Education: François Hollande a-t-il tenu ses promesses envers les enseignants?

BILAN « 20 Minutes » analyse quatre engagements que le candidat Hollande avait pris pendant la campagne présidentielle…

Delphine Bancaud

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François Hollande, lors de son discours sur la rentrée scolaire à Orléans septembre 2016.

François Hollande, lors de son discours sur la rentrée scolaire à Orléans septembre 2016. — GUILLAUME SOUVANT / POOL / AFP

Améliorer le système de remplacement de professeurs absents, revaloriser les salaires des enseignants… Ces derniers mois, le gouvernement ne cesse de donner des gages aux professeurs, tout en se défendant de poursuivre un but électoraliste en vue de 2017. Pour y voir plus clair, 20 Minutes a repris les engagements du candidat Hollande en 2012 envers les profs, susceptibles de changer leurs conditions de travail.

Promesse 1 : Créer 60.000 postes dans l’Education nationale. Verdict : partiellement tenue

C’était l’engagement le plus important du quinquennat : créer 60.000 postes dans l’Education à l’horizon 2017, dont 54.000 dans l’éducation nationale (le reste concernant l’enseignement agricole et le supérieur). En septembre dernier, la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé que 47.158 postes avaient été créés depuis 2012 et que la création de 12.842 postes à la rentrée 2017 était prévue dans le projet de loi de finances 2017. Soit 60.000 postes au total comme prévu.

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Mais certains syndicats enseignants estiment que la réalité est moins rose que prévue à l’instar de Frédérique Rolet, la secrétaire générale du Snes : « On n’arrivera pas à créer 12.000 postes en 2017, sauf à comptabiliser les emplois d’assistants d’éducation, ce qui ne se faisait pas auparavant. On craint clairement un tour de passe-passe », a-t-elle indiqué fin août. Par ailleurs, il ne suffit pas d’inscrire les créations de poste au budget pour que tous les emplois soient pourvus, comme le souligne Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa : « Dans le secondaire, dans certaines disciplines comme les maths, l’anglais, l’allemand et lettres modernes, on risque de ne pas avoir un vivier de candidats suffisant. Et concernant le premier degré, il n’est pas sûr que l’académie de Créteil, qui a toujours du mal à attirer des candidats, fasse le plein ». Ce qui obligera certaines académies à avoir recours à des contractuels. Il faudra donc attendre la rentrée 2017 pour faire réellement le point.

Promesse 2 : Augmenter les moyens scolaires dans les zones qui en ont le plus besoin. Verdict : tenue

Les postes consacrés à l’accueil des enfants de moins de 3 ans ont été affectés en priorité dans les quartiers en difficulté. Les quartiers populaires ont aussi été les premiers bénéficiaires du principe « plus de maîtres que de classes ». Par ailleurs, le ministère a réformé l’éducation prioritaire en définissant une nouvelle carte de l’éducation prioritaire. Ce qui n’avait pas été fait depuis 1981. Objectif : donner davantage de moyens aux établissements qui en ont le plus besoin. Elle est composée de 1.089 réseaux d’éducation prioritaire (REP) comprenant des collèges et les écoles qui en dépendent : 731 REP simples et 364 REP + dont les élèves concentrent les plus grandes difficultés sociales et scolaires. Le budget consacré à l’éducation prioritaire a été augmenté et la rémunération des profs de REP a été revalorisée.

Reste à savoir si c’était la méthode la plus efficace pour réduire les inégalités scolaires. Dans son rapport sur le sujet publié en septembre, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) en doute. « Au fur et à mesure des années, l’éducation prioritaire a accueilli de plus en plus d’élèves, ce qui a eu pour effet de diluer ses moyens. Et la labellisation « éducation prioritaire » des établissements a fait fuir les élèves des classes moyennes », explique George Felouzis, professeur de sociologie à l’université de Genève. Ce qui a fini de transformer beaucoup de ces établissements en ghettos. Sans vouloir supprimer à court terme l’éducation prioritaire, le Cnesco estime qu’il faut progressivement changer de logique. Première étape : « faire progresser la mixité sociale dans les 100 collèges les plus ségrégués », souligne Nathalie Mons, la présidente du Cnesco. Avant d’aller plus loin.

Promesse 3 : Rétablir une formation initiale pour les profs. Verdict : tenue

« Je mettrai en place un pré-recrutement des enseignants avant la fin de leurs études. Pour tous, je rétablirai une formation initiale digne de ce nom », s’était engagé François Hollande. Des mesures très attendues par les profs, car la réforme de la mastérisation, mise en œuvre par Luc Chatel en 2010, avait supprimé l’année de stage en alternance, ce qui avait conduit les professeurs stagiaires à enseigner sans avoir reçu de formation pédagogique au préalable.

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Du coup, dès 2013 chaque académie a été dotée d’une ESPE (école supérieure du professorat et de l’éducation) accueillie au sein d’une université. Ce qui a permis de rétablir un enseignement aussi bien théorique que pratique. Et même si leur contenu pédagogique que dispensent les ESPE est jugé inégal selon les endroits, les critiques des profs restent mesurées.

Promesse 4 : Transformer les méthodes pédagogiques. Verdict : pas encore tenue

« Nous transformerons, avec les enseignants, les méthodes pédagogiques », s’était engagé François Hollande dans son programme. Une promesse peut être trop floue pour être tenue. Certes le dispositif « Plus de maître que de classes » qui a été mis en place depuis 2013, a fait la part belle à la pédagogie différenciée. Mais dans son rapport sur les inégalités scolaires, le Cnesco estime qu’il faut aller plus loin et la généraliser.

Najat Vallaud-Belkacem a aussi tenté de généraliser des nouveautés pédagogiques en instaurant les enseignements pratiques interdisciplinaires via la réforme du collège. Mais force est de constater qu’elle n’a pas convaincu tous les profs, dont beaucoup font de la résistance. Et preuve que le dossier de l’innovation pédagogique a pris beaucoup de retard, Najat Vallaud-Belkacem a confié une mission sur le sujet à François Taddeï… le 26 septembre dernier.