa, la première témoin. La preuve ? « Il a même proposé un jour de changer la couche de ma fille », dit-elle. Oui. Celui-là même qui n’avait, jusqu’ici, fait ses preuves qu’une pelle à la main, un dimanche de mai 2013.

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Les yeux dans le vague, apathique jusqu’ici, Cécile Bourgeon craque alors. Elle se lève et hurle. « Ça me rend folle d’entendre tout ça. C’est bon, votre cinéma. J’en ai ras le bol. Ras-le-bol ! Arrêtez vos provocations ! »

« Il suffit de dire la vérité », lui renvoie Marie Grimaud, avocate d’Innocence en danger. « Je l’ai dite. Fiona, c’est mon enfant. Je l’aime. Mon rêve, c’est d’avoir une famille nombreuse. Là, je perds mon temps en prison. »

Marie Grimaud, avocate de l'association Innocence en danger, le 16 novembre 2016, à Riom.
Marie Grimaud, avocate de l'association Innocence en danger, le 16 novembre 2016, à Riom. - Thierry Zoccolan / AFP

« Et si c’était vous qui l’aviez tuée ? »

Pas vraiment de quoi corriger le tableau qui vient d’être fait d’elle. D’autant que pour les finitions, on convoque deux sœurs dans le prétoire. « Cécile a jamais tapé Fiona », assurent-elles de concert. La cour pourrait évidemment les croire. Si les jeunes femmes n’avaient pas avoué, juste avant, être des « copines d’héroïne » de Cécile Bourgeon.

Après une semaine éprouvante, Marie Grimaud se dit que l’accusée est peut-être mûre. Alors, elle relance. « Et si c’était vous qui l’aviez tuée ? », ose-t-elle frontalement. Un long silence laisse espérer la « manifestation de la vérité ». Toujours pas. « Je ne mens pas, souffle la maman de Fiona. Vous me comprenez pas. Vous voulez pas me comprendre. » Il reste une semaine à la cour pour y parvenir. Pour « coups mortels ayant entraîné la mort [de Fiona] sans intention de la donner », Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf risquent trente ans de prison.

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