Moi(s) sans tabac: J'ai testé l'hypnose pour en finir avec la cigarette

SEVRAGE Le jour où un médecin a discuté avec mon inconscient...

Laure Beaudonnet

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Une femme sous hypnose.

Une femme sous hypnose. — IDF/Chameleons Eye/NEWSCOM/SIPA

Ce n’est pas tous les jours qu’un médecin (un vrai de vrai) s’adresse directement à votre inconscient, le tutoie, et vous demande de lui poser une question. On rembobine : j’ai décidé de faire une séance d’hypnose pour arrêter de fumer -méthode adoubée par un certain nombre d’ex-fumeurs- et me lancer, sereine, dans le Moi(s) sans tabac, qui a commencé le 1er novembre.

Faire de l’hypnose d’accord, mais pas avec n’importe qui. Sur les conseils d’un ami pour qui la méthode avait été une réussite, je décide de consulter une généraliste du VIe arrondissement de Paris et de lui donner carte blanche pour discuter avec mon addiction, mon surmoi et toute la clique. Récit d’une expérience aux accents what the fuck.

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Premier rendez-vous : C’est la panique

L’hypnose à proprement parler, ce sera pour la deuxième séance. La première consultation ressemble plutôt à une mini-psychothérapie centrée sur mon rapport à la cigarette. Pourquoi ai-je repris après avoir arrêté plusieurs années ? A quel âge ai-je commencé ? Combien de cigarettes par jour ? Et, question joker, existe-t-il des obstacles à mon arrêt ? Après une heure de discussion et une mise au point sur les bienfaits d’un sevrage  (au bout de 24h, le risque d’infarctus diminue déjà, au bout de deux semaines, on récupère son souffle, au bout d’un à neuf mois, les cils bronchiques repoussent, au bout de dix ans, vous êtes comme neuf...), je n’ai qu’une idée en tête : acheter un paquet et fumer les 20 clopes en moins de deux heures. La thérapeute évalue ma motivation, clairement pas encore au point, et me propose un prochain rendez-vous dans trois semaines. « La prochaine fois qu’on se voie, je garde votre paquet et si la veille du rendez-vous, vous ne le sentez pas, vous le reportez. Vous n’allez pas gâcher 100 euros », me dit-elle. Je suis rassurée. Il me reste trois semaines pour fumer tranquillement avant de passer le pas.

Moi(s) sans tabac: Les bons conseils pour arrêter (définitivement)

En attendant le jour J

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Deuxième rendez-vous : Coucou toi, c’est ton inconscient

Trois semaines plus tard, ma motivation grimpe à 8 (sur une échelle de 1 à 10, ce n’est pas si mal). Je veux être non-fumeuse et, de toute manière, j’en ai tellement parlé autour de moi que je ne peux pas revenir en arrière. Assise dans le bureau où nous avions discuté la dernière fois, je me retrouve très vite sur un fauteuil en cuir très confortable, la lumière tamisée.

La thérapeute met une petite musique d’ambiance et s’assoit à côté de moi (très près). Je suis crispée, elle parle vite et plus elle parle, plus mes paupières s’alourdissent, j’ai du mal à lutter (et à garder mon sérieux). Elle prend mon poignet, me demande de laisser ma main en apesanteur et elle s’adresse tantôt à moi, tantôt à mon inconscient, qui semble lui répondre à travers les micromouvements de mon index. J’écoute, je ne pense à rien, je suis sereine.

Au fil de la séance, une discussion entre l’hypnothérapeute et mon inconscient prend le pas sur le reste. « Trouve des solutions alternatives à la cigarette et lorsque tu as trouvé une dizaine de solutions, préviens-moi ». Et mon inconscient de lui répondre d’une manière que j’ignore encore.

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Une main suspendue en train de converser en nom et place de mon inconscient ne suffisait pas, il a fallu lever l’autre. Heureusement, j’avais les yeux fermés pour m’éviter ce spectacle : moi, affalée sur un fauteuil, les deux mains en apesanteur, la droite discutant avec la thérapeute, la gauche se déployant comme « une aile » d’oiseau. 

Une fois la séance terminée, c’est comme si j’avais été plongée dans un sommeil conscient. Beaucoup de choses m’ont échappé pendant la séance - je ne saurais dire à quel degré elle a fonctionné - mais je me sens relaxée, prête à affronter mon addiction.

Bilan une semaine plus tard : Zéro cigarette

Il a fallu passer les quatre premiers jours compliqués : une humeur massacrante, l’envie de prendre une cigarette à la moindre contrariété, un peu de fatigue… Car il faut arrêter de rêver : l’hypnose n’est pas une potion magique, elle n’efface pas le passé et encore moins X années de tabagisme. Si le corps et l’esprit sont gonflés à bloc, l’envie de fumer est toujours là, au moins les premiers jours. Il arrive même d’oublier pendant une fraction de seconde qu’on ne fume plus. Mais l’envie passe de plus en plus vite. L’hypnose aide surtout à sauter le pas et à vivre un sevrage moins violent. Conclusion : sans un minimum de volonté et de motivation, n’essayez même pas.