Abattage de vaches gestantes à Limoges: Des images insoutenables mais une pratique légale

MALTRAITANCE ANIMALE Ce jeudi, les images montrant des fœtus de vache ont fait scandale, mais l’abattage de vaches gestantes est monnaie courante…

Anissa Boumediene

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L'abattoir municipal de Limoges.

L'abattoir municipal de Limoges. — Google Maps

Des images insoutenables. Ce jeudi, de nouvelles vidéos publiées par l’association de protection animale L214 montrent comment des vaches gestantes sont abattues, alors que les fœtus de veaux meurent en elles avant de finir à la benne à ordures. Une pratique très controversée et pénible pour les ouvriers qui abattent les bêtes, à l’instar de Mauricio Garcia-Pereira, qui a filmé ces images chocs. C’est pourtant une réalité dans la totalité des abattoirs. Est-ce autorisé ? Est-il possible d’y mettre fin ? 20 Minutes fait le point.

L’abattage des vaches gestantes est-il autorisé ?

La vision de petits veaux à naître jetés à la poubelle a beau être insoutenable, abattre des vaches gestantes est tout à fait légal. « C’est autorisé parce qu’il y a un vide juridique de la législation européenne, le bien-être animal n’est pas du tout considéré », déplore Sibylle Le Meur, directrice de l’abattoir d’Autun en Saône-et-Loire. A y regarder de plus près, le règlement européen de 2009 en matière d’abattage ne fait « aucune mention aux conditions d’abattage des bêtes gestantes, regrette Léopoldine Charbonneaux, directrice de la branche française de l’association CIWF, organisation dédiée au bien-être des animaux de ferme. Ces images sont vraiment très choquantes ».

Si à l’abattoir de Limoges, par lequel ce nouveau scandale est arrivé, cela concerne une cinquantaine de bêtes chaque semaine, à Autun, où le bien-être des animaux est pris très au sérieux et où l’on abat des bêtes de qualité bouchère « et non des vaches laitières, cela arrive trois à quatre bêtes par an tout au plus, note Sibylle Le Meur. Mais une seule fois est déjà une fois de trop ».

Comment des vaches proches de mettre bas se retrouvent-elles à l’abattoir ?

Si la législation en matière d’abattage est déjà lacunaire, s’ajoute à cela le problème d’application des textes existants. « Selon la réglementation européenne en vigueur, les bêtes qui ont déjà accompli au moins 90 % de leur gestation ne devraient plus être transportées », indique Léopoldine Charbonneaux, de la CIWF. Des fœtus de veaux de plus d’un mètre ne devraient donc pas finir à la poubelle. « Sauf s’il s’agit de bêtes d’accident, qui sont blessées et qui doivent être abattues dans les plus brefs délais, complète Sibylle Le Meur. Mais pour ces cas spécifiques, là encore, il n’existe aucun protocole d’abattage dédié ».

A qui la faute ? « Dans la majorité des cas, les éleveurs plaident la simple erreur », relèvent de concert Léopoldine Charbonneaux et Sibylle Le Meur. « Les éleveurs ne savent pas nécessairement que leur bête est gestante, mais à un certain stade de la gestation, c’est compliqué de croire à l’erreur de bonne foi, juge la directrice de l’abattoir d’Autun. De notre côté, une fois que la bête a été transportée à l’abattoir, il est impossible de la renvoyer d’où elle vient, elle doit être tuée. Mais les gens n’aiment pas les abattoirs, donc c’est plus facile de faire peser la responsabilité sur eux ».

Que faudrait-il instaurer pour mettre fin à cette pratique ?

Autorisé partout dans l’Union européenne, l’abattage de bêtes gestantes a cours sur l’ensemble du territoire communautaire. Mais dans certains pays, la question est prise à bras-le-corps. « D’après les retours de nos collègues de la CIWF, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont pris conscience de l’ampleur du problème, explique Léopoldine Charbonneaux. Outre-Rhin, il a été proposé d’interdire l’abattage des bêtes qui sont dans le dernier trimestre de gestation, parce qu’à ce stade, cela entraîne une souffrance avérée pour le fœtus ». Autre piste : « sanctionner à la source du problème, préconise Sibylle Le Meur, de l’abattoir d’Autun. Ce serait dissuasif de mettre une amende aux éleveurs qui envoient des bêtes gestantes à l’abattoir ».

Par ailleurs, « on sait que le transport est très stressant pour les bêtes, souligne Sibylle Le Meur. Pourquoi le contrôle ante mortem des animaux n’est-il pas fait à la ferme par les vétérinaires de campagne ? Cela éviterait que des bêtes en fin de gestation ne soient transportées et abattues ». En Grande-Bretagne, « les éleveurs qui envoient des bêtes proches de mettre bas à l’abattoir sont signalés, révèle Léopoldine Charbonneaux, de la CIWF. Peut-être pourrait-on s’en inspirer, et ne pas rémunérer l’éleveur pour chaque bête qui ne devrait pas être abattue. Il n’y a pas de secret : pour mettre fin à cette pratique, il faut plus de moyens, plus de contrôles et plus de réglementation ». La directrice de la CIWF interroge aussi sur la source de cette pratique : « tout cela découle de l’industrialisation de l’élevage et de l’abattage, conséquence directe de la consommation exponentielle de viande ».