L'allemand redevient-il «tendance» au collège?

EDUCATION Selon les chiffres dévoilés ce lundi par le ministère de l’Education, le nombre de collégiens apprenant l’allemand a progressé de 6 % à cette rentrée…

Delphine Bancaud

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Un cahier d'allemand au collège.

Un cahier d'allemand au collège. — CHAMUSSY/SIPA

Les Germanistes n’ont pas dit leur dernier mot. C’est ce qu’a voulu signifier Najat Vallaud-Belkacem ce lundi en expliquant que leur nombre n’avait pas diminué au collège, bien au contraire. Ils sont même 6 % de plus qu’en 2015 (soit 526.869). Des chiffres qui contredisent ceux donnés début octobre par l’Association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France (ADEAF).  Dans une étude réalisée dans 370 collèges et publiée en octobre, elle estimait que le nombre d’élèves apprenant cette langue au collège était en diminution de 8 % à la rentrée 2016 par rapport aux effectifs de celle de 2015. Des estimations « erronées », selon le ministère.

Les chiffres révélés par le ministère ce lundi sonnent comme un pied de nez aux détracteurs de la réforme du collège qui prévoyaient qu’elle allait mettre à mal l’apprentissage de la langue de Goethe dans le secondaire. L’ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault (ancien prof d’allemand) était lui-même monté au front en avril dernier, en faisant part de son « inquiétude quant aux conséquences de certaines mesures annoncées sur l’enseignement de la langue allemande », à savoir la disparition de nombreuses classes bi-langues où l’allemand était enseigné.

Une crainte balayée d’un revers de la main par la rue de Grenelle, affirmant ce lundi, qu' « au total, 15,6 % des collégiens apprennent l’allemand à la rentrée 2016, contre 14,5 % à la rentrée 2012 ». Et soulignant que l’engagement pris la ministre d’atteindre les 515.000 apprenants avait été « tenu ».

Des chiffres en partie dus au démarrage de la LV2 en 5e

Mais peut-on pour autant en déduire que l’allemand redevient tendance dans les collèges ? « Non », estime Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat enseignant Se-Unsa. « Ces chiffres tordent un peu la vérité, car le fait que depuis la rentrée, l’apprentissage d’une seconde langue démarre en 5e a eu un effet mécanique sur le nombre de collégiens s’initiant à la langue de Goethe », souligne-t-il.

Et pour inciter davantage d’élèves à opter pour l’allemand, le ministère a fait en sorte que cette langue soit davantage proposée dans les établissements. « A la rentrée 2016, près de 4.700 collèges proposeront l’allemand en LV2. C’est près de 700 collèges de plus qu’aujourd’hui », déclarait ainsi la ministre en juin dans un discours lors de sa rencontre avec son homologue allemand.

Même démarche en primaire, où 1.000 écoles de plus à la rentrée 2016 qu’en 2015 ont proposé un enseignement de l’allemand. « On a demandé aux enseignants de cette langue de faire davantage de publicité pour leur discipline dans les écoles primaires », observe aussi Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes.

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Le chinois et le japonais plus attractifs que l’allemand

Par ailleurs, certains parents poussent toujours leurs enfants à choisir l’allemand, non pour l’intérêt que cette langue représente, mais pour leur assurer d’être dans de « bonnes » classes. « Cela reste un gage d’entre soi, car l’allemand est réputé que plus difficile que l’espagnol ; les parents estiment donc que leurs enfants, s’ils sont germanistes, seront davantage avec des meilleurs élèves », constate Valérie Sipahimalani.

Et Christian Chevalier insiste, les chiffres avancés par le ministère ne montrent pas un regain d’intérêt par la langue de Schiller : « Il y a une vingtaine d’années, les pays asiatiques n’étaient pas encore émergents sur le commerce. Mais désormais , le chinois et le japonais sont devenus plus attractifs que l’allemand, qui est vécu comme une langue peu utile », affirme-t-il.

Des écarts très importants selon les académies

Le choix de l’allemand en première et seconde langue au collège semble aussi très inégal sur le territoire : « Cet enseignement est beaucoup plus prisé au Nord-Est du pays qu’au Sud », affirme Christian Chevalier. Une réalité dont témoigne aussi Valérie Sipahimalani : « A cette rentrée dans l’académie de Lyon, 20 enseignants remplaçants en allemand sont restés sans affectations ».

Même son de cloche chez l’ADEAF : « Selon la diversité des politiques dans les académies, notamment concernant lesbi-langues, les écarts entre les académies sont très importants. Ainsi, dans les classes de 6e des collèges couverts par l’enquête, la baisse est de 81 % dans l’académie de Caen mais de 0 % dans l’académie de Nantes. Pour l’ensemble des trois classes (6e, 5e et 4e) la baisse est de 25 % à Limoges mais en augmentation de 1 % à Amiens », indique l’association. Comme quoi, le ministère de l’Education a encore un peu de boulot pour faire croire à un retour de flamme généralisé pour la langue de Goethe…

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