Affaire Fiona: «Je veux rejoindre ma fille. Elle me manque», lâche Cécile Bourgeon à la barre

PROCES Accusée avec son ancien compagnon d’avoir porté des coups ayant causé la mort de Fiona, en 2013, Cécile Bourgeon a détaillé sa vie, ce mardi matin, devant la cour d’assises de Riom…

Vincent Vantighem

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Riom (Puy-de-Dôme), le 5 septembre 2016. Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, arrive à la cour d'assises où est jugé l'homme qui l'a violée en 2012.

Riom (Puy-de-Dôme), le 5 septembre 2016. Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, arrive à la cour d'assises où est jugé l'homme qui l'a violée en 2012. — Thierry Zoccolan / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom

Elle ne s’en souvient « plus bien ». Mais, quand elle était petite, Cécile Bourgeon aimait bien jouer du violon et aller à la mer. C’est Dominique Brault, le président de la cour d’assises de Riom (Puy-de-Dôme), qui le lui a rappelé. Appelée à détailler l’histoire de sa vie ce mardi matin, la maman de Fiona n’a pas, contrairement à son ancien compagnon lundi, prononcé le mot « ténèbres ». Mais c’est bien là où l'ont menée ses deux heures d’audition.

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Un père qui « [lui] mettait des branlées ». Une scolarité chaotique et inaboutie. Une panoplie complète de la toxicomane invétérée. Sans oublier le viol subi en 2012 et qu’elle considère comme le point de départ de « sa descente aux enfers ». Car Cécile Bourgeon sait bien qu’elle est dans le box des accusés, avec Berkane Makhlouf, pour avoir causé des violences ayant entraîné la mort de Fiona, 5 ans, sans intention de la donner. C’était en 2013.

« J’ai mis un sac sur ma tête, avalé des lames de rasoir »

« On ne parle pas de ces faits-là aujourd’hui », avait prévenu le président. Peine perdue. Leur poids est trop lourd. Alors ils s’invitent à la barre quand l’accusée âgée de 29 ans évoque la détention qui, en trois ans, a fait « doublé [son] poids ». Antidépresseurs, neuroleptiques, anxiolytiques… « J’ai fait trois, quatre tentatives de suicide, lâche-t-elle. J’ai mis un sac sur ma tête, avalé des médicaments et des lames de rasoir… »

La mère de Fiona Cécile Bourgeon à Clermont-Ferrand le 16 mai 2013.
La mère de Fiona Cécile Bourgeon à Clermont-Ferrand le 16 mai 2013. - THIERRY ZOCCOLAN / AFP

« Pourquoi ? », la relance abruptement le président. « Je veux rejoindre ma fille. Elle me manque. Je n’ai pas su la protéger… » La phrase est prononcée à voix basse. Mais elle suffit à imposer le silence dans les rangs d’un public nombreux. Serait-ce le début de la vérité ? « On n’a pas voulu. Tout ça, c’était un accident », lâche la maman. Assis à deux mètres, son ancien compagnon semble, lui, complètement ailleurs, le regard dans le vide.

L’amour plus fort que la mort de Fiona

Pourtant, ils se sont aimés. « Le coup de foudre amoureux », comme elle dit. Et aujourd’hui, « êtes-vous toujours amoureuse de lui ? », questionne le président Brault. Un silence qui semble durer une heure ponctue la demande avant que Cécile Bourgeon ne lâche : « C’est compliqué… »

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Trois ans après les faits, la cour d’assises découvre donc, incrédule, que l’amour peut être plus fort que la mort. Même celle d’une fillette de 5 ans dont le lieu de sépulture demeure le plus grand mystère de toute cette affaire. A moins que Cécile Bourgeon ne soit toujours sous « l’emprise » d’un homme qui la frappait « plus fort » que dix de ses codétenues l’ayant, un jour, passée à tabac derrière les barreaux.

Une « très grande désorientation temporo-spatiale »

Le mystère n’est en tout cas pas près d’être levé si l’on en croit la psychologue qui a expertisé Cécile Bourgeon en 2013 et qui est venue témoigner en fin de matinée. Notant son « immaturité affective » et son « niveau d’intelligence moyen-faible », elle a surtout relevé sa « très grande désorientation temporo-spatiale » qui l’empêche clairement de se repérer.

Dans ses cauchemars, Cécile Bourgeon explique qu’elle tient la main de sa fille avant de la lâcher sans explications. Il lui reste une dizaine de jours pour en trouver avant le verdict. Elle risque trente ans de prison.

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