Des manifestants anticorrida à Rodilhan, dans le Gard, le 16 octobre 2016.
Des manifestants anticorrida à Rodilhan, dans le Gard, le 16 octobre 2016. - PASCAL GUYOT / AFP

La situation était très tendue ce dimanche à Rodilhan, petite localité du  Gard  devenue un symbole de la lutte entre pro et anticorridas. Des gendarmes mobiles ont repoussé au gaz lacrymogène des dizaines de manifestants anticorridas et chacune des entrées de la ville était barrée depuis ce dimanche matin par des dizaines de gendarmes en tenue antiémeute et des barrières.

Une ville bouclée par les gendarmes

Après avoir manifesté près du stade, des dizaines de militants du Comité radicalement anticorrida (Crac) ont fait le tour de la petite localité à travers champs pour finalement se masser devant l’une des barrières antiémeute, interdisant l’accès au centre-ville et aux arènes. Au total, ils étaient environ 200 dans la ville selon la préfecture.

Une « grande fiesta campera » (taurine) est organisée à Rodilhan dimanche, avec notamment une corrida  prévue à 15H00. C’est à cette occasion que le Crac voulait protester contre « la barbarie des arènes ». Scandant « Basta corrida ! » et portant des vêtements proclamant « Corrida, la haine ! », ils ont tapé violemment sur la barrière, certains montant sur un mur et faisant des doigts d’honneur. « Vous défendez l’intérêt général ici », a ironisé un jeune manifestant à l’adresse des gendarmes. « Alors que 70 % de la population française est contre la corrida ! »

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Jets de pierres contre gaz lacrymogène

Après les sommations d’usage, les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène à plusieurs reprises pour faire reculer les manifestants, recevant en retour plusieurs projectiles, notamment des pierres. Sans parvenir à les faire cesser pour autant. Vers 13 heures, les manifestants lançaient des fumigènes et continuaient à hurler.

A chaque point d’entrée de la ville, les piétons, cyclistes, les voitures et leurs occupants étaient systématiquement fouillés dimanche, notamment les véhicules et militants du Crac, mais aussi de la presse. Les gendarmes semblaient rechercher plus particulièrement des fumigènes, souvent utilisés par les activistes anticorridas, mais aussi des banderoles et du matériel vidéo.

« C’est encore la guerre ! », soupiraient plusieurs habitants du village cerné, alors que retentissaient les clameurs assourdissantes des manifestants tenus à distance des petites arènes. Des aficionados déploraient pour leur part que « la culture locale soit à nouveau attaquée ».

Une ville symbole depuis des violences en 2011

Le 8 octobre 2011, des dizaines d’activistes anticorridas s’étaient enchaînés au centre des petites arènes de Rodilhan en déclenchant des fumigènes rouge sang, avant de scander, le poing levé, « Abolition ! » ou « La torture n’est pas notre culture ». Ils avaient été frappés alors qu’ils étaient au sol, entravés, et avaient été évacués avec brutalité par des aficionados venus assister à la finale de « Graine de Toreros ». Depuis, la localité de 2.500 habitants, située à la périphérie sud-est de Nîmes, est devenue un symbole de la lutte entre pro et anticorridas.

Des peines allant jusqu’à six mois de prison ferme avaient été prononcées le 14 avril 2016 par le tribunal correctionnel de Nîmes contre 17 aficionados, dont le maire (sans étiquette) Serge Reder, condamné à 1.500 euros d’amende. M. Reder est un des deux condamnés en première instance à avoir fait appel. Jean-Pierre Garrigues, président du Crac, souffrant d’un cancer depuis plusieurs mois, avait lui été condamné à quatre mois de prison avec sursis et 2.000 euros d’amende en tant qu’organisateur d’une manifestation non autorisée. Plusieurs des aficionados condamnés en première instance étaient visibles dans les rues du petit bourg dimanche.

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