Le 13-Novembre, un an après : « Je veux savoir quoi faire en cas d’attentat »

REPORTAGE « 20 Minutes » a assisté à une formation où l’on apprend les bons réflexes pour sauver sa peau en cas d’attaque…

Delphine Bancaud

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Formation «Face à la menace», pour développer des bons réflexes en cas d'attaque terroriste, le 8 novembre 2016 à Paris. Lancer le diaporama

Formation «Face à la menace», pour développer des bons réflexes en cas d'attaque terroriste, le 8 novembre 2016 à Paris. — D.Bancaud/20minutes

Ils n’ont pas l’air spécialement paranoïaques ou angoissés. Ce mardi soir, douze personnes sont venues suivre la formation« Face à la menace terroriste », organisée par la société World Leading Educa­tion (WLE). Leur but : acquérir les bons réflexes en cas d’at­taque terroriste, grâce aux conseils d’un expert de la sécurité (la formation est assurée notamment par des membres du GIGN, de la BRI ou du SPHP).

Un stage proposé depuis six mois aux entreprises (60 salariés y ont déjà participé) et depuis trois mois aux particuliers, qui déboursent 50 euros pour 3 heures de formation. « Depuis les attentats de 2015, les Français ressentent le besoin d’acquérir une culture de la sécurité. Ce qui explique qu’en trois mois, 200 particuliers ont déjà été formés par nos soins. Il s’agit aussi bien de mères de famille, de cadres itinérants, d’étudiants en psychologie… », observe François Hussenot, le directeur de WLE. Une hétérogénéité de profils que l’on retrouve ce mardi. « Je viens ici car je suis souvent amené à voyager donc je veux savoir quoi faire en cas d’attentat », explique Sébastien, un commercial quadragénaire. « Je veux savoir comment mettre en sécurité mes enfants », explique de son côté Valérie, venue avec son amie Laurence. « Certains de mes amis étaient au Bataclan et sur les lieux des attentats de Bruxelles, je suis donc particulièrement sensibilisé au risque terroriste. Et je veux connaître les bonnes pratiques dans ces cas-là », confie à son tour Alexis.

« Repérez toujours les sorties »

« Pas besoin d’être un grand costaud pour savoir réagir en cas d’attaque terroriste, chacun de vous peut apprendre les réflexes et les gestes à accomplir dans ces cas-là », rassure Estelle Poulin, l’experte en sécurité aérienne qui dispense la formation du jour. Premier objectif : apprendre aux participants à prévenir le danger. « Lorsque vous entrez dans un restaurant ou une salle de spectacle, repérez toujours les sorties. Et dans la mesure du possible, ne vous placez pas à côté des portes d’entrée, c’est par là qu’arrivent les terroristes », conseille François Hussenot. « Moi je le fais systématiquement depuis le 13-Novembre », assure Valérie.

Et rien de mieux qu’un cas concret, pour comprendre l’intérêt d’avoir bien observé les lieux avant qu’un drame ne survienne. Les formateurs diffusent donc les images de l’attaque d’un supermarché. « Les clients auraient dû aller vers le rayon boucherie qui conduit à des chambres froides et à une issue pour les livraisons », indique François Hussenot. Une même vigilance conseillée lorsque l’on s’installe dans le métro. « Il vaut mieux se mettre en tête ou en fin de train car les statistiques montrent que les bombes sont placées au milieu de la rame pour maximiser les dégâts », précise François Hussenot. Autre réflexe à développer : savoir repérer les comportements suspects et ne pas hésiter à les dénoncer : « Comme une personne qui porte une doudoune en plein été ou celle qui fait des allers et retours dans le train avec une valise », indique Estelle Poulin. Des conseils pas faciles à mettre en œuvre selon Jean-Pierre : « En France, c’est tabou de dénoncer », estime-t-il. « Et comment savoir si on est parano ou pas ? » interroge Sébastien.

Où se cacher en cas d’attaque ?

La menace étant protéiforme, plusieurs situations extrêmes sont décortiquées. Tout d’abord l’explosion d’une bombe. « Vous devez vous plaquer au sol en vous couvrant les oreilles et en ouvrant la bouche pour dépres­su­ri­ser. Ensuite, vous devez observer si des matériaux ou des objets peuvent vous tomber dessus pour vous en protéger. Mais attention à ne pas vous déplacer trop vite, car il y a peut-être une autre bombe plus loin », indique Estelle Poulin. Des vidéos d’explosions sont aussi diffusées pour que chacun comprenne l’effet du souffle, l’importance d’éviter les courses paniques et de se protéger des projections d’objets… Des images qui pourraient sembler anxiogènes pour les participants, mais que tous regardent sans ciller : « je n’ai pas de doute sur le fait qu’ il y aura d’autres attentats en France. Il faut donc regarder la réalité en face », commente Laurence.

Après la théorie, place à la pratique. Pour rentrer dans le concret, les élèves du jour sortent de la salle afin d’imaginer l’intrusion de terroristes dans les locaux du centre de formation et la manière dont ils se cacheraient le cas échéant. Accroupie, Estelle Poulain se dissimule derrière un bureau : « c’est un premier abri, mais je ne dois pas rester là, il faut que je progresse par saut de puce pour me diriger vers une sortie annexe du bâtiment », explique-t-elle. Ses élèves du jour n’en perdent pas une miette : « je prends des notes pour pouvoir communiquer tout ça à ma famille », précise Valérie. « Si l’on ne parvient pas à sortir parce que le danger est trop présent, il vaut mieux se diriger à l’étage ou dans la cave. Car le terroriste ne va pas perdre de temps à fouiller toutes les pièces », ajoute François Hussenot. Idem en cas de prise d’otages : « il faut se cacher dans une pièce en veillant bien à casser les ampoules et à mettre une chaise sous la poignée de la porte pour ralentir les terroristes. Et ne pas se mettre sous les vitres », conseille Estelle Poulain. « Et si l’attaque terroriste a lieu sur une plage comme à Sousse, faut-il tenter de se réfugier dans l’eau ? », interroge un participant. « Oui, car les balles peuvent être déviées par l’eau », répond François Hussenot.

« J’ai l’impression d’être mieux armé face à la menace maintenant »

Après avoir étudié les bons gestes à adopter en cas d’attaque chimique, la manière de se comporter devant les forces de l’ordre lors d’une opération de sauvetage ou de protéger un enfant lors d’une attaque, les participants lèvent le camp, l’esprit chargé de multiples informations. « Tout ça paraît du bon sens, mais cette formation remet les idées en place », estime Laurence. « Ces consignes de sécurité devraient faire partie de la culture commune à tous les citoyens, de la même manière que l'initiation aux premiers secours », complète Valérie.

« Ça apporte de bonnes bases, même si j’aurais aimé aller plus loin », commente de son côté Sébastien. « Comme je suis un chien de berger, je vais transmettre ce que j’ai appris à mon entourage », ajoute-t-il. Vrai fan de cette formation, un autre Sébastien, y a assisté pour la troisième fois : « Chaque intervenant m’a appris des choses différentes. Et j’ai l’impression d’être mieux armé face à la menace maintenant. » Un besoin d’être rassuré satisfait pour au moins quelque temps.