Le palais de l'Elysée. Montage 20 Minutes.
Le palais de l'Elysée. Montage 20 Minutes. - Jacques Brinon/AP/SIPA

La langue française est-elle malmenée au sein de l’Etat ? Il semble que cette crainte a motivé l’envoi début octobre d’une circulaire sur « l’emploi de la langue française dans la fonction publique » que 20 Minutes a pu se procurer (au bas de l’article). Le texte, adressé par le ministère de la fonction publique aux ministres, aux préfets de région et de département et aux directeurs généraux des agences régionales de santé, rappelle que les agents de la fonction publique ont l’obligation de privilégier le français dans leur travail. Le combat, qui peut prêter à sourire, est pris très au sérieux par les défenseurs de la francophonie.

La fonction publique « n’est pas épargnée » par l’influence de l’anglais

Dans un contexte où les anglicismes parsèment fréquemment nos échanges, en particulier dans le monde du travail, la circulaire souligne que les agents de la fonction publique, au nombre de plus de 5 millions, « ont un devoir d’exemplarité ». Et de détailler les situations dans lesquelles ils doivent veiller au respect de l’emploi de la langue française : « dans le cadre de leur travail, des relations avec les différents interlocuteurs français ou étrangers, de la production de rapports, des outils de communication et d’information, […] des relations avec les usagers ». La langue française serait-elle à ce point menacée au sein de la fonction publique ? « Les anglicismes sont omniprésents dans le monde du travail, et la fonction publique n’est pas épargnée. Ni les cabinets ministériels, ni les ministres eux-mêmes », déplore auprès de 20 Minutes Annick Girardin, ministre de la fonction publique.

« Dans la fonction publique, en France et dans les échanges internationaux, je constate régulièrement que des francophones s’expriment en anglais même quand il y a des traducteurs », poursuit la ministre, exaspérée par les documents des organisations internationales qui ne sont pas toujours traduits en français mais aussi par les collectivités territoriales qui lancent des campagnes de communication à grand renfort de slogans en anglais. L’ancienne secrétaire d’Etat en charge du développement de la francophonie (2014-2016) a donc décidé de rappeler aux agents de la fonction publique que « leurs communications et leurs échanges doivent être en français, la seule langue d’usage ».

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Le français de moins en moins utilisé comme langue de travail à Bruxelles

Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques, reconnaît l’existence du phénomène. « Sur certains sujets, il est facile de se laisser aller à l’usage de l’anglais ou des anglicismes. Le langage courant au travail en est imprégné, en particulier avec l’esssor du numérique ». Une tendance qui touche la langue française dans son ensemble, et particulièrement le monde du travail. « Mais la fonction publique se doit d’être exemplaire ».

Tous les agents de la fonction publique ne sont pas confrontés aux mêmes problématiques. « Le problème se pose surtout au niveau des organisations internationales », estime Alexandre Wolff, responsable de l’observatoire de la langue française de l’Organisation internationale de la Francophonie. « Dans les situations de communication officielle, comme les réunions formelles, où la présence d’interprète traducteurs est obligatoire, les agents de la fonction publique francophones s’expriment en français, à de très rares exceptions. Le vrai problème, c’est tout le reste : les réunions dites informelles, les groupes de travail, les commissions, les documents qui circulent… » Une « lame de fond » selon Alexandre Wolff, qui souligne que depuis 2015, seuls 5 % des documents produits à la Commission européenne sont d’abord écrits dans la langue de Molière, contre 16,5 % il y a dix ans et 40 % en 1997. La part du français dans la rédaction des textes originaux a drastiquement chuté au profit de l’anglais, langue d’origine de 81 % des documents de la CE en 2014.

La langue française à la Commission européenne.
La langue française à la Commission européenne. - DGLFLF

« Il faut réagir rapidement », estime Annick Girardin, qui énumère les enjeux de la défense de la langue française : rayonnement culturel dans le monde, cohésion sociale, opportunités économiques. D’un point de vue strictement pragmatique, Alexandre Wolff estime que la prédominance de l’anglais nuit à la bonne compréhension entre les parties. « On se dit que ça va aller plus vite, qu’on va être compris par plus de monde. Mais un non anglophone de naissance parle moins bien et écrit moins bien en anglais, cela donne donc des textes moins précis, des messages plus flous ». Faire reculer ces pratiques devenues courantes prendra du temps. L’ONU s’y est attelée en créant un poste de coordinateur pour les questions de multilinguisme… en 2003, il y a plus de dix ans.

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